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1 0 9 6 OlllGINE PUOIiAKLK DES KSPÉCKS SPONTANÉES ACTUELLES.
dépourvue de graines. De même les races de Triticum diiïerent quant aux
arêtes, au nombre de graines, à leur forme, etc. ; mais aucune de ces
races ne prend les caractères de l'un des genres voisins, et personne n'a
eu l'idée de constituer sur l'une d'elles un genre nouveau (a). Les plantes
cultivées étant les plus llexihles, on doit penser que les races, dans les
plantes spontanées, s'éloignent moins les unes des autres, et que les caractères
génériques ne sont jamais perdus. La subdivision des espèces ne peut
donc avoir produit que des espèces voisines, même très voisines, et il
resterait une infinité de types distincts, primitifs, qu'on ne peut attribuer
à cette cause.
Bien plus, l'isolement, ai-je dit, est une des conditions qui auraient pu
amener la subdivision d'espèces ou la formation de quasi-espèces, car c'est
le terme qui rend le mieux l'idée. Or, la grande majorité des espèces analogues
se trouvent aujourd'hui rapprochées et quelquefois accumulées dans
le même pays! Ce simple fait oblige à renoncer, pour presque toutes les
espèces, à l'hypothèse, qui peut s'être réalisée quelques fois, d'une production
naturelle de formes par l'isolement et le temps. Les centaines d'Erica
qui sont au Cap, ne peuvent avoir été engendrées par isolement géographique,
car on ne comprend guère ce qui aurait pu les réunir toutes, après
l'isolement, dans ce seul point du monde, et les faire disparaître ailleurs.
Si l'on prétendait qu'une terre adjacente a pu être submergée après avoir
communiqué ces Erica, on ne ferait que reculer la difficulté, car pourquoi
cette terre préexistante aurait-elle eu tant d'espèces d'Erica? D'ailleurs
le même fait se présente dans d'autres pays. Les Stylidium de la Nouvelle-
Hollande, les Solanum du Brésil, les Aster des États-Unis, les Astragalus
de l'Orient, les Cistus ou les Linaria de l'Europe méridionale, etc., etc.,
sont rapprochés aujourd'hui de telle façon, qu'ils ne peuvent pas provenir
de races créées et consolidées par isolement. Je comprends que peut-être
le Castanea d'Amérique et celui d'Europe fussent les descendances isolées
d'une espèce unique ancienne; que le Platane d'Orient et celui d'Occident,
qu'une espèce des Canaries et une forme voisine de Madère, fussent des
modilîcations devenues permanentes par le temps et l'isolement. Je ne
l'affirme pas; je dis : ce serait possible et quelquefois probable. Mais la
très grande majorité des espèces est groupée de telle façon que toutes les
espèces analogues, formant un genre, ont dû prendre naissance dans la
même région, sous des influences depuis longtemps semblables. Cela ressort
du nombre immense d'espèces de certains genres dans certains pays,
(a) Lors môme qu'un cas pareil se présenterait, le genre nouveau serait certainement
un genre très voisin, et cet exemple ne changerait pas la conclusion du raisonnement. Il
faudrait seulement en modifier un peu la portée et les expressions.
CHANGEMENTS QUI ONT PU s'OPÉREU DANS LES ESPÈCES. 1097
et du fait que plus on étudie à fond les familles, plus les genres qui les
composent étant mieux connus ou mieux constitués deviennent géographiques.
La concentration de formes spécifiques voisines dans des lieux voisins
est la règle: la dispersion de formes analogues est l'exception. Or, ce qui
a été prouvé possible, en fait de dérivation d'une espèce dans une autre
forme spécifique ou quasi spécifique, ne peut s'appliquer qu'au cas de dispersion
depuis un temps considérable. S'il s'agit des espèces congénères
accumulées dans une même région, c'est-à-dire de la majorité immense
des espèces, il nous est impossible de comprendre comment elles auraient
pu dériver de formes antérieures différentes et en petit nombre, à moins
d'une cause absolument inconnue, d'une cause qu'on peut bien appeler
extra-naturelle, puisque les phénomènes observés n'en donnent aucune
idée. On ne peut pas s'appuyer sur un changement de climat, car toutes
les espèces d'une même région ont passé par les mêmes influences. Ainsi,
pour reprendre mon exemple, toutes les Erica du Cap sont propres h cette
partie du monde, et ont éprouvé les mêmes influences depuis des milliers
d'années. Plusieurs vivent, au Cap, dans une même localité, et se maintiennent
distinctes. Comment seraient-elles dérivées d'une ou de quelques
espèces primitives? Les mêmes causes ne peuvent pas produire des
efl'ets différents sur une même forme. En exagérant beaucoup l'action
des causes extérieures , en oubliant qu'elles ne produisent rien d'héréditaire
si elles ne sont accompagnées de l'isolement des pieds modifiés, on
ne peut point s'expliquer la production de tant de formes voisines et différentes
sous des conditions semblables.
Une hypothèse sur ce qui pourrait arriver dans l'avenir fait mieux
comprendre la marche présumée du passé.
Je reconnais que le Senecio vulgaris, répandu depuis trois siècles de
pays en pays, et encore semblable partout, pourrait, dans quelques milliers
d'années, avoir éprouvé, dans certaines régions, dans certaines îles, par
exemple , des modifications devenues héréditaires. Je comprends que la
destruction de formes servant de transition, et une certaine intensité dans
les modifications locales, pourraient alors faire considérer les formes nouvelles
comme autant d'espèces. Mais je ne puis admettre en aucune manière
que sur un même continent, ou dans une même île, au travers de
variations quelconques du climat, le Senecio vulgaris actuel pût produire,
par exemple, une cinquantaine de formes diflérentes, pouvant rarement se
féconder les unes les autres, donnant des graines presque toujours stériles
quand elles se croisent, en un mot offrant les conditions de diversité externe
et interne qui caractérisent des espèces. Qu'on applique le même raison-
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