
Mî iï.fe ïife l
MÉMOIRE
écrivoit dans la même villé vers l’an 420,' dit que ce même quartier, alors sépa'^
de la v ille , devint l’asile de quelques solitaires. Il étoit absolument désert d
temps de S. Epiphane, qui vivoit vers la fin de ce même siècle (1).
Il suit de ces témoignages irrécusables, que l’enceinte actuelle de la ville»
moderne, puisque toute cette partie, si habitée sous les Ptolémées et jusqu’il,
fin du iv .c siècle, et qui sert aujourd’hui de sépulture exclusive à la nation Jujve
reste absolument déserte au-dehors de cette même enceinte dont nous attri
huons la construction aux princes Arabes.
89. J’ai d i t , dans la première partie de ce Mémoire, n,° 20, que l’on remar-
quoit avec étonnement l’emploi, absolument inusité par-tout ailleurs, d’un grand
nombre de colonnes que l’on a encastrées dans le corps de maçonnerie des tours
et des murs de cette enceinte, et que ces colonnes, placées horizontalement de
distance en distance, laissoient entrevoir leurs extrémités sur les faces de ces
murs : voici les observations qui peuvent en résulter, et qui viennent à l'appui
. de notre raisonnement.
On ne s’imaginera pas que les fondateurs d’Alexandrie ’aient pu faire venir
à grands frais de laTh éb aïd e, de Memphis, d’Héliopolis, et même de la Grèce
ou d’Italie, cette immense quantité de colonnes de grès, de granit et de marbre
de diverses espèces (2), pour les employer dans les massifs de maçonnerie d’une
enceinte forte, dans lesquels elles sont ainsi obscurément incorporées; car on
n’auroit certainement pas pris la peine ni fait la dépense de les tailler et de leur
donner ce poli quelles ont encore ou qu’elles ont eu, quand tous les historiens
anciens parlent de ces palais,de ces temples, de ces portiques et de ces nies ornées
de colonnades, que l’on admiroit dans cette ville. Il faudroit alors croire aussi que
Jes milliers de colonnes que l’on trouve aujourd’hui empilées de toutes parts pour
former’des quais et des môles à la mer, dans les deux ports de la ville moderne,
-ont été primitivement taillées pour cet emploi. N’-est-ii pas plus simple et tour
naturel de penser que cette cité superbe, que les temps et plus encore les guerres
politiques et religieuses ont ravagée durant les premiers siècles du christianisme, et
-que le féroce A ’mrou a achevé de renverser de fond en comble, ne présentant plus
quune ville de décombres et de ruines aux successeurs de ce conquérant, aura
été relevée avec ses propres matériaux! Des milliers de colonnes brisées et renversées,
désormais inutiles à l’embellissement des temples d’un culte aboli, ou
des autres palais et monumens publics, auront été employées à lier et à soutenir
la maçonnerie des remparts de cette enceinte ( 3). Nous ajouterons que le caractère
que porte l’architecture des murs et des belles tours d’Alexandrie, est
absolument le même que celui des parties encore apparentes de l’enceinte, et
(1) Joseph, contra Api on. iib. i l , cap. il.
•■(2) On dit que plusieurs de ces colonnes qui sont de
■marbre blanc, ont dû être transportées de la Grèce ou
ele 1 Italie, parce qu’on sait que tous les anciens monumens
de la haute Egypte ne renferment que des colonnes
de grès et de granit, et que d’ailleurs on ne connoit
pas de carrières de marbre blanc en Egypte,
(3) On doit penser que l’emploi de ces colonnes ainsi
placées dans les murs du corps de la place avoit un but
utile, celui de suspendre ou d’arrêter la chute des parties
supérieures de ces murailles, dans le cas où les parties
inférieures eussent été battues et sapées par l’effet des
moutons, béliers et autres machines de guerre alors en
usage dans les sièges.
S U R LA VI LLE D A L E X A N DR IE.
sur-tout de la citadelle du Kaire. Or l’on sait positivement que l’enceinte de la
capitale de l’Egypte moderne, et de la citadelle de cette ville, appartient aux
princes Sarrasins, et notamment au sultan Salah-el-dyn, qui la fit construire en
grande partie dans les premières années du x i i i . " siècle.
po. Une dernière observation va porter la conviction en faveur de notre
sentiment; elle est fondée sur la disposition défensive de l’enceinte, depuis la
tour dite des Romains, sur le port neuf, jusqu’à la porte de Rosette, dont le
développement est de 1590 mètres [ 8 i y ‘ 4J 8*]. On remarque en effet que le
système de toute cette partie se défend contre les dehors occupés aujourd’hui
parle cimetière des Juifs, dont l’emplacement appartient, comme nous l’avons
prouvé, à l’ancien quartier Bruchion, ou du palais des Rois. O r on sait que ce
quartier fut foitifie par Jules-Cesar contre la ville dans le système de nos citadelles,
lors du siège qu’il eut à soutenir contre les forces des Ptolémées et des
Alexandrins. On ne peut donc pas présumer, en ce cas, que l’enceinte actuelle
de cette portion de la ville ait jamais fait partie de celle des Grecs, puisqu’elle
est construite dans un système de défense opposé, c ’est-à-dire qu’elle bat au
contraire l’ancien quartier des Rois ( 1 ).
91. On pourroit croire, d ’après un auteur Arabe, Ebn A ’bd-Oflakym, cité par
Alfiagan, page 1 5 9 , que cette ville étoit munie de trois enceintes, ainsi que
létoient presque toutes les anciennes villes; il seroit possible alors que l’enceinte
Arabe dont nous parlons fût l’enceinte intérieure de l’ancienne fortification , sur
les ruines de laquelle les Sarrasins l’auroient reconstruite. Mais le silence dès anciens
écrivains au sujet de ces trois enceintes ne permet pas de s’arrêter à cette
considération, qui ne prête qu’un foible appui à l’objet en question.
92. Je terminerai ici cette discussion, qui établit incontestablement, à ce que
je pense, que 1 enceinte actuelle, réduite à moitié environ de l’étendue qu’elle
avoit sous les Grecs, ne peut être en effet que l’ouvrage des princes Arabes, ou
peut-etre des empereurs d’Orient : car on pourroit inférer du passage historique
que nous avons rapporté sur le siège d’Alexandrie par A'mrou, que cette enceinte
devoit déjà avoir été réduite en partie, vers le milieu du v i l ' siècle, à l’étendue
quelle a aujourd’hui du côté sud, puisque ce conquérant étoit sans doute campé
sur la hauteur de la colonne de Septime-Sévère, quand il fit cette réponse si
énergique au prélat d’Alexandrie : Vois-tu cette colonne! nous ne sortirons de l'Égypte
p t quand tu l ’auras avdée (2 )- Cette ville devoir cependant être bien forte à
cette epoque, puisque ce prince, qui resta quatorze mois à en faire lé siège, y
perdit vingt-trois mille hommes. Je serois porté à croire que la première reconstruction
des remparts d’Alexandrie est postérieure de peu de temps aux divers
(0 On doit être si persuadé que cette ville a été
versee de fond en comble, et que son enceinte ac-
tU! e> Arquée de cent tours, n’est, en grande partie,
P un ouvrage moderne, que j’ai reconnu à la porte de
osette, dans les fouilles que le génie militaire y a fait
£ fe ,Urant **®ge de cette ville, en juillet 1801, pour
^ouvrir cette porte d’une demi-lune, défendue en avant
° °SSe> (îue J aî> dis-je, reconnu une chaussée pavée
en quartiers de basalte noir, à la manière des voies Romaines.
Cette chaussée se trouve enfouie à cinq pieds
au-dessous du sol même de cette porte moderne. C ’est
ainsi que ¿ont encombrées la plupart des rues de Rome,
comme on le reconnoît aujourd’hui à la colonne Tra-
jane, à l’arc de Septime-Sévère, au Cotisée et autres
lieux de cette ancienne capitale du monde.
(2) Voyez la note 1, page 310, n.° 81 de ce Mémoire.