
son geste qu’il trouve la marchandise bien pesée. Ces trois hoimtaes ont le
costume ordinaire du peuple.
J ’ai remarqué, dans un des hypogées des environs du Memnonium, des sculptures
qui expriment plusieurs arts intéressans, et qu’il ne m’a pas été possible de dessiner.
L ’une d’elles représente des ouvriers occupés a construire des chars ; on voit
des parties de roue déjà faites, plus loin des roues achevées emièrement. On
n’a pu s’assurer si -les chars étoient en bois ou bien en métal; cependant, comme
il n’y a dans les mains des charrons que des mstrumens tranchans, il est plus
probable qu’ils travaïlloîent en bois (i). Une autre sculpture est la représentation
de la pêche au filet: on a distingué, parmi les poissons, 1 espèce consacrée sous
le nom Soxyrynchus. Plus loin étoit une chasse aux oiseaux, où l’on a reconnu
des oies sauvages et plusieurs especes différentes de volatiles. ^
Sous les galeries latérales d’un très-vaste hypogée, j’ai vu la peinture d’un repas
servi au maître et à la maîtresse de la maison et à plusieurs convives par une
multitude de serviteurs: les uns portent des cuisses de mouton ou de veau, les
autres des canards; ceux-ci des légumes, ceux-là des fruits et beaucoup dautres
provisions. A l’abondance qui règne dans le festin, se joint encore le plaisir
de la musique; on y joue de plusieurs espèces d’instrumens à vent et à cordes.
Toutes les figures de cette scène sont des modèles de fini et de délicatesse, et
les hiéroglyphes eux-mêmes ont une perfection que je nai trouvée nulle part,
même dans les grands monumens les plus soignés ; cela tient sans doute au grain
fin et moelleux que la pierre a dans cet endroit. Quant aux vases qui servent à
porter les mets, ils sont d’un goût exquis. La pureté des contours, dans un
si grand nombre d’objets, a de quoi étonner. Le tout est peint sur enduit; partie
est sculptée en creux, partie en relief avec une très-légère saillie; enfin le poli
de la surface ajoute beaucoup à l’effet de l’ensemble. Cest un de ces tableaux qu’il
auroit fallu choisir pour prendre une collection d’empreintes en cire ou en
plâtre; mais on manquoit des moyens de l’exécuter. Quant à la possibilité de
dessiner tant de détails, il auroit fallu un temps prodigieux : vingt personnes
occupées, six mois de suite, à copier les peintures des hypogées, nen dessineroient
pas la dixième partie. ^ ; _ j
Un autre tableau m’a paru bien digne d’être décrit, mais je n ai pu 1 observer en
détail : c’est une danse composée de plusieurs personnages ; les attitudes sont toujours
variées, élégantes et naturelles, et l’objet de la scene est bien exprimé.
Dans une de ces peintures, nous avons encore reconnu l’art du potier; 1 ouvrier
se sert du tour incliné, comme on fait encore dans la haute Égypte, et comme
je l’ai viT»pratiquer à Edfoû (a). Cette direction de l’axe du tour étoit destinée à
prolonger le mouvement imprimé une fois à la roue par le pied de 1 ouvrier, à
cause du poids de cette roue qui l’entraîne toujours. Voilà donc encore un usage
conservé de l’antiquité. On sait d’ailleurs que la forme des poteries actuelles ne
(,) II paroît aussi que les Égyptiens ont en des chars qu’on peut vérifier en consultant Uplanchef fi, J g g j //•
travaillés en cuivre, à en juger par la cèulenr bleue des (a) Voyez la planche I I , fig. 12, E. M . vol. I l (Arts et
roues, et aussi parla finesse des jantes et des rais. C’est ce Métiers), et so n explication.
s’éloigne pas des formes antiques (i), et enfin que les vases d’argile avoient jadis,
comme aujourd’hui, la propriété de rafraîchir l’eau (2).
L ’art du sellier fait aussi le sujet d’un de ces tableaux. On peut voir, par les
bas-reliefs militaires, quelle recherche il y avoit dans la sellerie Égyptienne (3),
Quant à la chasse, elle est, ainsi que la pêche, fréquemment représentée dans les
hypogées. Dans une des scènes de cette espèce, M. Lancret a cru reconnoître des
animaux qui appartiennent au midi de l’Afrique. Faute de renseignemens précis,
l’espèce de ces animaux est douteuse, et l’on présume seulement qu’il s’agit de
rhinocéros ou d’éléphans. On a vu aussi des zèbres et des léopards.
On ne peut s’étendre ici sur une foule de sujets intéressans sous le rapport
des moeurs, par la raison qu’ils n’ont pas été dessinés; tels que des scènes de vendeurs
„et d’acheteurs, des exercices de sauteurs de corde, des animaux domestiques
faisant des tours de force, des tableaux d’agriculture, la vendange et la moisson,
les détails de la préparation des alimens, la navigation sur Je Nil, des funérailles
somptueuses, des évolutions militaires, des combats, des collections d’armures, &c,
Un de ces sujets représente un homme condamné à une peine afflictive; le châtiment
qu’il subit est le supplice de la bastonnade: nouveau rapprochement avec
les moeurs des Égyptiens modernes. J ’ai retrouvé une pareille scène dans les hypogées
de Beny-hasan, et je l’ai dessinée (4), ’
Une cérémonie funéraire termine souvent toutes ces scènes de la vie civile,
domestique ou agricole, comme si l’objet de ces peintures étoit de constater les
occupations qu’un homme avoit eues dans le cours de sa carrière, et les funérailles
que sa famille lui avoit faites. Cependant cette explication lie pourrait pas être
applicable à tous les cas, puisqu’on trouve parfois des tableaux militaires à côté
de scènes d agriculture ; car on sait positivement que ces deux espèces de professions
appartenoient, en Égypte, à des classes distinctes. Peut-être aussi ces
représentations avoient-elles un tout autre but; c’est sur quoi l’on n’aura de lumières
que lorsqu’on pourra lire d’une manière suivie les hiéroglyphes qui accompagnent
chaque tableau.
Les animaux que l’homme a su assujettir à ses besoins, excitent aussi quelque
intérêt dans le spectacle des moeurs domestiques. On a recherché avec soin ceux"
qui font partie des peintures Égyptiennes, et l’on a vu avec surprise que le chameau
n’étoit pas du nombre, quoiqu’il figure parmi les hiéroglyphes d’Horapollon :
il est vrai qu’il en est de même de l’éléphant. Le boeuf, l'âne, le cheval, voilà
ceux qui rendent les services les plus essentiels à l’homme, et ses compagnons dans
les travaux les plus rudes : aussi sont-ils fréquemment représentés dans les peintures.
Après viennent la chèvre, le belier, le porc, le singe, le chat, le lièvre, le chien, et
aussi divers volatiles, tels que l’oie et le pigeon, Je ne parle pas ici des espèces qui
ne sont point domestiques : n’étant pofnt rangées sous les lois de l’homme, elles
(1) Voyez là Description d’Edfoû, A .D . vol. I , ch. V, - M. Costaz sur les grottes d’EIethyia, A . vol. I , pag. 49.
pag. s. Voyez aussi, pou ries vases antiques, les pl. 14. et /y, (2) Voyez la planche 68, A . vol. I.
A . vol. I ; j f , 63 et 66y A . vol. I I I , ¿7c.,* et pour les (3) Voyez, entre autres, la planche3 9 , A . vol. I I I .
vases modernes, les p l .E E , F/*’, Ù “c ., Ê . M . vol. I I ( Vases, (4) Voyez la planche 66, A i vol. I V , et la Descrip*
Meubles et Instrumens), Voyez enfin le Mémoire de üon de Beny-hasan, chap, x v i des Descriptions.
A. D. T t I