
plus près encore, l’immense ville du Kaire et ses trois à quatre cents minarets;
enfin, sous les pieds, une vaste place animée par une population pressée ( i )
avec la masse majestueuse de la mosquée de Soultân Hasan, le plus bel édifice
peut-être de toute la ville, et ses deux magnifiques minarets qui s’élèvent au-dessus
de la citadelle même; ces conttastes de l’antique et de la moderne Egypte et des
tombeaux de l’ancienne capitale avec ceux de la nouvelle ; les ruines d’Héliopolis
à droite, à gauche celles de Memphis: tout ce grand ensemble émeut le spectateur
le plus froid, plonge le philosophe dans la méditation, l’artiste dans ¡’enthousiasme
, et l’homme le plus indifférent dans la rêverie et la contemplation.
On a peine à se détacher de ce magique spectacle, unique sur le globe.
L e château du Kaire est divisé en deux parties-: Ja partie haute, l’enceinte ou la
ville des Janissaires, Saur el-Enkcluiryeh, élevée d environ 100 mètres au-dessus
du Nil ( à i ’étiage); et la partie basse, ou celle des A ’zab, Sour e l-A ’zab, divisée
elle-même en deux enceintes. La première est tout-à-fait isolée, et même elle
renferme à l’intérieur une petite enceinte avec une grande tour dite Kbaznth
Qoulleh, et la toin des Janissaires, la plus forte de la citadelle. L e puits de Joseph
est lui-même enfermé dans une clôture particulière. Enfin une autre enceinte
porte le nom de Sour el-Aghâ.
On s’élève à l’enceinte des Janissaires par deux chemins escarpés j taillés dans lé
rocher : l’un, à l’ouest, commence à la porte Bâb el-A 'zab, sur la place du château
( el-Roitmcylch); cette porte est flanquée de deux grosses tours très-imposantes,
peintes de bandes blanches et rouges ; l’autre chemin est au nord-ouest, formant
une rue extérieure, Sekkel el-Chorafeh; des gradins y sont pratiqués dans le rocher
pour adoucir la montée : tous deux aboutissent à la port & Bâb el-Moudâfa', flanquée
de deux tours, au milieu d’une courtine que terminent deux autres grandes
tours, savoir: Bourg el-Tabbâlyn du côté du nord, et Bourg Softah du côté delà
montagne, ainsi que la porte du Moqattam, Bâb el-Gebel.
Un troisième chemin, aussi taillé dans le roc, conduit à la porte sud du château,
où étoit situé l’ancien palais du pâchâ. Il débouche dans la grande place ou hippodrome
de Qarâmeydân ( où s’exerçoient les Mamlouks ), par la porte dite Bâl
Saba Hadarât : de là l’on arrive à la quatrième porte de la citadelle, la porte de
secours, Bâb el-Ouestâny, par une rampe taillée dans la montagne ; puis on entre
dans un chemin souterrain en zigzag aussi creusé dans le roc, large de 3 mètres sur
une longueur de 4°> où il a fallu tailler le rocher dans une hauteur de iz fà 15 mètres.
Les fossés du côté du Moqattam sont creusés dans le roc. Toutes les tours rondes
ou carrées, au nombre de trente-deux, Sont formées d’assises régulières et très;
solidement construites : il en est de même du rempart.
Outre les quatre portes extérieures désignées ci-dessus, e t la grande porte des
Janissaires, el-Moudâfa , on compte cinq portes intérieures désignées dans l’Explication
du plan du Kaire.
L ’édifice de la citadelle le plus considérable est appelé ordinairement Palais à
Joseph; mais le véritable palais ou château de Yousef Salâhel-dyn, ou Saladin, est
( 1 ) Voyez planches j z et 67, E. M. vol. I.
un bâtiment ruiné, placé plus à l’ouest et qui commande la ville du Kaire. En effet,
outre le nom de Beyt Yousef Salâh el-dyn qu’on lui donne encore aujourd’hui, il
porte 1 empreinte d une grande magnificence; les murs sont massifs, parfaitement
construits ^ couverts de sculptures, de mosaïques, et même de dorures et de
peintures encore subsistantes, avec des restes de voûtes, cependant trop ruinés
pour pouvoir être décrits (ct>); Il renfermoit une salle ornée de douze grandes
colonnes de granit, surmontée d’une coupole avec des inscriptions en lettres
d’or. Cet ouvrage doit dater de l’an 567 de l’hégire [ 1 1 7 1 ] , Un autre palais
beaucoup plus re cen t,celui du pacha, situé au midi, n’est pas moins ruiné.
Je viens au fameux édifice appelé improprement Palais de Joseph, et aussi
Divan de Joseph. C e qui lui a valu sa réputation chez tous les voyageurs, ce sont
sur-tout les trente-deux belles colonnes'de granit, avec les grandes murailles
et une partie du plafond qui subsistent encore: les colonnes sont monolithes ,
toutes debout, et hautes:( sans les chapiteaux) d’environ 8 mètres [25 pieds]; les
bases sont en grès et mal travaillées. Ces colonnes n’ont pas été faites pour le
monument, car le diamètre n’est pas exactement le même dans toutes ; le plus
ordinaire est d’un mètre.; Les chapiteaux, diffèrent,aussientre eux. Le galbe général
des chapiteaux approche plus du type corinthien que d’aucun autre ; mais
les sculptures sont presque superficielles : ce ne sont, en quelque sorte, que de
légers dessins qu’on y a tracés, représentant des palmes lisses, des filets, des noeuds,
et aussi des volutes dans les angles, avec peu de saillie (2). L e granit est rouge
et tre s ie au ; on admire fa masse des colonnes, le poli de la matière, le temps et
le travail qu’il a fallu pour les transporter à une. telle élévation. LUes portent des
arcades en pierre., des frises couvertes d inscriptions .Arabes.à lettres gigantesques.
Aux angles des plafonds, et à peu près comme dans nos pendentifs, sont des orne-
mensèn bois à plusieurs étages, disposés en forme d’encorbellement (3). L e plan est
plus savant que celui des plus belles mosquées du Kaire, Touloun et Soultân Hasan
(quoiqu’il leur cède en étendue.). Enfin le goût qui règne dans la disposition, diffère
de ce qu’on observe dans les édifices Arabes aujourd’hui subsistans (4). C e monument
prouve qu’au v i.e siècle de l ’hégirei [ x ii.' de l’ère vulgaire], l’architecture Arabe
avoit un style grandiose qui a disparu sous les Ayoubites sufccesseurs de Saladin et
sous les sultans Mamlouks, bien que ces princes aient élevé des édifices très-hardis et
qu’ils aient souvent sacrifié à la magnificence. Si l’on pouvoir comparer le divan de
Joseph à quelque autre monument du Kaire, ce seroit, mais pour le goût seulement
et la sévérité.du style, à la porte Bâb el-Nasr, dont j’ai fait remarquer plus haut
le caractère original ;( 5 ) * peut-être un peu aussi à la mosquée el-Hakhn, voisine de
cette porte : or la mosquée, ouvrage d’d -Hakim biamr-aliah, le troisième des
Fatimites, doit ê tre du commencement du xn '-s iè c le , tandis que Saladin n’a
commencé à régner qu’en 1171,. L e rapport qui existe entre la mosquée d’eh
Hakim et le divan de Joseph, consiste principalement dans les arcades -en plein
M ytyez. plancha Ê. jW.vi>/./-(n."84, T-,4 ) , (3), Voyez planche 7.1 ¡ fig. S, É. M:.vot. I.~
« la planche fy, au milieu du dessin. . ' (4) Hoyeç l’Appendice alla fin de ce mémoire, S. II.
(z) Voyeiplanchepi, fig.a-;, È. M. vol. I. (s) Koyfcz côdessus, pag. 663.