
remarque curieuse, mais que nous ne pouvons garantir, ne l'ayant pas constatée:
cest que les excavations en forme de tombes, pratiquées dans le sol de la grotte,
sont toujours en meme nombre que les figures qui composent le groupe. Cela
pourroit lever toute incertitude sur l’objet des représentations.
On trouve aussi des peintures dans l’intérieur de plusieurs grottes. Elles sont
appliquées sur un enduit assez épais qui en recouvre toutes les parois, et représentent
le plus souvent des offrandes laites aux dieux : on y distingue des amas de
fruits et de parties danimaux découpées, des oiseaux, des pains, des vases, des
ustensiles de différentes formes. Ces peintures sont assez bien conservées, et,
comme dans tous les édifices Égyptiens, toujours appliquées par teintes plates et
n offrant quun très-petit nombre de couleurs toujours les mêmes : une couleur
rouge et une jaune pour les carnations d’hommes ou de femmes, une couleur
verte et une bleue, qui formoient, avec le noir et le blanc, à-peu-près toutes les
couleurs des peintres Égyptiens (i).
s. V.
De l ’Aspect de la Centrée,
On a du se peindre, à la suite d’une vallée riante et fertile, un défilé étroit, des
chaînes de montagnes d’un aspect uniforme et dont rien ne voile la nudité; çà
et la, des escarpemens taillés au ciseau; à leur pied, des sables, des amas de débris,
des quartiers de rocher tantôt bruts et confusément entassés, tantôt à demi taillés
et épars sur le sol ; entre ces montagnes, un fleuve large et rapide, qui, dans tout
le reste de son cours, fait naître l’abondance, mais qui ne peut rien sur ces lieux
frappés dune éternelle stérilité. Tel est le site des principales carrières.
Les endroits où la vallée s’élargit, renferment quelques terrains plus favorisés
de la nature; quelques plaines, comme aux environs d’EdfoÛ, où la culture s’étend
au loin : mais plus souvent on n’aperçoit rien autre chose qu’un étroit ruban de
verdure qui borde un des rivages, et un petit nombre de huttes en terre, au-dessus
desquelles s elevent les tiges grêles de quelques dattiers.
Ce mélangé de culture et d’aridité, qui produit quelquefois des sites assez pittoresques,
a ici quelque chose de morne et de plus triste que le désert proprement
dit; cependant la nouveauté du spectacle, son contraste avec le reste de l’Égypte,
et les traces multipliées des anciens travaux des hommes dans ces lieux abandonnes,
occupent l’esprit et jettent Je voyageur dans des méditations qui ne sont
pas sans attraits.
Sans doute, si l’on se trouvoit transporté dans ces lieux reculés, n’ayant aucune
connoissance des monumens de l’Égypte, aucune idée du génie du peuple qui
habita, 1 aspect de ces excavations, dénué alors de son principal intérêt, ne
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produiroit
produiroit qu’un sentiment vague d’étonnement, une froide admiration peut-être
pour leur nombre, pour l’étendue de quelques-unes : mais , lorsqu’on a visité pas
à pas toute la Thébaïde, et reconnu par ses propres observations le nombre et
l'étendue de ses monumens, les sculptures infinies dont ils sont couverts ; lorsque
l’on est parvenu, par des rapprochemens multipliés, à constater leur âge, et que,
familiarisé peu-à-peu avec ces formes étrangères, on a pu juger sans prévention
du caractère propre de cette architecture, et démêler, à travers la bizarrerie apparente
de sa décoration, l’accord qui règne entre l’ordonnance, les ornemens et
la destination des édifices ; accord qui en fait le mérite le plus grand, que l’on ne
retrouve mille part ailleurs, et qui est le cachet de l’antériorité de l’art dans cette
contrée; alors, dis-je, rempli de l’intérêt qu’excitent ces anciens travaux, pénétré
d’un sentiment de respect pour l’ancien peuple qui les exécuta, on recherche avec
empressement et l’on aime à voir jusqu’aux lieux mêmes qui en ont fourni les matériaux
; on les parcourt, sinon avec plus de fruit pour son instruction, peut-être
avec plus d’émotion qu’aucun autre.
Ici, en effet, rien n arrête la pensée, rien ne borne la réflexion, comme par-tout
ailleurs, à des faits dun intérêt local. Les travaux qu’on a sous les yeux, appartiennent
véritablement à toute la contrée, à tous les âges. De là sont sortis et
les monumens qui subsistent aujourd’hui, et beaucoup d’autres encore qui les
ont précédés et dont les débris se voient dans les édifices actuels. On songe
bientôt que, dans cette longue suite de siècles où se perd l’imagination, les
travaux eurent toujours le même objet, le même caractère ; que les procédés
sont restés constamment les mêmes. Tout avoit atteint déjà dès les temps les plus
recules ce degre de perfection qui convenoit au but qu’on se proposoit. C ’est
sur-tout au milieu des objets qui font naître ces réflexions et qui en attestent la
vérité, que 1 esprit se sent vivement frappé de l’extrême antiquité de la civilisation
en Egypte, et de 1 invariabilité inconcevable qu’eurent en toutes choses les
institutions de cette contrée.
Pour peu qu’on voulût s’arrêter sur ce point, on sentiroit bientôt pourquoi
les Égyptiens diffèrent de tous les peuples, et pourquoi il est si important d’étu-
dier leurs travaux, leur génie. Mais plus de détails nous écarteroient de notre
sujet j il nous suffit d’avoir indiqué quelques-unes des réflexions que fait naître
dans 1 esprit du.voyageur l’aspect de ces lieux, et d’avoir marqué le rapport des
anciens travaux quon y rencontre, avec ceux qui sont répandus dans le reste
de la Thébaïde.
A. D .