
Les gens, du peuple composent, avec le suc d’une espèce de chanvre 1
appellent hachych, un opiat narcotique dont ils s’abreuvent avec délices ■ I
liqueur occasionne une ivresse ou plutôt une sorte de léthargie. L a misère cher'h I
dans cet état d engourdissement moral et physique une trêve à ses ennuis et à' J
douleurs. Il n’appartient qu’aux gens riches de s’enivrer avec la décoction 0I1? |
suc du pavot cuit. L e propre de ce breuvage est de procurer d’abord une mietl
folle et de réjouir l’esprit : mais, lorsqu’il a opéré, on tombe dans une espècj
de mélancolie et de tristesse profonde ; l’esprit et le corps sont plus abattuJ
qu’auparavant. - I
Les harems sont des asiles sacrés, et les maris seuls ont le droit d’y entrer libre-|
ment. Les portes de ce lieu défendu ne s’ouvrent jamais pour d’autres hommes I
si ce n est pour le médecin et l’écrivain ou espèce de secrétaire qu’emploicnt |
ordinairement les femmes d un rang élevé. Les médecins ne sont appelés que dansl
les . cas urgens, et ne peuvent d’ailleurs voir leurs malades qu’en présence des!
femmes esclaves et des eunuques ( i ) : dans ce cas même, les femmes ne quittent!
point leur voile. Pour 1 écrivain, il n’entre jamais dans l’appartement occupé par|
la maîtresse; il se tient dans une salle voisine; une porte de communication est!
ouverte, et il écrit d’après les ordres qu’il reçoit. Dans bien des maisons, il a uni
appartement au-dessous du quartier des femmes, et c’est l’intendante, femmeordi-l
na.iiement libre, qui lui dicte les volontés de la maîtresse.
^ es usaSes sont rigoureusement observés dans toutes les familles de distinction,|
où 1 on se pique d une grande décence. Ôn regarde même comme inconvenante|
toute question sur les femmes, quel que soit le sentiment qui la dicte. Un homme,|
par exemple, ne se permet jamais de demander à un autre des nouvelles de s i l
femme, à moins qu’il ne règne une très-grande intimité entre eux : dans ce casl
encore, il emploie une locution consacrée par l’usage, dont le sens est: QiitfaM
la famille ! Comment se portent les gens qui sont en haut! Les bienséances ne permettent!
pas non plus quon introduise souvent les a ’imeh dans les. maisons rigoureuse-1
ment attachées à 1 étiquette et aux moeurs : elles n’y paroissent que les jours'de!
grande réjouissance, et Ion ne souffre jamais que leurs chansons ou leurs danses |
aient quelque chose d’immodeste ou de licencieux. Les danses des ghaouâzyfM 1 on voit dans les rues du Kaire, en sont sévèrement exclues.
Nous devons convenir cependant que l’on n’est pas aussi rigide dans toutes les |
ramilles; il en est beaucoup dont les moeurs plus relâchées laissent aux femmes la |
possibilité déformer des intrigues dans l’intérieur même des harems, ou bien au-1
dehors, par le secours des esclaves : on se pare comme pour aller au bain ou e n l
visite, et Ion court à un rendez-vous. On conçoit que l’oisiveté dans laquelle«
vivent les femmes de 1 Orient, ainsi que l’excessive chaleur du climat, doivent«
irriter leurs passions, et les porter sans cesse aux plaisirs des sens. Une fois que«
leur imagination a réveillé des désirs et des besoins nouveaux, elles n «¿lient ■
aucun moyen de les satisfaire; mais la crainte d’être répudiées, ou même mises à I
mort par leurs maris, est un frein assez puissant pour arrêter le plus grand nombre- I
( l ) II n y avoit guère que les beys qui eussent des eunuques.
Les saqqâ ou porteurs deau sont des espèces de mercures galans, qui jouent un
rôle principal dans presque toutes les intrigues amoureuses.
Lés femmes de distinction ont a leur service des esclaves de leur sexe, auxquelles
elles confient le soin de leurs affaires. La première en charge est latrésorière, qui a
soin des bijoux, de l’argent et de toute la garde-robe de sa maîtresse : c’est elle qui
est la première affranchie. Vient ensuite, pour l’ordre et pour l’importance des
fonctions, celle qui ordonne le café et les sorbets; c’est la maîtresse d’hôtel : après
elle, l’esclave chargée de l’inspection de la cuisine a le pas sur toutes les autres.
Ces emplois sont plus ou moins divisés, suivant le rang et la fortune delà maîtresse :
il en est qui se donnent à des femmes libres, comme celui d’intendante ou chargée
d’affaires. Les dames ne peuvent jamais employer que des personnes de leur sexe ou
des eunuques : ce sont des cheykhs aveugles qui viennent apprendre la prière à leurs
esclaves. Les eunuques occupent un appartement au rez-de-chaussée, et peuvent
entrer librement dans le quartier des femmes : ils portent les ordres du maître à la
maîtresse, et servent, pour ainsi dire, de point de communication entre les deux.
Les Égyptiennes sortent rarement, et choisissent de préférence l’entrée de la
nuit pour leurs petites courses. Dans les voyages, on les met dans des sortes de
berceaux larges de deux pieds, profonds de trois, et surmontés d’une impériale
en arc. On charge deux de ces berceaux sur un seul chameau, en les adaptant de
diaque cote des flancs de 1 animal. Ces dames ne se promènent pas non plus dans
leurs jardins, qui, la plupart, manquent d’allées. Elles passent des journées entières
assises sur leur divan : les unes s amusent à filer au fuseau de la soie de Brousse, ou
du coton des Indes; d autres, qui savent broder, ornent de riches festons les mouchoirs
qui doivent servir a leur coiffure, ou les châles de la ceinture de leurs maris.
On reconnoît aisément les femmes esclaves, en ce qu’elles ont les cheveux relevés
sur la tete, la robe fermée, et, au lieu du grand voile ou tarhah qui couvre la
tete et les épaulés, une simple piece de toile ou de coton, dont elles se couvrent le
visage en présence des hommes.
Dans les classes du peuple, les femmes, obligées de se livrer continuellement à
des travaux extérieurs, n éprouvent pas à beaucoup près une gêne aussi grande ;
mais elles sont toujours voilées par le borqo', sur-tout lorsqu’elles aperçoivent un
homme. Leur plus grande occupation est d’apprêter le repas de leurs maris, et
daller chercher de leau dans des cruches quelles portent sur leur tête avec beaucoup
dadresse ( 1 ). A u reste, la plupart ne savent pas coudre ; elles laissent tomber
en lambeaux 1 habillement léger qui les co u v re , soit qu’elles ne puissent le
raccommoder, soit qu’elles ne veuillent pas en prendre la peine. Leur bonheur
consiste dabord à ne rien faire, puis à s’asseoir les jambes croisées sur une natte,
ou meme sur le sable. Cette indolence qu’on remarque dans tous les pays de 1 Orient, est peut-être plus pardonnable en Egypte, où l’excessive chaleur du
(1) Lorsque ces cruches ne sont pas d’une grande di- s’en convaincre, de jeter un coup-d’ceil sur les bas-reliefs
ension,elles les portent sur le plat de la main, en ap- copiés dans diverses grottes de la haute Egypte. ( Voytç
îflyant parallèlement le coude sur le côté, et portant en Descript. des hypogées, A. D . chap. i x , secc. x , p.
aut avant-brqs. Cette manière s’accorde parfaitement et 383, et pl. 68, A. vol. I ; 44, A. vol. II.)
ÎVec e Proc?dé des anciens Égyptiens : il suffira, pour