
Tout le monde sait que les Égyptiens; et, en générai, les Orientaux, ne s’asseyent
pas sur des sièges; ils se tiennent à terre, tantôt les jambes croisées, tantôt
accroupis et comme en équilibre. Cette dernière attitude étoit aussi en usage
autrefois (1) : les hommes se tenoient, comme aujourd’hui, moitié assis, moitié
à genoux, tantôt sur un talon et tantôt sur deux. On est porté à regarder cette
posture en équilibre comme fatigante t mais apparemment l’habitude l’a fait trouver
commode, puisqu’elle a été conservée si long-temps.
Pour certains délits, chez les anciens Égyptiens, on appliquoit une peine corporelle
, dont l’usage est subsistant et même en grande vigueur de nos jours, la
peine de la bastonnade.' L ’attitude du patient étoit la même qu’aujourd’hui ; on
le couchoit sur le ventre, les bras étendus, et un homme ou deux le frappoient
sur les fesses (2)/
On a beaucoup disserté sur les causes du respect que les Egyptiens professoient
pour certains animaux. Parmi tant d’opinions qui ont été avancées par les philosophes
anciens et modernes, aucune ne satisfait l’esprit complètement ; aucune
aussi n’a prévalu. On a voulu faire des Égyptiens des hommes absolument différens
des autres, et peut-être est-on allé chercher trop loin l’explication d’un fait, à la
vérité, fort étrange. N’est-il pas permis de former quelques doutes sur l’adoration
aveugle et superstitieuse des animaux, dont ce peuple est accuse depuis si longtemps
! On est déjà sur la voie d’une explication plus raisonnable ; un jour,
peut-être , on découvrira que toutes ces pratiques étoient fondées sur la connois-
sancè des faits d'histoire naturelle ou de physique générale, et, par conséquent,
qu’au lieu d’une ignorance absurde et grossière, elles supposent des observations
approfondies sur la nature des animaux. D’après plusieurs exemples, on peut soupçonner
qu’une grande partie de leur religion, ou les animaux consacrés jouent un
rôle principal, a été établie sur ces notions intéressantes. Les facultés des animaux,
les propriétés des plantes et des corps inanimés, ont concouru, avec les phénomènes
physiques et les phénomènes célestes, a 1 édifice de cette îeligion symbolique;
religion d’autant moins accessible aujourd’hui à notre intelligence, que,
du temps même de l’ancienne Égypte, elle s’enveloppoit dans 1 ombre du mystère.
Quoi qu’il en soit, il est remarquable que les habitans actuels ont encore une
sorte d’affection pour plusieurs animaux qu’honoroient leurs pères, tels que le
chien et quelques autres. Bien que les chiens des villes y soient presque des animaux
immondes, et qu’ils n’appartiennent a aucun maître, les Égyptiens leur
donnent des alimens. Les motifs du culte n’existent plus, la pratique n’est plus la
même, mais le fait subsiste encore.
L ’Égypte moderne a perdu presque tous les arts de l’antiquité. On ne se sert plus
de chars ; on va peu à la chasse. Les habitans n’ont qu’une musique très-bornée ,
et l’on ne voit plus chez eux de ces harpes si magnifiques dont les tombeaux
offrent l’image : mais ils ont conservé l’usage de plusieurs instrumens moins compliqués,
entre autres une espèce de guitare ou de mandoline ancienne; c est aujourd’hui
le tanbour des Arabes (3).
(1) Voyez ci-dessus, p ° s - J J 4 - (2) Voyez ci-dessus, pag. j j r . ' (3) Voyez ci-dessus, p a g .jiS .
' L usage
L ’usage de l’arc, autrefois si fréquent, est presque abandonné en Égypte. On
ne s’en sert plus à la guerre ; mais il est encore admis dans les jeux publics. Il est
singulier que l’arc ait passé dans les mains des femmes ; elles s’amusent dans le harem
à cet exercice, qui pourtant demande de la force. On apporte de Perse, pour cette
destination, des arcs légers et maniables, travaillés avec art, dont les flèches sont
délicates et richement ornées (1). Ainsi qu’autrefois, les exercices gymnastiques se
réduisent en Égypte à un petit nombre.
Il n’est pas étonnant qu’on ait conservé l’usage des productions du sol. Comme
jadis, on trayaille beaucoup le sycomore, dont le bois est connu par sa faculté de
durer si long-temps. Les Égyptiens n’écrivent plus sur le papyrus, mais c’est encore
un roseau qui leur sert de plume. La plume des Arabes est taillée de la même manière
que celles qui ont servi à écrire tous les anciens volumes sur papyrus (2) : au
reste, cet emploi du qalam ou roseau est également commun à presque tous les
Orientaux, Le sens de l’écriture est encore, ainsi qu’autrefois, de la droite à la
gauche; et les formes elles-mêmes de l’écriture Arabe, la seule usitée en Égypte, ne
manquent pas d’analogie avec les lettres des papyrus. Enfin je ferai remarquer que
jadis, ainsi qu’on le fait aujourd’hui, l’on écrivoit debout, sans table, et que l’on
posoit sur la main gauche le papier pour écrire ( 3 ).
Les gens de la campagne n’étoient habillés que d’une tunique sans manches,
finissant au-dessus du genou et attachée avec une ceinture, ou bien d’un simple
jupon court qui s’arrête au genou (4) : c’est exactement le costume actuel des
paysans.
Autrefois, comme aujourd’hui, les femmes se teignoient en orangé les ongles
de la main, à l’aide du henné, poudre verte qui rougit la peau jusqu’au renouvellement
de l’épiderme (y), et l’on teignoit certaines étoffes avec la garance (6). Les
hommes, ainsi que les femmes, s’enveloppoient avec de longues étoffes à franges,
semblables aux milâyeh qui se fabriquent en Égypte (7). Par-dessus la tunique de
lin, ils portoient un manteau de laine blanche, dont ils s’enveloppoient tout le
corps (8). Voilà le barnous des Arabes.
Quant à la coiffure, les hommes, ainsi qu’on le voit à présent, avoient la tête
rase (9), et les femmes portoient de longues tresses pendantes sur les épaules (10),
Au lieu du turban qui recouvre aujourd’hui la tête, c’étoit un filet, ou un bonnet
prenant la forme du crâne, également propre à défendre une tête nue contre
l’ardeur du soleil (11).. Il y avoit, à ce qu’il paroît, parmi les Égyptiens ou leurs
voisins, des hommes qui laissoient croître leurs cheveux en longs anneaux frisés;
cette chevelure à boucles épaisses est encore celle des Arabes d’une tribu de la
haute Égypte (12).
Les anciens Égyptiens avoient coutume de s’épiler tout le corps, et cette
(1) Voyez ci-dessusypag.3 2 3 . Voyezaussila collection (7) Voyez ci-dessus, pag.340, et les planches d’Arts et
desvases, meubles et instrumens, ¿7/. DD ( É. M . vol. I I ) . Métiers, de Costumes, &c. (E . M . vol, I I . )
(2) Voyez ci-dessus, pag.360. (8) Herod. Hisi. lib. i l , cap. 8 1.
(3) Voyez ci-dessus,pag.3 34 . (9 ) Voyez ci-dessus, pag.3 2 7 .
(4) Voyez ci-dessus, p ag- 3 1 7 • (10) Voyez ci-dessus, pag. 333.
(5) Voyez ci-dessus, pag.3 3 S. ( 11) Voyez ci-dessus,pag.3 2 7 . .
(6) Voyez ci-dessus, pag.3 4 1. (12) Voyez ci-dessus,pag.328*
A . D . C c c