
dans les grandes citernes de l’ancienne ville l’eau nécessaire à leurs besoins joilr
naliers.
O n ne trouve en cette ville aucun moulin à eau : un moulin à vent, situé sur le
rivage de 1 anse au nord de la presqu’île du Phare, et construit il y a vingt à trente
ans par un habitant de Rhodes, étoit le seul qui existât en Egypte; nous y ej
avons construit deux autres aux environs du Kaire. C ’est pour suppléer au défaut
de ces machines, que chaque riche particulier possède dans sa maison un moulin
mu par des chevaux ou des ânes ; quelques-uns de ces moulins sont destinés au
service public. Les habitans les plus pauvres on t, pour leur usage particulier,de-1
meules à bras, que font tourner habituellement des femmes qui n’ont presque pasf
d autre occupation, et qui souvent prolongent leur travail assez avant dans la nuit
i o. On ne peut assigner aucune époque à la fondation de cette ville moderne-
elle a été bâtie et habitée à mesure que, d’une part, les amas de sables y formoientl
des atterrissemens, et que, d’une autre part, les guerres civiles et religieuses,ouI
celles des nations étrangères, occasionnoient dans l’ancienne ville des ravage]
qui la faisoient abandonner partiellement. L ’époque de son plus fort agrandisse-1
ment ne date que du milieu du x v i . ' siècle, quelques années après la conquête.Je] 1 Egypte par Selym I ." C ’est ce que l’on doit conclure d’un passage de Jean Léon
d’Afrique ( i ).
1 1 . On trouve sur le rivage des deux ports quelques murs de quai et de
jetées pour la facilité des embarcations : ces constructions ne sont formées, en
grande partie, que de fûts de colonne empilés. Quant aux magasins et autres li-l
timens dépendans du service des arsenaux de la marine, l’état d’abandon et de
ruine dans lequel se trouvent ces établissemens publics, fait assez connoître l’esprit
d insouciance du gouvernement T u rc , qui laisse tout dépérir sans jamais rien réparer
ni entretenir.
(2. On construit à Alexandrie quelques gros bâtimens de commerce, des ci -
ravelles, espèces de frégates Turques, percées de 4o à j o canons ,et des djermesj
qui font le cabotage à Rosette et à Damiette par les bouches du fleuve (2), La |
dass,e des habitans qui se livre au service de la marine, habite les rivages des deui |
ports, mais sur-tout ceux qui sont situés au sud de la presqu’île du Phare, et j
réserves aux constructions navales. Livrés à la pêche et au commerce de cabo-j
mge, les Alexandrins fournissent des marins intrépides : on trouve parmi eux j
d habiles nageurs, et sur-tout des plongeurs de la plus grande force; on en raconteI
des anecdotes assez étonnantes.
13. L a population d Alexandrie, à l’époque de notre conquête, pouvoit être]
d environ huit mille ames; elle étoit réduite à sept mille à l’époque de notre]
(1) Jean Léon d Afrique, qui voyageoit en Egypte en n’est pas de formation naturelle, et qui est couvent deI
, 5 I7 »i annee même de la conquête qu en fit Selym I.cr, débris de vases : à son sommet est une tour ou vigie I
dit qu’à cette époque la ville des Arabes, celle qui occupe ( Collection de Ramusioj en 3 vol. t. I.cr )
une partie de l’emplacement de l’ancienne Alexandrie, (2) On peut voir, dans le Mémoire sur le canal do i
étoit encore très-habitée; toutes les maisons de la ville, deux mers, article delà navigation du Nil ( section ni
ajoute ce voyageur, sont bâties sur des citernes. Le port §. y i , É. M. tom. I.,r, pâge izj ) , la description H
neuf avoit le nom de Marsa es-Selsela, qui veut dire port des diverses espèces de bâtimens que l’on construit eu II
de la Chaîne. Dans la ville est une montagne élevée, qui Egypte.
évacuation. Elle est composée d’Égyptiens proprement dits, de Turcs, d’Arabes,-
de Maures, de Grecs, de Syriens, de Juifs et de quelques chrétiens Européens.
C’est à l’ombre des bazars ou quartiers marchands de cette ville qu’il est curieux
d’observer la réunion de tant d’individus de nations diverses, que l’intérêt des
relations commerciales rassemble en paix, et quil divise avec éclat dix et vingt fois
en un seul jour. C ’est là que, comme dans un tableau mouvant, on peut juger
des nuances infinies que la nature imprime sur lç front comme sur toute l’habitude
du corps de l’homme, ainsi que des différences morales que les climats,
l’éducation et la religion apportent dans son caractère, dans ses opinions et son
existence. Je n’essaierai pas d’en donner une esquisse; elle seroit trop imparfaite,
si elle restoit privée du coloris que demande un pareil sujet : le trait le plus
vigoureux ne sauroit suppléer au défaut du pinceau; e t, en essayant de peindre,
je sortirois des limites où je dois me renfermer.
14. Je m’abstiendrai encore de parler de l’administration civile et de la force
du gouvernement militaire qui veiiloient à l’existence comme à la sûreté des
habitans de cette ville : je me contenterai de dire que les institutions qui concer-
noient particulièrement l’administration civile de l’Egypte, étoient anciennement
liées à la religion, et qu’à cet égard les choses n’ont pas changé ; ainsi aujourd’hui
le Qorân est tout-à-la-fois pour les muftis et les cadis, prêtres musulmans, le livre
de la religion, le code des lois, la règle des mceurs et des usages. Quant à la force
militaire, elle n’étoit le plus souvent que le soutien des abus affligeans qui en
dérivent, quand elle n est pas contenue par une sage modération, et sur-tout par
une discipline sévère.
15. Le commerce d’Alexandrie ne consiste plus aujourd’hui, pour ainsi dire,
que dans l’exportation des grains, des riz et du natron de l’Egypte, dans celle
des cafés de I A rabie , et de quelques marchandises de l’Inde, qui y arrivent par la
mer Rouge. C ’est par les ports de cette ville que l’Egypte et l’Abyssinie reçoivent
en échange les draps, les soieries, les verreries et autres objets de Marseille, de
Livourne, de Venise, de Constantinople et des autres échelles du Levant.
Alexandrie, qu’on ne doit considérer aujourd’hui que comme une ville d’entrepôt,
renfermoit, avant notre arrivée en Egypte, d’après M. Olivier ,
88 mosquées, dont 46 du premier ordre et 42 du second ;
200 métlers à faire des étoffes légères en so ie , propres aux vêtemens des
gens aisés de l’un et de l’autre sexe ;
4oo métiers à toile A'iltmoghrebine, pourfaire des chemises à l’usage du peuple;
50 métiers à faire des étoffes d’un gros tissu en laine, à l’usage des Arabes ;
30 savonneries, dont les huiles étoient importées de la Morée, de Crète
et de Syrie.
On y fabrique encore des peaux en maroquin rouge, qui sont très-estimées,
« qui trouvent un grand débit au Kaire et dans d’autres villes de l’Egypte et dé 1 ultérieur de l ’Afrique. 1
16. Le climat d’Alexandrie est assez sain; quoique très-chaud en été, il est