
l’architecte n’a pas pu continuer le percement du rocher sur la direction qu il
avoit d’abord projetée; il rencontra dans la matière des difficultés qui le forcèrent
à se détourner vers la droite et à y faire un coude; là on recommença les travaux,
qui furent poussés parallèlement à la direction primitive jusqu’au fond de la
catacombe.
L ’ensemble de la grotte est composé d’une longue suite de galeries et de salles
séparées les unes des autres par d’épaisses cloisons, dont la matière est celle du
rocher même, qui a été laissée en place et taillée en forme de mur. Des portés
sont percées au milieu de ces murs; et à une exception près, causée par 1 accident
dont je viens de parler, elles forment enfilade : leurs ouvertures sont dune proportion
agréable; les chambranles et les linteaux sont coupés avec correction et
richement décorés.
Les différentes parties de la grotte ne sont pas toujours de plain-pied. Le fond
des galeries est assez généralement taillé en pente, et va en descendant à mesure
qu’on s’enfonce, dans la grotte; mais cette pente ne forme pas une surface continue.
Il y a, vers le milieu du souterrain, une pièce plus profonde que les autres : c est
comme un fossé qui occupe toute la largeur de la pièce; il paroît avoir été creusé
pour établir une, séparation entre les premières salles de la grotte et celles du fond
qu’on vouloit soustraire plus particulièrement aux regards du vulgaire. On s’expo-
seroit à faire une chute dangereuse, si l’on avançoit vers cette pièce sans précaution.
Au-delà, le sol du couloir reprend son cours à la hauteur qu’il avoit précédemment,
et se continue en pente jusqu’au fond de la catacombe.
La salle sépulcrale se fait remarquer par sa grandeur et par son plafond
taillé en berceau et soutenu sur huit piliers. Un sarcophage se trouve à 1 entrée ;
imaginez une grande cuve oblongue de granit rose de Syène, ornée en dehors
et en.dedans d’hiéroglyphes et de peintures : ses dimensions sont telles, qu’un
homme debout dans l’intérieur est à peine aperçu de ceux qui sont au dehors ;
un coup de marteau la fait résonner à la manière des cloches, et en tire dés
sons que les parois de la grotte et ses longues voûtes répètent sur un ton
lugubre. Ce sarcophage a dû être fermé autrefois par un couvercle qui a
disparu, et dont il ne reste pas un seul fragment. Nous pouvons juger de sa
forme d’après un couvercle qui existe dans la seconde catacombe de 1 ouest ( i ) ;
il est de la même matière que la cuve, creusé en dedans, et taillé de manière
que ses bords peuvent s’ajuster exactement sur ceux de la cuve : sa partie supérieure
est ornée d’une figure couchée, semblable à une momie, sculptée avec
un relief si fort qu’on la croiroit détachée. Ce couvercle formoit une masse considérable
et difficile à déplacer; ce qui donnoit une assurance de plus que le mort
ne seroit pas troublé dans son dernier asile. Nous avons remarqué que les Égyptiens
attachoient la plus grande importance à la conservation de leurs restes ; nous
en voyons une preuve frappante dans la catacombe des harpes : pour arriver jusqu a
la salle qui recéloit le sarcophage, il falloit franchir dix portes, toutes fermées par
des battans qui tournoient sur des pivots d’airain, comme le témoigne une rouille
(i) Planchegy, fig. ¡0, 1 1 et 1 2 , A . vol. II.
verte
verte quon aperçoit auprès des trous où ces pivots étoient logés. Mais tous ces
soins ont été inutiles : sur douze catacombes, il en est six dont les sarcophages ont
entièrement disparu; d’autres sont réduits en débris, tous ont été violés : 1 avarice
a cru trouver des trésors dans ces grandes cuves travaillées avec art et mystérieusement
déposées au fond d’une grotte creusée dans l’épaisseur dés rochers,
richement décorée et fermée avec les précautions les plus recherchées. Convenons
aussi que la destruction a pu être accélérée par des hommes animés de motifs
plus nobles, et qui auront été poussés à briser ces tombeaux, par le désir de surprendre
quelques-uns des secrets de cette philosophie occulte des anciens Égyptiens,
si vantée dans tous les âges.
La comparaison des dimensions du sarcophage avec celles de la porte d’entrée
de la vallée fournit un nouveau sujet de surprise et un nouvel exemple du goût
que les Égyptiens avoient pour les choses difficiles; la porte n’est pas assez large
pour qu’on ait pu y faire passer le sarcophage, de sorte que cette grande masse a
dû être guindée sur le haut des collines qui circonscrivent la vallée, et redescendue
le long de leurs flancs.
A chacun des angles de la salle sépulcrale, est une porte qui conduit à une
petite chambre ; on y a trouvé beaucoup de débris de momies : ces quatre pièces
étoient sans doute destinées à la sépulture des membres de la famille du monarque
ou à celle de ses plus fidèles Seryiteurs. La grotte ne se termine pas à la
salle sépulcrale, elle se prolonge au-delà par un couloir long de plus de vingt
mètres : ce couloir est d’abord très-étroit; il va en s’élargissant, et se divise en plu-,
sieurs compartimens qui ont eu probablement une destination analogue à cefle des
quatre chambres dont nous venons de parler.
La vue de la grande salle sépulcrale glace d’épouvante : dans tout son pourtour
règne une frise couverte de peintures qui représentent une suite d’hommes
alternativement rouges et bleus, ayant la tête tranchée; au-dessus on voit des bourreaux
armés de couteaux et coupant des têtes; les patiens sont liés dans les attitudes
les plus pénibles ; le sang jaillit de tous côtés ( i ) : des serpens coupés par
morceaux sont mêlés à toutes ces scènes d’horreur et de dégoût. Dans le voisinage
sont des figures qui sans doute paroîtroient moins étranges, si nous pouvions
pénétrer le sens caché dont elles sont les emblèmes : l’une d’elles a les bras démesurément
longs, étendus et dans une position verticale; elle porte sur sa tête
une femme debout, et un homme sur chaque main (2). Quelle est la signification
de ces tableaux de carnage! Ne seroit-ce pas un reste des temps barbares
où l’on croyoit honorer les funérailles des rois en immolant des esclaves sur
leur tombe!
Lorsqu’à la foible lueur de quelques bougies on parcourt ces longues enfilades
de pièces spacieuses et sombres, on ne peut se defendre d une sorte d eton-
nement religieux; on est stupéfait de la quantité prodigieuse de sculptuies et de
peintures dont on est environné; tout en est couvert, les murs, les plafonds,
les piliers, et jusqu’aux moindres réduits : à chaque pas, on découvre des sujets
( 1 ) Fig. .0 , pl. Sp: a J ig .p , 8, 10, pl. 86, A . vol. II. (a) Fig- 6, planche 86, A . vol. II.
A . D . SU