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ì ìli ORIGINE PROBABLE DES ESPÈCES SPOINTANÉES ACTUELLES,
ration des terres était autre qu'aujourcriiuij il y a des raisons semblables
pour penser que les espèces actuelles de Composées et autres familles également
compliquées, sont d'une apparition plus récente que l'état géographique
actuel. Les premières de ces familles ne sont douées d'aucun moyen
particulier de transport, et se trouvent répandues dans des régions entre
lesquelles, aujourd'hui, aucun transport de graines aussi pesantes n'est
possible. Les secondes, au contraire, savoir : Les Composées, Asclépiadées,
Apocynces, etc., d'une structure très compliquée, ont des moyens de
transport réels, très eiïicaces, quand une communication par terre se présente,
et maintenant, elles sont limitées d'une manière remarquable à
chaque continent. Il faut que les espèces de la première catégorie aient
été plus nombreuses et plus dispersées dès leur origine, ou qu'elles
remontent à une époque antérieure aux formes géographiques actuelles;
tandis que les secondes ont été moins nombreuses et moins dispersées
dès leur origine^ ou datent d'une époque plus récente que certains changements
géographiques.
Ceci me conduit à une dernière question, celle des origines uniques ou
multiples de chaque espèce.
§ IV. HYPOTHÈSES SUU l'ORIGINE DE CHAQUE ESPÈCIÎ PAU DES INDIVIDUS
UNIQUES OU MULTIPLES,
Chaque espèce a-t-elle commencé toujours par un seul individu, ou, s'il
s'agit d'espèces dont les sexes sont séparés, par un seul couple d'individus?
Ou bien, a-t-elle commencé toujours par plusieurs individus?
Ou, enfin, certaines espèces ont-elles commencé par un seul couple ou
individu, et d'autres par plusieurs?
Ces trois hypothèses ont été soutenues, ou admises tacitement, par divers
botanistes. Linné adoptait la première (a), et avec lui une foule d'écrivains,
naturalistes ou autres. J,-G. Gmelin (6), Murray (c), Schouw
et plus récemment Agassiz (e), ont adopté la seconde. J'ai soutenu moimême
jadis ( f ) la troisième.
Si l'on veut apprécier la probabilité de ces diverses opinions, le seul
(a) De telluris incremento, 1743, Amoen. acad,, vol. il.
(b) Flora Sibirica^ proef., p. ex, en 1757.
(c) Comm. Goetiing,, IX, p. 18, en 1789.
(d) De sedibus plantarum originariis, br. in-8, Itaunioe, 1816; Sur Vorigine des végétaux^
mémoire publié en danois en 1847, traduit en anglais dans Hooker, Journ. of
Bot., 1850, p. 321.
(c) Geographical distribution of animals, dans le journal The christian examiner,
mars 1850.
( f ) Fragment d'un discours sur la géogr^ bot,, dans la Bibliolh. univ,, mai 1834.
ORIGINE ET REPARTITION PREMIERE DES ESPECES. 1H5
moyen est de voir quelle hypothèse s'accorde le mieux avec les faits de
géographie botanique, en particulier avec ceux dont l'état actuel du globe
no peut pas rendre compte, et qui remontent évidemment à des causes
antérieures. Les mêmes reclierches peuvent être faites en zoologie, car les
questions sont exactement semblables. Heureusement, la distribution des
espèces végétales actuelles est mieux connue que celle des animaux, et il
est permis aux botanistes de marcher ici en avant, quoique, sans doute,
les exemples tirés de la zoologie aient aussi beaucoup de valeur.
L'hypothèse d'une origine unique offre un degré apparent de simplicité
qui séduit. Nous aimons à croire aux moyens simples, peut-être uniquement
à cause du peu de portée de notre esprit. Je ferai remarquer d'abord
que l'hypothèse elle-même suppose deux individus pour la grande majorité
des êtres organisés, car il y a bien plus d'êtres à sexes séparés qu'à sexes
réunis. Ensuite, la simplicité du moyen est plus apparente que réelle.
Est-ce des graines et des oeufs que l'on suppose jetés isolément à l'origine
des espèces dans des localités favorables? Mais ces graines, ces oeufs, ont
une organisation excessivement conq^liquée. Est-ce une première plante,
un premier animal, tout formés? Mais leur structure est alors plus variée,
plus compliquée encore. Ce qu'il y a de prodigieux, ce n'est pas la création
de mille ou de dix mille individus organisés semblablement, c'est la
création d'un seul. La cause toute puissante qui a produit un individu a pu
aussi bien en produire plusieurs. L'immensité nécessaire de sa puissance
fait que le nombre des individus créés est une chose très accessoire, et à
ce point de vue, un mode est presque aussi simple que l'autre.
Cette théorie a une conséquence à laquelle on n'a pas toujours pensé, et
qui met plusieurs auteurs dans une contradiction palpable avec euxmêmes.
Presque tous les partisans d'une origine unique ont admis une
création simultanée, si ce n'est du inonde entier, au moins de tous les
végétaux à la fois, de tous les animaux (non compris l'espèce humaine).
Cependant, certains végétaux ont besoin de l'ombre des autres espèces; les
parasites ont besoin du développement préalable de leur support; les animaux
carnivores exigent l'apparition préalable des autres animaux, en
grande quantité; les herbivores ont besoin de trouver des végétaux nombreux
et pourvus de feuilles ; les frugivores demandent des fruits, les granivores
des graines. On ne peut donc pas admettre la création simultanée de
toutes les espèces d'un seul règne, surtout du règne animal, et en même
temps un seul individu ou couple primitif de chaque espèce.
La création successive, au moyen d'individus ou couples uniques, présente
d'autres difficultés, mais elles ne sont pas absolues. Une plante seule
de son espèce, au milieu d'une infinité d'espèces préexistantes sur le ter-
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