
D E S C R I P T I O N G E N E R A L E D E T H E B E S .
taillées dans la maçonnerie comme dans un rocher. Ce n’est pas sans étonnement
que l’on voit inscrits les noms de quelques voyageurs dans un endroit où il est si
difficile de pénétrer. L ’escalier conduit jusqu’au sommet du pylône, où l’on jouit
de la vue la plus riche et la plus magnifique. On peut faire de là une sorte de re-
connoissance générale des édifices variés çt multipliés que renferme Karnak. On
commence déjà à apercevoir distinctement les parties successives du palais ; çt ce
qui d’en bas n’offfoit, pour ainsi dire, que l’aspect d’une carrière en exploitation,
Se dessine tout-à-coup et prend des formes dont on admire la régularité.
L ’intérieur de ce pylône ressemble à celui du temple de Philæ ( i ), qui né
renferme qu’un seul escalier droit. Cependant il est difficile de croire que dans
son épaisseur, qui est de près de quinze mètres (2), il n’y ah point quelques salles.
Si 1 on se laisse guider par l’analogie des constructions de ce genre ente l’on
trouve à Philæ et à Edfoû (3), il est probable qu’un escalier particulier devbit conduire
à la sommité de la pârtie nord du pylône, et que les deux massifs doivent
renfermer quelques appartemens.
Dans des lieux qui rappellent tant de souvenirs, et où la difficulté de pénétrer
est telle, qu’ori regarde déjà comme un rare bonheur, d’avoir seulement aperçu
les monumens ; dans des lieux où il ne faut pas moins que la présence d’une
armée pour tout visiter avec quelque sécurité, on ne résiste point au désir de
laisser des marques de son passage : c’est, d’ailleurs, ménager à d’autres voyageurs •
les jouissances qu’on a soi-même éprouvées à la vue de quelques mots tracés en
caractères connus. Il semble que les inscriptions charment la solitude des lieux
abandonnés. On les recherche bien plus avidement encore, lorsqu’elles renferment
quelques faits importans, relatifs à l’histoire ou aux sciences. Déterminés
par ces considérations, et désirant perpétuer le souvenir du passage des Français
au milieu de ces ruines mystérieuses, les membres de la Commission des sciences
et arts ont gravé dans le palais de Karnak les longitudes et les latitudes des principales
villes anciennes dont ori rétrouve les vestiges sur le sol de la haute Egypte.
C’est dans l’enfoncement pratiqué au sud, sous la porte du pylône, que se trouve
cette inscription (4). »•
Pénétrons maintenant dans la grande cour qui se développe devant nous, et
dont le pylône forme un côté. Une foule d’objets frappe la vue ; et dans son
enceinte, qui a cent deux mètres et demi (y) de large, sur quatre-vingt-quatrê
mètres (6) de profondeur, on trouve des édifices entiers. Cette cour est fermée
sur les côtés, au nord et au sud, par des colonnades de quinze métrés (7) de
hauteur au-dessus du sol antique. Les colonnes sont couronnées de chapiteaux
en forme de boutons de lotus tronqués. La galerie du nord est la plus régulière,
et présente un front de dix - huit colonnes, toutes debout, et d’une très-belle
( i ) Voyez planche y , fig. i , et planche p , fig. 4 ,
A . vol. I .
(2) Quarante-six pieds.
(3) VoytZ les planches relatives à ces monumens, dans
le l .cr volume de l’Atlas des antiquités.
(4) Il s’est glissé, dans les nombres, une erreur dont
on trouvera la rectification dans un Mémoire de M. Nouet
ayant pour titre, Observations astronomiques, ifc . Voyez
E . M . tout. I . " , pag. 1 et suiv.
(5) Cinquante-deux toises trois pieds cinq pouces.
(6) Quarante-deux toises.
(7) Quarante-six pieds.
C H A P I T R E I X . S E C T I O N V I I I . 2 1 1
conservation. Un entablement composé d’une architrave et d’une corniche repose
sur les des carrés des chapiteaux, de sorte que les lignes droites ne sont point interrompues;
ce qui produit toujours en architecture le plus grand effet. Les colonnes
ont deux mètres (i) de diamètre, et une hauteur de neuf mètres (2) au-dessus du
sol sur lequel sont établis les sphinx qui précèdent le pylône. Tous les entre-colon-
nemens sont égatix entre eux, et moindres que le diamètre de la colonne, à
1 exception de celui qui répond à la sortie de la galerie, lequel est un peu plus que
double des autres. C’est, en général, une convenance à laquelle les Égyptiens n’ont
jamais manqué, de donner plus de largeur aux entre-colonnemens qui devoient
servir de passage. Les murs de fond sont percés de deux portes vers leur extrémité
a lest. Il faut avouer que loeil seroit plus satisfait, si elles étoient pratiquées
au milieu de la galerie; mais les architectes Égyptiens paroissent avoir toujours
etc moins sensibles aux lois de la symétrie qu’à celles des convenances. Toute
la galerie du nord est entièrement dépourvue de sculptures : on n’y aperçoit point
d hiéroglyphes ni de tableaux symboliques, et elle a moins l’air d’un édifice
termine, que dune construction en quelque sorte dégrossie, et préparée pour
recevoir ces ornemens nombreux qui forment un des caractères essentiels de
l’architecture Égyptienne. Aux extrémités de la colonnade, s'élèvent des pilastres
verticaux qui sauvent le mauvais effet que produiroit infailliblement l’inclinaison
des pylônes auxquels la galerie aboutit. A l’extrémité, vers l’est, on a pratiqué
dans l’épaisseur du mur un petit escalier droit, qui n’a pas plus de huit décimètres
(3] de large, et qui conduit sur la terrasse. A I ouest, les décombres sont
tellement élevés, qu’ils passent par-dessus les pierres du plafond. Il n’est guèrè
douteux qu’en faisant des fouilles dans cet endroit, on ne trouvât la porte qui con-
duisoit dans l’intcrieur du pylône.
La colonnade du sud n est point aussi régulière que celle du nord : un temple,
dont nous allons bientôt parler avec détail, en interrompt la continuité à peu
près a la moitié de sa longueur. La première partie présente neuf colonnes de
front et deux pilastres dont les dimensions, la forme et les espacemens sont
les memes que dans la colonnade du nord. La largeur de la galerie est de deux
métrés et six dixièmes (4). Un petit escalier pratiqué à l’extrémité ouest conduit
sur la terrasse. La deuxième partie de la colonnade, qui est au-delà du temple,
se compose seulement de deux pilastres et de deux colonnes, dont l’espacement
est de cinq métrés iy] et correspond a Iouverture delà porte. Des fouilles n’ont
point ete entreprises pour mettre a découvert la partie inférieure des colonnes;
c est ce qui fait que, dans les dessins, on ne leur a point donné de base. Cependant
il y a quelque raison de croire qu’elles ne se terminoient point ici autrement
qu’ailleurs ; et en se les représentant élevées sur des bases cylindriques de peu de
hauteur, on aura une restauration qui est tout-à-fait dans le style de l’architecture
Égyptienne.
La galerie du sud n est guère plus terminée que celle du nord. Sa frise présente
(1) Six pieds deux pouces.
(2) Vingt-sept pieds.
A . D .
(3) Deux pieds six pouces.
(4) Huit pieds.
(5) Quinze pieds.