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d’eau suffisante, on ne jugea point à propos de faire entrer l'aviso dans le fleilv
on nous fit donc passer sur une chaloupe canonnière qui n’avoit qu’un tirant
d’eau peu considérable. La mer étant très-agitée, notre changement de bâtimen'I
ne se fit quavec une difficulté extrême, et nous montâmes sur la chaloupe en I
maudissant la mer et le voyage. A trois quarts de lieue environ de l’embouchai
du Nil, les eaux ont une couleur verte très-prononcée, et l’on aperçoit mên* |
distinctement la ligne de démarcation entre le vert et la couleur bleue de la n J I
A mesure que l’on approche davantage du boghâz, la teinte verte se changeai
une teinte jaune, due a fa couleur des sables que le Nil dépose à son embouchure
et aussi au limon suspendu dans les eaux du fleuve. L e passage du boghâz offre m
spectacle vraiment effrayant lorsque la mer est agitée : les dunes de sable ™j
bordent le débouché du fleuve, sont aussi mobiles que les vagues elles-mêmes'
et ce n’est qu’avec un pilote très - expérimenté que l’on peut alors espéra
d échapper au naufrage. Nous en avions heureusement un fort habile, qui non
tira très-adroitement des périls dont nous étions, pour ainsi dire, environnésdel
toutes parts. Lorsque nous fûmes entrés dans le fleuve, il manifesta la joie J
plus vive, et tous les passagers lui témoignèrent, en lui donnant quelques pièces
de monnoie, combien ils apprécioient son adresse et son habileté.
Nous avions déjà laissé loin derrière nous les tempêtes et la mer agitée; nous
n entendions plus Je bruit des vagues qui venoient se briser sourdement contre
les bancs de sable et le rivage : nous jouissions du calme je plus profond; nous
parcourions des yeux avec un charme inexprimable les bords si vantés du Nil, et
nous ne trouvions rien d exagéré dans les récits des voyageurs qui nous avoientl
précédés. L e vent donnoit en plein dans nos voiles, et nous avancions rapicfemeniL
vers la ville de Rosette, le but le plus prochain de notre voyage. Nous eiraetl
bientôt dépassé les débris d’un vieux fort abandonné, qui servoit autrefois à garderf 1 entrée du N il, et qui, plus tard, réparé ( t ) et occupé par des invalides Français,!
devoit faire une défense héroïque (2). Nous laissâmes à gauche une île assez!
grande, couverte de verdure et offrant la plus belle végétation. Nous avions i l
notre droite des forêts de palmiers qui pous paroissoient d’un vert éclatant; lef
rives du fleuve étant peu elevées, notre vue pouvoit s’étendre au loin sur desl
campagnes riches et fertiles : nous apercevions çà et là des hameaux pittoresques, 1
formes de quelques maisons de brique et de cabanes de roseaux ; des habitations!
isolées, des minarets élégans, et des santons ou tombeaux de saints musulman!,
autoui desquels se groupoient agréablement quelques bouquets de palmiers. Du
( 1 ) Voyti la vue de ce fort, É. M. vol. /, p i 81.
(2) Le 19 germinal an 9 [9 avril 1801], le fort Julien,
ainsi appelé par les Français du nom d’un adjudant gé-
neral tue au débarquement d’Alexandrie, fut attaqué par
les Anglais. Il fit une vigoureuse résistance, et soutint un
siège de dix jours, malgré le feu continu d’une artillerie
ennemie considérable. La garnison dut enfin céder. Elle
capitula le 29, et obtint tous les honneurs de la guerre.
Les Anglais, ne voyant défiler que des malades et des invalides,
demandoient quand la garnison sortiroit enfin.
Ils ne se doutoient point qu’ils eussent eu affaire à un;■
troupe de gens mutilés et aveugles.
Nous devons rappeler ici que c’est en faisant des fouille J
pour la réparation de ce fort que M. Bouchard, offickrH
du génie, trouva la fameuse pierre de Rosette, le mono- j
ment le plus précieux qui ait été offert depuis long-temps
à la sagacité des savansde l’Europe. Les trois inscriptions
qui existent sur cette stèle Egyptienne, sont gravée?■
planches $2, $ j , <¡4, A . vol. y .
côté du Delta, nos yeux se reposoient avec satisfaction sur des campagnes couvertes
de riz, offrant le. plus, riant aspect. Un grand nombre de plantes et d’arbustes
croissent non loin du fleuve ; on y remarque des groupes d’orangers et de citronniers
qui répandent un parfum délicieux : les rives mêmes du Nil sont ornées de
roseaux, de joncs et de nénufars. D ’énormes sycomores, dont les vastes branches
couvrent une étendue immense, sont distribués isolément dans la plaine, et présentent
un des plus beaux phénomènes de la végétation. T o u t ce spectacle étoit
anime par la presence de quelques habjtans, dont la longue barbe et le costume
avoient quelque chose d’insolite et de pittqresque toutefois, qui nous of&oit le
plus vif intérêt. Nous arrivâmes enfin au port de Rosette : les troupes Françaises
étaient entréçs dans Ja ville, le jour précédent.
S. II,
A sp ect extérieur de Rosette et des environs.
R o s e t t e , en.arabe Rachyd, est située sous le 28° 8’ 35" de longitude et le
.31” 2 / 34" de latitude.. Cette ville, peu considérable au temps d’Abou-l-fedâ, est
aujourdhui 1 une ,des plus importantes de l’Égypte par sa situation, son commerce
et son etendue. Assise aux bords du Nil à trois lieues de distance de la mer, elle
sert d entrepôt aux marchandises qui descendent du Kaire et des parties supérieures
del Egypte, pour être transportées en Europe par la voie d’Alexandrie, de même
qu elle reçoit les marchandises d Europe débarquées dans cette dernière ville.
Celles - ci sont portées par le Nil sur des djermes jusqu’au Kaire, d’où elles
sont ensuite répandues dans toute l’Égypte. L a fondation de Rosette remonte au
ix. siecle de notre ere : el-Makyn nous apprend qu’elle fut bâtie sous le
règne d’el-Motaouakel, calife de Bagdad, vers l’an 870. Elle a succédé à la ville de
Fmch(i), autrefois, comme elle, l’entrepôt de tout le commerce et la résidence
des consuls Européens, et aujourd’hui déchue de son ancienne splendeur.
La branche du Nil qui passe au-devant de Rosette, a pris son nom de cette ville.
Elle a porte dans 1 antiquité la dénomination de branche Bolbitme, de la ville de
Bolbitine située sur ses bords. Étienne de Byzance (2) fait mention de cette ancienne
cité, sans en'indiquer la position avec précision. Pline (3) parle de la
bouche Bolbitine du fleuve, et ne dit pas un mot de la ville. Il est à croire
que ¡emplacement de Bolbitine se trouvoit plus au’ sud que la ville actuelle de
117' pervertit: si vero nulluf est ttdttgio lotus, pro oppa.', currus,
J w ' W T" , ’ 'O « W , legendumesttifut, id e s t, ostium. Bolbitinum enim Pfili
n i . . 1 " m > BoA&Tm>f • ckOek p i Bo^Clitrov Of/ML 87. ostium erat un uni ex septem, ut nota proecedenti annotd-
G m i l R > U 8yPti: Hecatæus* Civis' üoibitinetes. vimus.
36 B0lb l^ ltmUSu UnC^e £t ^°^ltwus currus' (3)- Sunt in honore et ifitra decursus N il i mylta pppiefa,
inter.se t ^ A / T ^ a <l uo Bolbitinum ostium præcipue quæ nomina dedereostiis, non omnibus: X I enim
C3P-V' P/inio’ II) ^ *nem°ratUr C°smograph° s lib. V I I , reperiuntur, super quee quatuor, quæ ipsi falsa ora appellant;
87 BoIbV - / , c**‘ sed celeberrirnisseptem, proximo Alexandrioe Canopico,
Wpotiùs CUrrUS‘ .Si l0CUS eSt sanus> hoec verba olent deinde Bolbitino, Sebennitico, Phatnitico, Mendesio, Ta-
US saPlunt odagium quod admeas aures nunquam nitico, ultimôquePelusiaco. ( PIin. ///if. nat. Iib.y, c. x.)