
Le directeur du dépôt a donné ensuite îi la Commission lecture du rapport suivant, qu’if a fait
au ministre de la guerre, le ¿4 frimaire dernier.
« D ’après votre invitation, le sénateur Volney a bien voulu se rendre au dépôt de la: guerre
» o u se fédige la carte de l’Egypte, pour voir cet intéressant travail.
» H a éfé1 satisfait, tant? de' Ses progrès que du mérite des matériaux qui lui servent d’élémens I
» et de la' rtianière exacte et précieuse dont if est exécuté.
» II a remarqué avec plaisir la pureté et la netteté avec lesquelles l’arabe y étoit écrit parM. De-1
»Iaporte, membre de la Commission des sciences et arts d’Égypte ; mais il diffère d’opinion avec!
» c e traducteur, et en général avec l’école Française des langues Orientales, sur la manière d’ex-1
» primer en caractères Européens les sons de la langue Arabe pour lesquels nous n’avons pas de I
» signes analogues.
»Sur lès vingt-huit lettrés de l’alphabet Arabe, dix-sept représentent des prononciations absolu. I
» mëm les mêmes que dans notre langue ; en conséquence, l’école Française et le sénateur VolnejI
» les expriment par nos propres lettres, sauf quelques observations.
»TI en reste onze qui peignent des prononciations qui nous sont étrangères. L’école Française!
»emploie, pour les-rendre, les lettres les plus approchantes, prises dans notre langue, en les!
»doublant, les opposant ou les séparant; ce qui n’indique qu’imparfaitement aux nationaux h|
»prononciation primitive, et la défigure aux yeux des étrangers.
» C ’est à cet inconvénient que le sénateur Volney cherche à remédier en adoptant, pour repré-1
» Sènfef cés onze lettres, ou pour peindre leur prononciation, des signes simples, soit de notreI
» a'phabet en les modifiant, soit en les empruntant d’autres langues de l’Europe, soit en les formantI
» de' convention.
» Son système, clairement expliqué dans l’ouvrage qu’il a publié, en l’an 3 , sous le titre de Sim-1
» p<. ification des langues Orientales, se présente sous des rapports d’utilité générale dignes de fixerl
» fattention du Gouvernement dans un moment où il s’agit de consacrer l’une ou l’autre méthode!
» par un monument tel que la carte générale de I’Égypte.
» J ai cru quil importoit h la topographie de cette contrée,-comme au progrès des sciences et|
»des arts, d appeler une discussion' savante sur cette diversité d’opinions, et de soumettre ensuite I
» aux Consuls lavis qui doit en résulter. J ai donc l’honneur de vous proposer d’inviter le sénateur!
»Volney, le professeur de Sacy, et quelques autres savans dans les langues Orientales ou la grain-1
» maire générale, à se réunir au dépôt général de la guerre ou ailleurs, pour y discuter cette inté-1
» ressante question, afin que leur discussion, soumise à l’approbation du Gouvernement, règle de laI
»manière la plus avantageuse la nomenclature Française de la carte de l’Égypte, comparée aux |
» çàraetères Arabes. »
Le directeur a ajouté que le ministre avoit reconnu l'importance de cette mesure, approuvé sonI
exécution, et que cétoit pour cet objet que la Commission se trouvoit réunie.
M. Delaporte, ayant été appelé, a donné connoissancé des principes par lesquels il avoit cru devoirI
se diriger dans la transcription, sur la carte de l’Égypte, des noms Arabes en caractères Français. I
Plusieurs membres de la Commission ont ensuite exposé les difficultés qui paroissent s’opposer i l
ce que Ion puisse atteindre le double but de représenter, dans les caractères des langues Européennes, I
f orthographe et la prononciation des mots Arabes ; et par la comparaison faite particulièrement de I
Ialphabet Français avec l’alphabet Arabe, il a été reconnu, comme principes qui devoient servir deI
bases aux discussions suivantes ,
1.° Que le nombre des élémens qui composent l'alphabet Français, est absolument insuffisant pour!
exprimer toutes les articulations et les sons de la langue Arabe ;
2.* Que parmi cês élémens il y en a plusieurs qui expriment des articulations tout-à-fait étrangères I
à la langue Arabe, tels que le ; et le g, et que, par cette raison , le nombre de lettres de l’alphabetI
Français applicables à l’expression des articulations de la langue Arabe se trouve encore diminué ; I
3. Que de ces données' il résulte l’absolue nécessité d’avoir recours à des signes particuliers ou I
de convention, poür exprimer èn français les noms propres ou autres mots de la langue Arabe I
qu’il faut faire passer dans cette écriture.
En conséquence, après avoir discuté les avantages et les inconvéniens des divers systèmes employé I
ou proposés jusqu’à présent par les orientalistes Français; et avoir pris en Considération particulière I
le système exposé par M. de Volney dans l’ouvrage intitulé Simplification des langues Orientales, pour
parvenir h ce but, la Commission a délibéré sur cette première question.
Pour exprimer les articulations propres à la langue Arabe qui n’ont point de signes correspondant
dans les lettres qui composent l’alphabet Français, aura-t-on recours à quelques configurations,
soit empruntées des autres langues de l’Europe, soit absolument nouvelles! ou bien choisira-t-on
exclusivement parmi les lettres de l’alphabet Français celles qu’il s’agira d’exprimer, sauf à leur faire
éprouver quelque modification destinée à caractériser l’usage qui en sera fait !
La Commission, considérant principalement que, s i, d’un côté, il est utile de donner aux personnes
qui savent la langue Arabe un moyen sûr de mettre en caractères Arabes les mots que l’on aura exprimés
en caractères Européens, il n’est pas moins essentiel, d’un autre côté, de n’employer dans
cette transcription aucun caractère dont la forme soit absolument étrangère à un lecteur Français,
a décidé unanimement qu’elle adopte la dernière de ces deux propositions.
II a été posé une seconde question en ces termes :
Pour modifier les lettres de l ’alphabet Français qui seront employées a exprimer des articulations propres
à la langue Arabe, et dont elles ne seront cependant qu’un signe imparfait, suivra-t-on la méthode, souvent
pratiquée, Remployer plusieurs lettres Françaises réunies pour exprimer une seule lettre Arabe, ou s ’astreindra
t-on, autant qu’il sera possible, a n’employer, pour correspondre à chaque httre Arabe, qu’une seule
lettre Française, sauf à la modifier par quelque signe additionnel!
II a été décidé qu’on n’emploieroit pour chaque lettre Arabe qu’une seule lettre Française, sauf à
modifier la forme des lettres Françaises, quand il sera nécessaire, par quelque signe additionnel.
En conséquence de cette décision, il a été observé que, la valeur du chyn Arabe étant absolument
identique à celle qui s’exprime en français par les deux lettres ch, et des deux lettres q et g la
première étant toujours suivie d’un u, qui ne fait pas la fonction de voyelle, mais paroît faire une
partie constitutive du signe de l’articulation, et fa seconde exigeant le concours de Vu pour conserver
devant re et 17 une valeur approchant de celle qu’elle a devant Vu et Vo, il seroit peut-être convenable
de déroger, quant h ces trois cas, à la détermination qui venoit d’être prise.
Cet objet ayant été mis en délibération, il a été arrêté que, quant au g et au q , il ne leur sera
jamais adjoint <Tu comme signe auxiliaire de leur articulation, et que ces deux lettres seront toujours
employées comme exprimant chacune une seule et même articulation, quelle que soit la
voyelle dont elles seront suivies, en sorte que le g conservera devant Ve et 17 la même valeur qu’il
a devant Va ; et le q, malgré l’absence de Vu, la valeur qui lui est propre : quant au ch, il a été
arrêté que l’on conserveroit la réunion de ces deux lettres pour exprimer le chyn ; ce qui a paru avoir
d’autant moins d’inconvénient, que le c pourra ne servir à aucun autre usage.
2 .e s i a n c e , xp Janvier 1803.
L e 12 nivôse, la Commission s’étant réunie de nouveau, la discussion a été ouverte sur la correspondance
à établir entre chacune des lettres de l’alphabet Arabe et celles des lettres de l’alphabet Français
qui paroitront les plus propres à les représenter, et sur les signes qu’il conviendra d’employer pour
multiplier et diversifier celles de ces lettres qui devront servir à représenter plusieurs lettres Arabes.
On a observé que ces signes pouvoient être ou hors de la lettre, ou incorporés dans la forme même
de la lettre; que la première supposition paroissoit plus propre à rendre général l’usage du système
qui sera déterminé par la Commission, en le mettant à portée de toutes les imprimeries, et que la
seconde sembloit offrir l’avantage de présenter, au moyen d’un petit nombre de poinçons qu’il sera
nécessaire de faire graver, un coup-d’oeil plus agréable.
La discussion sur ces diverses propositions s’étant prolongée sans avoir produit aucun résultat,
et la Commission ayant pensé qu’au moyen d’un tableau qui offriroit l’emploi du mode d’exécution, il
seroit plus facile à chacun de ses membres de prendre une détermination en connoissancé de cause,
elle a chargé MM. Volney et Silvestre de Sacy de concerter entre eux la rédaction de ce tableau, pour
être mis sous ses yeux à sa plus prochaine séance ; et le général directeur du dépôt a été prié d’inviter
le ministre de la guerre à écrire au directeur de l'imprimerie nationale, pour l’autoriser à faire exécuter
à cette imprimerie les tableaux dont le modèle lui sera fourni par MM. Volney et Silvestre
de Sacy.