
1102 ORIGINE PROBABLE DES ESPECES SPONTANEES ACTUELLES.
(lensej rOE]notliera biennis et autres espèces, transportées d'Amérique en
Europe depuis longtemps (p. 7 1 0 , 7 2 5 ) , n'ont pas produit des variétés,
encore moins des races. Nous ne savons si, dans le cas où elles en
produiraient, ces races deviendraient tout à coup variables, nombreuses,
comme cela arrive dans les espèces soumises à la culture.
D'après M. Lecoq, il y a des genres de plantes dont les espèces sont
encore dans cet état bizarre d'avoir des formes variables, et d'après lui, ce
sont des genres d une date moins ancienne que les autres. Ainsi, les formes
du genre Rosa^ des genres Salix, Polygonum^ Viola ^ Thaliclriim^
Rubus, etc., toutes ces formes, qui font le désespoir des botanistes, parce
qu'elle sont, pour les uns, des espèces, et pour les autres, des variétés ou
même de simples variations passagères, seraient l'état de jeunesse de
nombreuses espèces. Dans d'autres genres plus anciens, les formes seraient
distinctes, parce qu'elles seraient arrivées à un certain degré de maturité.
Cette théorie est ingénieuse; elle repose sur des faits positifs en ce qui
concerne les races; mais est-elle d'accord avec l'ensemble des faits?Voilà
ce qui me paraît plus que douteux.
Remarquons d'abord que cette variabilité extrême de certains genres
serait envisagée tout autrement par des botanistes qui pencheraient vers
des idées différentes de celles de M. Lecoq. Loin de voir dans les Rubus,
par exemple, des espèces multiples ou qui vont se multiplier, ces botanistes
diraient qu'il existe en Europe 5 ou 6 espèces de Rubus, et plus on insisterait
sur la variété des formes, plus ils en concluraient, en s'appuyant
sur les transitions, qu'il faut réduire le nombre des espèces. Passons sur
ce point et mettons-nous en entier dans l'esprit du système de M. Lecoq.
Dans ce système, les espèces ayant varié et s'étant multipliées par division,
surtout dans leur jeunesse, les genres de plantes les plus anciens
doivent avoir : des espèces plus arrêtées, plus admises par tout le
monde; 2° un nombre d'espèces relativement plus considérable. En est-il
ainsi ? M. Lecoq le croit ; mais il me semble qu'on peut bien en douter.
Les végétaux les plus anciens, selon M. Lecoq, et en cela, j e suis
entièrement de son avis, sont les Cryptogames plutôt que les Phanérogames,
les Monocotylédones plutôt que les Dicotylédones. Les Fougères,
en particulier, sont très anciennes (Lecoq, I, p. 198) ; les Conifères et les
Cycadées sont venues ensuite, et enfin les Dicotylédones. Je l'admets
aussi; mais M. Lecoq regarde ces anciennes classes de plantes comme
ayant des espèces mieux définies, et ici je ne partage plus son opinion. Les
espèces de Conifères ont des variétés ou races très réelles, très embarrassantes
(Cedrus Deodara, libanica et atlantica; Pinus sylvestris etscotica;
Pinusuncinata et variétés, etc.). Les Fougères sont difficiles à déterminer;
CHANGEMENTS QUI ONT PU S'OPÉRER DANS DES ESPÈCES. 1103
les espèces exotiques en sont très variables. Parmi les Monocotylédones,
les Liliacées, les Amaryllidées, les Graminées, offrent des genres très
confus (Allium, Tulipa, Narcissus, Lolium, Panicum, etc.). On peut bien
les comparer aux Salix, [\ubus, Viola, Thalictrum, des Dicotylédones. En
thèse générale, il est difficile de soutenir que les espèces soient mieux
caractérisées dans l'une de ces classes que dans l'autre, et assurément, les
Lichens, les Algues, ces dernières en particulier, qui doivent être d'une
grande ancienneté, présentent la confusion des espèces et la variabilité
des formes au maximum. Si j'hésite dans la comparaison des Monocotylédones
et des Dicotylédones, sous ce point de vue, j'affirmerai volontiers une
variabilité plus grande dans les Cryptogames, considérées en masse, que
dans les Phanérogames. Parmi ces dernières, quelques familles d'une organisation
compliquée, d'une aire restreinte, malgré des moyens actifs de
diffusion, par conséquent, d'une date probablement récente, comme les
Orchidées, les Apocynées, Asclépiadées, Composées, Campanulacées, Stylidiées,
etc., ne présentent pas des espèces très variables, ni très difficiles
à définir. Ainsi, à ce point de vue, les espèces n'auraient pas été plus
variables dans leur jeunesse qu'à un âge subséquent.
Le nombre des formes spécifiques, par genre, est-il plus considérable
dans les catégories de végétaux d'une date probablement ancienne? Je n'en
vois pas la preuve dans l'état actuel de la science.
Le docteur Lindley résume à la fin de son Vegelahle Kingdom (édit. de
1 8 5 3 ) , le nombre des genres et des espèces connues dans le règne végétal.
Je prends son tableau, en réduisant les sept classes à quatre, pour me conformer
aux habitudes, et à cause des chiffres tout à fait insignifiants des
Rhizogènes, Dictyogènes et Gymnogènes, sur lesquels on ne pourrait fonder
aucun calcul ayant un sens. J'ajoute la proportion des espèces par genre.
On trouve :
Espèces
Genres. Espèces, par genre.
Amphigames ou Thallogènes 93 6 8,39i 9
Mhéogamesou Acrogènes 31 0 4,086^ 13
Monocotylédones 14 , 0 0 5 ' 9
Dicotylédones 6, 2 2 8 66,435 10
SoU :
Cryptogames 1, 2 4 6 12,480 10,0
Phanérogames 7, 6 8 5 80,440 10,2
Il est remarquable combien les botanistes, sans s'en douter, ont suivi
la même marche dans la classification des Piianérogames et des Cryptogames.
L'uniformité des chiffres proportionnels ne donne pas à penser
que l'ancienneté d'existence des classes, d'où l'on peut présumer celle des
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