
prière pour obtenir de d’eau, et voulut se dépouiller de son manteau, qui tomba de la
chaire par terre ; on ne tira pas bon augure de cet accident. Lorsque l’on fut de
retour au Kaire, Ebn Abou-l-Redâd vint, et l’on proclama que le Nil avoit cru
d’un doigt; ce qui donna quelque espérance ; mais le fleuve, loin de continuer
de croître, diminua, et le mois de thoth étoit fini qu’il manquoit encore'sept
doigts pour l 'ouafâ. Quand la digue fut ouverte, 1 eau n y pénétra qu en petite
quantité, et disparut promptement; les malheurs furent à leur comble ; le pays
fut frappé de stérilité, et la famine se fit ressentir ; il y eut mortalité parmi les
hommes. L ’ardeb de blé se vendit sept dynâr.
’§. III.
Evénemens relatifs au M eqyâs sous la seconde dynastie des M am louks Cir-
cassiens, depuis le règne d ’A b o u -S a ’y d Kochaqdam , ju sq u ’à la fin de cette
dynastie.
L ’an 866 de l’hégire [ 14 6 2 d e l’ère Chrétienne], la crue retarda jusqu'au commencement
d’epiphi : ce retard dura quatorze jours. Les eaux changèrent de
couleur et de saveur : elles devinrent vertes au point que personne n’osa plus en
boire ; ce qui alarma les Égyptiens. L e prix des vivres augmenta considérablement ;
le pain devint fort rare dans les marchés ; la famine se fit ressentir. L e Nil restant
toujours au même point, il y eut de l’agitation parmi le peuple, et l’on désespéra
de voir la crue cette année. L e sultan el-Dâher Kochaqdam eut l’idée de détruire
le Meqyâs, pour ôter au peuple la connoissance de l’accroissement ou de la diminution
du Nil; mais le cheykh Amyn ed-dyn el-Aqsary conseilla à ce prince de
temporiser; alors le sultan ordonna aux chefs des qâdy et aux cheykhs de se
rendre au Meqyâs, pour y faire leur prière et demander au Tout-puissant 1 accroissement
des eaux. On pria donc au Meqyâs pendant quelques jours; après quatorze
jours, le Nil crut de deux doigts : le fils d’Abou-Medâd en porta la nouvelle au
sultan, qui lui fit revêtir une pelisse de martre. La crue continua jusquà ce quil
y eût otiafâ, vers les derniers jours de mesori.
L ’an 870 de l’hégire [ i 466 de l’ère Chrétienne], la crue tarda de six jours,
jusqu’au 11 du mois de mesori. L e vendredi suivant, i’émyr Temran, capitaine
des gardes et des valets de pied, se rendit à l’île de Roudali, y brûla les tentes,
et fit battre à coups de fouet une troupe de bateleurs et de gens qui y prenoient
leurs ébats ; ce joui' fut un jour de terreur. L e samedi, qui étoit le 27 de dou-1-
hageh, Dieu fit augmenter les eaux du Nil, et il y eut ouajâ : le 20 de mesori,
l’atâbeky Qânem el-Tâger fit l’ouverture de la digue selon la coutume.
L ’an 871 de l’hégire [ 14 6 7 de l’ère Chrétienne], le Nil s’arrêta dans le commencement
de sa c rue , pendant huit jours de suite ; ce qui fit monter le prix des
grains. L e peuple se porta à des violences contre les marchands de blé. L e sultan
el-Dâher Kochaqdam ordonna aux quatre qâdy et aux cheykhs de se rendre au
Meqyâs pour faire des prières et demander de l’eau. Lorsqu’ils se furent rendus
au Meqyâs, Dieu fit croître le fleuve, et il y eut ouafâ le ¡6 de mesori, c’est-à-
dire, au commencement du mois de moharram de l’an 872. L e sultan alla au
Meqyâs, e t, après avoir oint d aromates la colonne, monta dans une barque, et
alla faire 1 ouverture de la digue : ce fut la dernière fo is , car il mourut peu de
temps après.
Abou-Sa’yd Belbây (1), septuagénaire, environ deux mois après, fut déposé et
envoyé à Alexandrie dans une prison.
La couronne passa alors à Abou-Sa’yd Tamar Boghâ (2), qui fut également
déposé deux ans après, et fut remplacé par Qâytbây (3), qui régna environ vingt-
neuf ans et demi.
L ’an 882 de l’hégire [ 1478 de le re Chrétienne]^il y eut ouafâ le dernier jour
d’epiphi. L e premier jour de ïnesori, le chambellan Lâgyn fit l’ouverture de la
digue; le Nil monta à vingt coudées vingt-un doigts sür la fin de paophi. On
n’avoit point vu depuis long-temps de crue aussi forte; les eaux interceptèrent
les routes etles chaussées, et submergèrent les territoires d’ei-Minyeh et de Chobrâ,
l’île de Roudah, le chemin du Kaire et de Boulâq; l’île de l’Éléphant et Koum
el-Rych furent inondés; les puits furent comblés.
L ’an 883 de l’hégire [ 1479 de le re Chrétienne], il y eut ouafâ le 4 de
mesori. Uzbek fit 1 ouverture de la digue. On remarque, comme un événement
singulier, que, la nuit de 1 ouafâ, la digue d’Abou-l-Mangâ fut rompue et renversée
dun bout à l’autre; ce qui causa de grands dommages dans les cantons
situes au-dessous de ce canal, et submergea les magasins de grains de ceux qui
avoient ces terrains en apanage ; ce qui est bien surprenant, c’est que Je Nil
n’avoit point endommagé la chaussée du canal d’Abou-l-Mangâ avant l’instant
où elle fut renversée. Cette même nuit, il y eut ouafâ, et l’eau crut de douze
doigts.
Lan 902 de l’hégire [ 1496 de l’ère Chrétienne], pendant que la guerre étoit
allumée entre le fils du sultan et l’émyr Aqberdy (4), le Nil s’arrêta dans sa crue les
(1) El-Melek el-Dâher, Abou-Sa’yd Belbây, cilUI
(jL_Jj Ü-\JUv ^jÎ _y$>LL]| , o u su iv a n t d’autres, Ylbây
(¿UL : il monta survie trône le jour même de la mort de
Kochaqdam, étant presque septuagénaire. Après y être
reste cinquante-six ou cinquante-sept jours, ou, suivant
ei-Genâby, un mois et vingt-six jours, il parut généralement
incapable d’administrer, et fut unanimement
déposé le 7 de gemâdy el-aouel, et envoyé à Alexandrie,
ou il fut jeté dans une prison. Suivant ei-Genâby, il fut
le père de tous les princes Mamlouks, tant par ses actions
que par son gouvernement, qui eut le temps d’être jugé
tel, malgré le peu de temps qu’il dura.
(2) El-Melek el-Dâher, Abou-Sa’yd, Tamar Boghâ,
•-K1' «M*-»jil'jjfeLLil csLUi, fut surnommé el-Roumy
et el-Dâhery j^ L U l , parce qu’il étoit du pays de
Koum, comme son arrière-prédécesseur, et qu’il étoit
du nombre des Mamlouks de Dâher Caqmaq
K fut appelé au trône le même jour que Belbây en descendit
: il en fut arraché lui-même le 6 du mois de regeb,
après lavoir conservé cinquante-huit ou cinquante-neuf
jours seulement, suivant Ahmed ebn-Yousef; mais plutôt
il fut traité avec honneur et envoyé à Damiette, où il
vécut libre et tranquille. EI-Genâby remarque, comme
une chose rare et digne d’être notée, que ce sultan et ses
deux prédécesseurs avoient pris le même surnom en montant
sur le trône.
(3) El-Melek el-Achraf Qâytbây f cslUf,
fut surnommé el-Mahmoudy et el-Dâhery
(jjabULÎÎ, parce qu’il fut amené en Egypte par Khouâgeh
Mahmoud qui le vendit à Barsebây, et
qu’il fut mis en liberté par el-Dâher Gaqmaq j*LkJf
11 monta sur le trône le 6 du mois de regeb
de l’an 872 de l’hégire[1468 de I’ère Chrétienne], et
s’y maintint pendant vingt-neuf ans quatre mois et vingt
jours. II mourut, suivant tl-Maqtyiy, le 22 du mois de
dou-I-qa’deh de l’an 901 de l’hégire [1496 de l’ére Chrétienne].
Ahmed ebn-Yousef place sa mort au dimanche
27 de regeb; ce qui se rapporte à ce que l’on voit dans
elGenâby, qu’il fut enterre le lundi 28 de ce même mois.
(4) El-emyr Aqberdy