
CH A P I T R E IV.
H istoire d u M eqyâs sous la dynastie des M am lou k s B a h a rite s,
de l ’an de l ’ héoire 6 4 8 à l ’an 7 8 4 .
C e chapitre, qui contient l’histoire du Meqyâs pendant un intervalle de cent
trente-six ans, s’étend depuis le commencement du règne d’el-Moe’z e’zz ed-dyn
Ibeyk, premier prince de la dynastie des Baharites, jusqu’en l’année 784 de l’hégire
[ 1382 de l’ère Chrétienne], époque à laquelle cette dynastie fut dépossédée
par celle des Mamlouks Circassiens.
S. I ."
Événemens relatifs au M eqyâs sous la dynastie des M am louks Baharites,
ju s q u ’à la fin du règne d ’el-M elek el-N âser.
Sous le règne du prince el-Melek el-Nâser Mohammed, l’an 694 de l’hégire
[ 12 9 5 de l’ère Chrétienne], Ben-Ayâs raconte que le Nil parvint à son accroissement
complet, des le sixième des jours complémentaires (1). La crue parvint
cette année à seize coudées et dix-sept doigts; mais ensuite elle baissa, et il y
eut famine en Egypte ; les blés manquèrent, et le prix d’un ardeb monta jusqu’à
huit mitqâl et demi d’or (2).
C e jeune prince fut déposé l’an 694 de l’hégire [ 1295 de l’ère Chrétienne], et
remplacé par Zeyn ed-dyn Ketbogliâ (3 ), qui abandonna l’autorité après deux
ans de règne.
L ’an 696 de l’hégire [ 129 7 *®re Chrétienne], la crue du Nil parvint, au
commencement du mois de tout, à quinze coudées et dix-huit doigts ; mais elle
baissa tout-à-coup, et le pays ne fut point arrosé : il y eut disette en Égypte et
dans toutes ses dépendances ; le prix du froment monta à 170 drachmes pour
chaque ardeb, et le prix de l’orge, à 120. Le peuple mangea les chevaux, les
chameaux, les mulets, les chats et les chiens. Cette famine étendit généralement
ses ravages dans toutes les provinces de l’Égypte et de la Syrie (4).
(1) Ayâmel-JVisy I .Ijt. mois de moharram d e i’an 696 de l'hégire [ 1297 de l’èri
(2) Mitqâl dahab u i â JliüU. Chrétienne].
(3) El-Melek el-A’âdel, Zeyn ed-dyn , Ketboghâ, (4) Ben-Ayâs ajoute qu’il a déjà parlé de cet évé-
JaU]| (¿LUI , fut surnommé el- nement malheureux dans son livre historique intitulé :
Aiansouiy parce qu’il avoit été esclave d’el- J? Bedây* eç-za.hour jÿ ouaqây’
Mansour : après avoir régné deux- ans, il s’enfuit en ed-dohour [ Nouveautés des fleurs concernant les événe-
Syrie pour échapper à Hosâm ed-dyn-Lâgyn, dans le mens des siècles].
§. II.
Evénemens .relatifs au M eqyâs sous les M am louks Baharites successeurs
d ’el-M elek el-Nâser,
L ’an 761 de l’hégire [1360 de l’ère Chrétienne], suivant Ben-Ayâs, quand
on prit la hauteur des anciennes eaux, on trouva douze coudées, et il y eut
ouafâ dès le 6 du mois de mesori. Selon Ebn el-Maqryzy dans sa Description
de l’Egypte, la crue, cette année, fut de vingt-quatre coudées; ce que quelques-
uns ont contesté : mais le témoignage d’Ebn el-Maqryzy est confirmé par le
cheykh Gelâl ed-dyn el-Soyouty, qui, dans son livre intitulé Kaoukab el-Roudah,
atteste que, cette année, le Nil crut d’environ vingt-quatre coudées, comme le dit
Ebn el-Maqryzy. El-Melek el-Nâser Hasan, fils de Mohammed fils de Qelâoun,
ordonna qu on cesseroit de proclamer la c rue , parce qu’on craignoit une inondation
générale. Ces grandes eaux se soutinrent ainsi sans diminuer jusqu’au 2 y
de paophi ; ce qui causa une grande désolation parmi le peuple : la chaussée du
Fayoum devint impraticable ; les jardins de l’île de l’Éléphant ( 1 ) furent submergés,
ainsi que les chemins de Chobrâ et d’el-Minyeh. Les eaux s’étendirent jusqu’aux
premières maisons d’el-Hoseynyeh (2) ; elles encombrèrent les puits, s’ouvrirent
un passage par le bassin de la mosquée d’el-Hâkem (3), et détruisirent plusieurs
habitations de l’île de Roudah, qui finit par être entièrement submergée; elles
interceptèrent en plusieurs endroits le chemin de Boulâq, et renversèrent un
grand nombre de maisons. Cette affreuse inondation subsista dans toute sa force
jusqu’à la fin de paophi ; jamais on n’en avoit vu une pareille en Égypte, avant et
depuis l’islamisme : le peuple se rendit au désert, et invoqua Dieu pour la diminution
des eaux ; ce même jour elles diminuèrent en effet de quatre doigts. Ces
grosses eaux furent suivies de la peste, qui ravagea toute l’Égypte.
L ’an 772 de l’hégire [ 1 371 de l’ère Chrétienne ], la crue fut excessive et monta
à vingt-deux coudées et plus : elle resta à cette hauteur jusqu’à la fin du mois
dathyr; ce qui donna beaucoup d’inquiétude aux Égyptiens, parce que le temps
des semailles étoit passé. Ils se rendirent à la mosquée d’A ’mrou et à la mosquée
d’el-Azhar (4) pour demander à Dieu l’écoulement des eaux, et elles s’écoulèrent.
L ’ah 775 de l’hégire [ 1373 de l’ère Chrétienne], la crue du Nil tarda jusqu’au
nourouz ; elle s’arrêta à deux doigts au-dessus de son terme ; aussitôt l’eau baissa ;
ce qui inquiéta le peuple. L e sultan ordonna les prières ordinaires pour obtenir
de l’eau; alors une troupe de docteurs et de gens de bien invoquèrent Dieu : ce
meme jour le Nil baissa de cinq doigts. On recourut de nouveau aux prières, et
il tomba une pluie abondante qui humecta les terres et donna les moyens de
(1) Geryret el-Fyl J jJ f S jjjs .. Cette île est presque
en face du Kaire : elle fut formée, sous la dynastie des
Fat émîtes, par un- amoncèlement de sables, occasionné
par une barque nommée el-Fyl J^aJl [l’Éléphant], qui
s’engloutit.
(2) El-Hoseynyeh ¿■•■-* -1!,
(3) Gâmé’ el-Hâkem ^£=,UÎ £*U..
(4) Gâmég el-Azhar jbj'ii Cette mosquée est
maintenant la principale du Kaire.