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lexvin® siècle de notre ere, par le roi Victor-Amédée (IMiilippi, dans Liniioea^
Vif). Ainsi les arguments historiques et linguistiques nous rejettent
du côté de la mer Noire et de l'Europe centrale pour découvrir l'origine
de l'espèce.
Voici un indice tout à fait concordant et auquel personne n'avait songé
jusqu'à présent.
Dans plusieurs pays del'liurope, en Suisse, en France, en Italie, d'après
ce que j'ai pu voir et ce que disent les auteurs de Flores, le Seigle lève
quelquefois dans les champs où il a été cultivé Tannée précédente, mais
non hors des terrains cultivés. Il n'en est pas de même dans l'Europe tempérée
orientale, en particulier dans les Etats autrichiens. Le Seigle s'y
trouve au bord des routes et même dans les prairies. Cela résulte des assertions
de plusieurs auteurs. Je ne parle point de Besser et de Bieberstein
(SuppJ., p. 93) qui avaient pris le Secale fragile pour le S. cereale;
mais, par exemple, Sadler (FL Pestìi.^ I, p. 80) dit en parlant du Secale
cereale : <( Occurrit quoque spontaneum ad vias, in campis, etc. » Host
(FL Ausl)\, I, p. 177) dit aussi : (( Occurrit in arvis, ad vias, sepes, » et
il le distingue pourtant bien du S. villosum et du S. fragile qu'il nomme
S. sylvestre. Baumgarten (FI, Transylv., III, p. 225) dit : (( In agris
cultis passim, ad agrorum pratorumque margines et ad vias. » M. Neilreich
(FÌ, JVien^ p. 58) l'indique comme la céréale la plus cultivée autour de
Vienne, et de plus « venant partout, même dans les près et les bois, où
elle est devenue sauvage (verwildert). » Enfin, M. de Visiani {FL Dalm.^
I, p. 97) tout en décrivant une nouvelle espèce à épi caduc, le S. dalmaticum,
dit en parlant du S. cereale, à épi persistant : « Colitur in Dalmatia
pra^cipue montana et illic sponte occurrit ad sepes et vias agrestes. »
N'est-ce pas un ensemble de faits curieux? Puisque le Seigle ordinaire,
plante qui, d'ailleurs, varie très peu et qui est robuste, se répand si aiséjiient
hors des cultures dans celte contrée; que de plus, la culture du Seigle
était sortie de la Thrace, d'après les anciens, l'espèce ne serait-elle point
aborigène de la région entre les Alpes et la mer Noire, spécialement de Hongrie,
Dalmatie, Transylvanie? et les pieds que les auteurs disent échappés
des cultures ne seraient-ils point le reste de pieds primitifs, ou plutôt les
pieds cultivés et sauvages ne seraient-ils pas une descendance croisée des
pieds aborigènes? La culture s'est promenée ou établie sur toutes les localités
dans lesquelles la planie primitive pouvait se trouver; mais l'existence
de piedsliors des cultures, quelle que soitleur source immédiate, me paraît
une présomption bien forte d'une origine dans cette partie de l'Europe.
ik^cnn saÉiva, S.. — L'Avoiue n'était pas cultivée par les Hébreux, les
Égyptiens, les anciens Grecs et les Homains (Reynier, Econ. des Celles^
/Ëll
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉNEUALEMENT CULTIVEES.
p. Z|22; Link, Die IJrwelt, 2^édit., p. /|09 ; Fraas, Syn. FL class,,
p. 30Zi). Aujourd'hui même elle n'est pas cultivée en Grèce, si ce n'est
comme objet de curiosité (Fraas, ibid.). On ne la cultivait pas non plus
dans rinde (Boyle, UimaL, p. /|19), mais quelques Anglais en ont semé
pour la nourriture de leurs chevaux.
Il paraît que les peuples germains en faisaient usage dans l'antiquité,
car d'après Pline (lib. xviii, c. 17) leur pain était fait d'avoine, comme
celui des Écossais modernes. Le mot Avena paraît venir du mot allemand
Hafer^ qui est bien voisin du mot russe et bohème Oves, Otves, du polonais
Oioies (Moritzi, Diet. étym. inéd.), d'où provient évidemment le mot
anglais Oats. Dans le nord de l'Angleterre, on disait autrefois Hauer
(Bulleyne, Book of simples^ cité dans Johnston, Bot, east, borders,
p. 218). Les Tartares disent Sulu (Mor., ib.) ; les Hongrois Zab {;ib.),
et les Illyriens réunissent des noms de plusieurs origines Ovas, Zob, Siij^
Pir, Jahri (Vis., FL Daim., I, p. 69), dont la multiplicité et la forme
simple annoncent une existence très ancienne dans cette partie de l'Europe.
Galenus(De aliment, faculf., I, c. ìli) dit que l'Avoine était abondante
en Asie, surtout en Mysie, au-dessus de Pergame; qu'on la donnait aux
chevaux, et que les hommes en faisaient aussi du pain dans les années de
disette.
Ces détails montrent combien était fausse l'opinion que l'yVvoine serait
originaire de Tile de Juan-Fernandez, opinion qui régnait dans le siècle
dernier (Linné,5])., p. 118; Lam.,/)ic'/. encycL,i, p. 331), et qui paraît
venir d'une assertion du navigateur Anson (Phillips, Cuit, veg., H, p. h).
Selon le Dictionnaire d'ayriculltire (II, p. ioli), le voyageur Olivier
aurait trouvé l'Avoine sauvage en Perse ; mais c'est, je pense, une erreur,
car il n'en est fait aucune mention dans l'ouvrage d'Olivier. M. Hové l'a
trouvée dans le désert du mont Sinaï; mais M. Decaisne {Ann. sc. nat.,
2« série,II, p. 13), en citant l'espèce, ajoute ces mots: (( Nulle part, ni en
Egypte, ni en Arabie, l'Avoine ne se trouvant cultivée, l'échantillon rapporté
par M. Bové doit provenir de graines apportées par les Européens. »
Les peuples modernes de ces pays ne cultivent effectivement pas cette
plante, qui était inconnue aussi aux Hébreux.
Voilà de bons motifs, assurément, pour repousser une origine du mont
Sinaï, ou même de la Perse. Il faut chercher plutôt au nord du Caucase, en
Sibérie, en Russie ou en Autriche, comme l'indiquent la variété des noms
primitifs dans les langues slaves, la rareté et la nouveauté de la culture chez
les peuples gréco-latins, juifet indiens. La nation qui parlait le sanscrit avait
apporté le chanvre de l'Asie occidentale, probablement du midi du Caucase,
dans le nord de l'Inde, pourquoi n'aurait-elle pas apporté aussi l'Avoine
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