
D E S C R I P T I O N D E S M O N U M E N S A S T R O N O M I Q U E S .
zodiaque, et des figures qui les accompagnent, n’étoient pas indifférentes dans ce
bas-relief, qui, au premier aspect, a l’apparence d’un planisphère céleste.
En examinant les bas-rèliefs qui décorent le temple de Denderah, M. Dupuis,
notre collègue, aperçut un jour, à l’extrémité du plafond du portique, du côté du
nord, quelques figures analogues à celles du zodiaque circulaire. Bientôt nous
vîmes que ces figures étoient rangées dans un certain ordre, et nous reconnûmes
distinctement six des signes du zodiaque. Ces signes, et tous les personnages qui
les accompagnent, sont tournés vers la façade du portique.
Nous regardions vainement dans les environs pour découvrir les six autres signes,
lorsque l’idée nous vint de les chercher à l’extrémité opposée dtr portique. Nous
eûmes la satisfaction de les y trouver rangés dans un ordre régulier, formant,
comme les six premiers, une procession avec d’autres figures emblématiques : ils
sont tournés vers le fond du temple.
Ces découvertes éveillèrent singulièrement notre attention : aussi avons-nous,
depuis, visité tous les monumens de l’Egypte, en recherchant avec un soin particulier
les bas-reliefs astronomiques ; et nous pouvons presque assurer qu’il n’y a pas
un seul tableau de ce genre qui nous ait échappé. Cest ainsi que nous avons découvert
les deux zodiaques d’Esné (i) et le tableau astronomique d’Erment (z). Le
seul plafond d’une salle d’un des tombeaux des rois (3), renfermant des signes du
zodiaque (4), n’avoit été remarqué d’abord que par M. Ripault, notre collègue. Il
a été dessiné par M. Legentil, officier du génie.
Satisfaits d’avoir recueilli les matériaux d’un travail intéressant, et privés alors
des moyens d’en tirer parti, nous nous livrions avec ardeur à d’autres occupations ;
les mouvemens de l’armée et la multiplicité des ruines ne nous laissoient pas un
moment de relâche. Nous parcourions, depuis huit mois, tous les monumens de
la haute Égypte, lorsque M. Fourier et plusieurs de nos collègues partirent du
Kair'e pour remonter le Nil jusqu’aux cataractes , afin d’étudier les ántiquités
dont les bords de ce fleuve sont couverts.
M. Fourier, averti de l’existence des zodiaques de Denderah par une lettre que
M. Descosáis avoit adressée à l’Institut d’Égypte, pressentoit toute l’importance de
ces tableaux astronomiques. Muni des renseignemens qu’il avoit pu rassembler au
Kaire, il arriva dans la haute Égypte, avec l’intention d’étndier, sur les lieux mêmes,
ces monumens que les dessins de M. Denon lui avoient déjà fait connoître. A son
passage à Esné, il aperçut, dans le temple ancien que renferme cette ville, un
zodiaque dont il ignoroit encore l’existence; et il vit enfin à Edfoû, où nous le rencontrâmes
lorsqu’il descendoit des cataractes, les dessins que nous avions recueillis,
non-seulement du zodiaque du temple d’Esné, mais encore des divers monumens
astronomiques que nous avions découverts. La comparaison qu’il fut à portée d en
faire sur-le-champ, détermina son opinion sur la nature de ces bas-reliefs; il nous
(1) Voyez les planches 79 et 8 7 , A . vol. I , et les
planches a et b de la collection des monumens astronomiques.
(2.) Voyez la planche 9 6 , fig. 2 , A . vol. I I , et la
planche C de la même collection.
(3) C’est le premier tombeau des rois à l’ouest. Voyez-
en le plan et la coupe,planche7 9 , fig. 19 et ¡4-, A . vol. //.
(4) Voyez la planche 82, A . vol, I I , et la planche d
de la collection des monumens astronomiques.
A P P E N D I C E , N." I I . j
en fit part, et à l’instant même nous dûmes renoncer à traiter une matière qu’il
possédoit avec tant d’avantages. Nous nous trouvâmes heureux de pouvoir l’aider
dans son important travail, en lui communiquant sans réserve tous les dessins que
nous avions rassemblés. Nous nous bornerons donc à donner ici une description
succincte des tableaux astronomiques que nous avons dessinés, en y ajoutant seulement
quelques observations générales sur la manière dont ils sont exécutés, et
sur la position qu’ils occupent dans les édifices. Nous nous étendrons davantage
dans l’exposé des moyens que nous avons employés pour donner à notre travail
un degré d’exactitude que rien ne pût surpasser; car il importe sur-tout de ne
laisser aucun doute sur l’authenticité de nos dessins. A l’égard des conséquences
que l’on peut déduire de l’étude et de la comparaison de ces monumens, nous
ferons seulement remarquer que toute discussion partielle et préliminaire, sur une
question de cette nature, ne peut conduire qu’à des résultats incertains et:confus.
On s’expose à des erreurs grossières et inévitables, lorsqu’on exprime une opinion
sur ce sujet sans avoir vu les bas-reliefs originaux, ou du moins sans avoir consulté
les dessins qui les représentent fidèlement. Nous regrettons que le concours de
diverses circonstances ait retardé la publication des mémoires que M. Fourier a
composés sur cet objet : ce travail auroit fixé les idées du lecteur, parce qu’il est
fondé sur l’observation attentive des lieux et sur la connoissance exacte de tous les
monumens.
§. p
Zodiaque du Portique d’Esné.
L e portique d’Esné renferme vingt-quatre colonnes disposées sur six rangs
parallèles à l’axe du temple (i ). Chacun de ces rangs de colonnes est surmonté
d’architraves qui s’étendent dans toute la profondeur du portique, et qui portent
les pierres du plafond, dont tous les soffites sont ornés de sculptures. Sur l’avant-
dernier soffite, à gauche en entrant dans le temple, on a représenté un zodiaque.
Ce tableau astronomique se voit au premier plan de la perspective représentée
pl. 8 3 , A . vol. I. Il renferme les douze signes du zodiaque : à chaque extrémité,
il est terminé et en quelque sorte encadré par une figure alongée, dont le corps
occupe toute la largeur du soffite, tandis que, d’un côté, les bras et la tête, et, de
l’autre, les jambes, s’étendent dans le sens de la longueur du bas-relief. Ce tableau,
représenté à l’échelle d’un vingtième, pl. yp, A . vol. I , et pl. a de la collection
des monumens astronomiques, est divisé longitudinalement en deux parties égales
par une bande d’hiéroglyphes. Les figures de la partie supérieure marchent en général
de gauche à droite ; et dans la partie inférieure, au contraire, elles marchent toutes
de droite à gauche. Pour se faire une idée exacte de la situation de tout f ensemble,
il faut supposer que l’on est transporté sous le soffite que nous avons désigné, et
placé en face du mur latéral le plus voisin, situé au sud, de manière à tourner le
dos à la plus grande partie du portique. Alors, si l’on met la gravure devant soi,