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030 CHAAGKMKMS IJANS L'JIAIUTATION DES ESPÈCKS.
hcs considérations sur l'aire relative des espèces qui m'ont occupé si
longtcnii)s trouvent ici une application intéressante. Tantôt on devra examiner
l'aire d'une espèce dans deux continents, d'après les règles que j'ai
employées; tantôt il faudra se borner à l'apprécier en raison de la iiim'ille
ou de la catégorie de plantes à laquelle appartient cette espèce. En réfléchissant
à l'aire moyenne si restreinte des Orchidées, Cucurbitacées, Épacridées,
etc., ou des espèces ligneuses, on ne sera pas enclin à regarder
facilement des plantes de ces familles, ou de cette catégorie, comme
naturalisées. On inclinera en sens contraire pour des Polygonacées, Tapavéracées,
Salsolacées, Graminées, etc., et pour les plantes ¡nnuelles ou des
lieux humides, qu'on sait avoir communément une aire très vaste. Quand
il est dans la nature d'une plante de se répandre beaucoup, on peut soupçonner,
si elle oiïre quelque part une habitation restreinte, qu'elle vient
d'être naturalisée et qu'elle tend à se répandre davantage. Ainsi, quand
on remarque dans une région tropicale, au milieu des cultures, dans une
seule localité, une espèce d'Amarantacée, ou au bord des rivières, une
Scrophulariacée, on pourra bien conjecturer que ces espèces présentent
iùlleurs des habitations plus vastes, et que, dans la localité observée, elles
existent par l'effet de quelque transport fortuit.
Un indice tout scientifique, applicable aux espèces transportées les plus
anciennes, est fondé sur la proportion ordinaire des espèces par genres et
l)ar familles, et sur le groupement habituel des espèces analogues sur un
mènie continent ou dans la même partie du monde. Il n'est pas probable
qu'une espèce se trouve séparée primitivement de toutes les autres du
même genre, ou un genre de tous les autres genres de la famille. Cela
u'est pas probable, dis-je, parce que dans les familles bien étudiées et où
la classification est bonne, ce fait se présente rarement. L'examen des
plantes qu'on sait avoir été naturalisées le confirme. Ainsi, les OEnothera,
les Mimulus, les Opuntia, les Agave, abondent en Amérique, et aucune
espèce de ces genres n'existait jadis en Europe. Les deux OEnothera naturalisés,
le Mimulus luteus, l'Opuntia, l'Agave americana, font contraste
dans cette partie du monde avec leurs congénères et avec la Flore européenne
en général. Il n'y a aux États-Unis qu'un seul Genista, et c'est le
Genista tinctoria ; il n'y a qu'un Inula, et c'est l'Inula Helenium • il n'y a
qu'un Cichorium, et c'est le Cichorium Entybus; il n'y a qu'un Fumaria
et c'est le Fumaria officinalis! Toutes ces espèces sont regardées par les
auteurs américains comme naturalisées dans leur pays. Probablement, ils
en ont des preuves plus ou moins directes ; mais, par analogie, à défaut de
preuves et dans des cas douteux, une espèce unique, d'un genre ou d'une
lamine nombreuse ailleurs, semblera volontiers d'une origine étran"(e re.
NATUUALISATIOISS A I-ETITE DISTANCE. G31
Si les espèces d'un même genre sont communément groupées dans les
niênies régions, il est encore plus fréquent que les individus de la même
espèce soient groupés dans un seul pays. Il y a fort peu d'espèces disjointes.
Il arrive surtout rarement que les individus de la môme espèce
soient séparés, sur un continent, par un grand espace de terrain, où il
semble qu'ils pourraient vivre, d'après l'apparence des conditions physiques.
Si donc une espèce offre la grande masse de ses individus dans un
pays, et présente ailleurs un autre groupe, ou une oasis, pour ainsi dire, il
est naturel de croire à un transport, surtout si la distance n'est pas très
grande. Il existe en Angleterre plusieurs plantes naturalisées qui manquent
au nord-ouest de la France et aux Pays-Bas, et qui se retrouvent en
grande quantité dans le sud-ouest ou le sud-est de l'Europe. Une distribution
pareille, avec intervalles, est toujours une présomption de transport.
Quelques auteurs sont enclins à considérer une plante comme d'origine
étrangère quand elle mûrit rarement ses graines, qu'elle souffre du froid de
temps en temps, ou que sa floraison est souvent contrariée par les pluies;
en un mot, lorsque les circonstances du climat lui sont défavorables. C'est
un genre d'argument dont il faut beaucoup se défier. Il y^a dans chaque
pays des espèces véritablement aborigènes, qui ne donnent des graines qu'à
des époques éloignées, ou qui se ressentent parfois des intempéries du
climat. Tantôt, ce sont des espèces voisines de leur limite ; tantôt des
plantes naturellement délicates et rares. On peut même citer des espèces
communes, par exemple, beaucoup d'arbres de nos forêts, qui ne fructifient
pas toutes les années, et qui, cependant, sont bien indigènes.
L'étude détaillée des faits va me servir à appliquer et à justifier les
indices dont je viens de parler. On verra que, très souvent, le concours des
indices botaniques, historiques et linguistiques, est remarquable, au point
de produire une conviction comme le ferait une preuve positive.
Je parlerai d'abord des naturalisations à petite distance, et ensuite à
grande distance. Ces dernières sont souvent les mieux prouvées ; mais
l'ordre des idées m'oblige à ne pas commencer par elles.
ARTICLE IV.
N A T U R A L I S A T I O N A PETITE DISTANCE.
§ 1. KN DEDANS DES LIMITES DE L'ESPÈGE.
La plupart des espèces ne sont pas répandues abondamment et uniformément
dans le pays qu'elles sont censées occuper. Souvent les individus
sont opars, clair-seinés ; quelipiefois ii y a des intervalles d'une certaine