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9 7 0 ORIGINE GÉOGliAPIilQUK DES ESPÈCES CULTIVÉES.
boisson du Cavé {Epist. ad Clus., p. 309). k peu près à la même époque
Prosper Alpin en avait eu connaissance en Egypte même. Il désigne
l'arbuste sous le nom de « arbor Bon., cum fructu suo Buna. » Le nom
de Bon se retrouve aussi dans les'premiers auteurs sous la forme de
Bimnu, Buncho, 7iu?ica (Rauw., Glus.). Les noms de Calme, Cahua,
Chaubé (Rauw.; Bauli., Hist., I, p. à22), Cavé (Bellus, 1. c.) s'appliquaient
en Egypte et en Syrie, plutôt à la boisson préparée, et sont devenus
l'origine du mot Ca/c. Le nom Bunnu, ou quelque chose d'analogue,
est si bien le nom primitif de la plante, que les Abyssins l'appellent aujourd'hui
encore Boun(K\d\., Tent. FI. Ahjss., p. 350),
Si l'usage du café est plus ancien en Abyssinie qu'ailleurs, cela ne prouve
pas que la culture y soit bien ancienne. Il est très possible que pendant
des siècles on ait été chercher les baies de café dans les forêts où elles
étaient sans doute très communes. Selon l'auteur arabe cité plus liant, ce
serait un niuphti d'Aden, à peu près son contemporain, appelé Gemaleddin,
qui, ayant vu boire du café en Perse, aurait introduit cette coutume à Aden,
et de là elle se serait répandue à Moka, en Egypte, etc. D'après cet auteur
le Caféier croissait en Arabie. Il existe d'autres fables ou traditions, d'après
lesquelles ce serait toujours des moines ou des prêtres arabes qui auraient
imaginé la boisson du café (Nouv. diet, dliist. nat., IV, p. 352), mais
elles nous laissent également dans l'incertitude sur la date première de la
culture. Quoi qu'il en soit, l'usage du café s'étant répandu dans l'Orient,
puis en Occident, malgré une foule de prohibitions et de conflits bizarres
(Ellis, /, c.), sa culture est devenue bientôt un objet important pour les
colonies. D'après Boerhaave, le bourgmestre d'Amsterdam, Nicolas Witsen,
directeur de la Compagnie des Indes, pressa le gouverneur de Batavia,
Van Hoorn, de faire venir des graines de Caféier d'ilrabie à Batavia, ce
qui fut fait et permit à Van Hoorn d'en envoyer des pieds vivants à Witsen,
en 1690. Ceux-ci furent placés dans le jardin botanique d'Amsterdam,
fondé par Witsen. Ils y portèrent des fruits. En i71/i, les magistrats
d'Amsterdam en envoyèrent un pied en bon état et couvert de fruits, à
Louis XIV, qui le fit soigner dans son jardin de Marly. On multiplia aussi
le Caféier dans les serres du jardin du Roi à Paris. L'un des professeurs
de cet établissement, Antoine de Jussieu, avait déjà publié en 1713,
dans les Mémoires de l'Académie des sciences, une description intéressante
delà plante, d'après un pied que Paneras, directeur du jardin d'Amsterdam
lui avait envové.
Les premiers Caféiers d'Amérique furent introduits a Surinam par les
Hollandais, en 1718. De la Motte-Aigron, gouverneur de Cayenne, ayant
été à Surinam, en obtint quelques-uns en cachette et les multiplia en
ORIGINE DES ESPÈCES LE PLUS GÉNÉRALEMENT CULTIVEES. 971
1725 (a). Le Caféier fut introduit à la Martinique par de Clieu, officier
de marine, en 1720, d'après Deleuze {llist. du Miiseum, I, p. 20), en
1723, d'après les Notices statistiques sur les colonies françaises
(T, p. 30) (6). On l'introduisit de là dans les autres îles françaises, par
exemple, à la Guadeloupe en 1730 (Notic. slat. col. fr., I, p. 209). Sir
Nicholas Lawes le cultiva le premier à la Jamaïque (Martin, Statist, colon.
Brit. Emf.). Dès 1718, la Compagnie française des Indes envoya des
plants de café Moka à l'île Bourbon (Nouv. Diet. hist, nal.^ IV, p. 135),
et même selon d'autres {Notices stat. col. franç., II, p. 8/i), ce fut dès
1717, qu'un nommé Dufougerais-Grenier fit venir de Moka dans cette île
des pieds de café. On sait combien la culture du Caféier s'est répandue à
. Java et au Brésil. Rien, si ce n'est le défaut de bras pour récolter les
baies, ne Tempêche de se répandre dans la plupart des pays intertropicaux,
d'autant plus que le Caféier s'accommode des terrains en pente et
assez arides où d'autres produits ne peuvent pas être obtenus. Il est dans
l'agriculture tropicale un équivalent de la vigne en Europe et du thé en
Chine.
Gossypiuiu. — Après la savante dissertation de M. C. Ritter (c), il
serait inutile de reprendre la discussion des noms employés dans les
langues anciennes. D'ailleurs, le but denies recherches m'en dispense, car
(a) Ce détail est emprunte à Ellis, Diss. Caf., p. 16. Les Notices slaiisliques sur les
colonies françaises (II, p. 46) disent : « Vers 1716 ou 1721, des semences fraîches de
café ayant été apportées secrètement de Surinam, malgré la surveillance des Hollandais,
la culture de cette denrée coloniale se naturalisa à Cayenne. )>
(5) Le nom de ce marin est écrit DecUeux par Deleuze et par KunUi {Nov. gen., Ill),
qui lui a dédié le g'cnre Declieuxia, De Clieuoe par les auteurs du Nouveau dictionnaire
d'histoire naturelle, Duclieiix d ans le Dictionnaire classique, Desclieux par les auteurs
des Notices statistiques sur les colonies françaises. J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur
le nom exact de cet officier Lien méritant de son pays. Je me suis adressé au Ministère
de la marine et des colonies, et voici les renseignements qu'on a bien voulu me communiquer
d'après les arcliives. Le sieur de Clieu était cousin de Ducasse, marin célèbre,
allié au comte de Maurepas par le comte de Roye son gendre, et par le duc d'Amville. Il
était né en Normandie, à une date non connue. D'après ses états de service, il était
garde de la marine au Havre le 27 mars 1702, enseigne de vaisseau le V novembre
1705, capitaine de troupes, puis major (1726) à la Martinique, chevalier de Saint-Louis
le 18 juin 1718, lieutenant de vaisseau en 1733, gouverneur particulier de la Guadeloupe
le 1^''juin 1737, capitaine de vaisseau le 10 juillet 1746, commandeur honoraire
de Saint-Louis le 8 septembre 1750, retiré avec une pension de 6,000 livres le septembre
1752, rentré au service et passé au Havre, par ordre, le l'^'' septembre 1753,
r e t i r é de nouveau sur sa demande le 21 mai 1760, avec pension de 2,000 livres, décédé
vers 1775. Services à la mer, 4 années; trois campagnes. Des rapports au Roi, en 1752
et 1769, rappellent qu'il avait porté et planté le premier pied de café à la Martinique,
et s'était toujours distingué par son zèle et son désintéressement.
Les différences dans la date indiquée pour l'introduction viennent probablement de ce
qu'il fit deux fois le voyage avec une persévérance louable. Une première fois les plantes
périrent ; la seconde fois, il avait semé des graines en partant, et elles réussirent, grâce,
dit-on, à ce qu'il prenait sur sa mince ration d'eau pour les arroser.
(c) Die geograph. Yerbreitung der BatimivoUe,hi\ in-4, Rerlin, 1852.