
faculté, de quelque habitude physique. Ce seroit trop hasarder que de proposer
à cet égard une opinion quelconque ; le silence des anciens ne permettrait pas
de l’appuyer : il me suffisoit d’appeler ici l’attention des savans sur un fait neuf et
digne de leurs recherches.
J ’ajouterai que le temple d’Hermonthis renferme une seconde image de girafe,
que j’ai dessinée dans le sanctuaire (pl. Ici ellé est couchée ; ma.V
on la reconnoît aux deux petites cornes qu’elle a sur la tête. Le tableau où elle
figure, seroit bien propre à fournir des lumières sur le rôle qu’elle devoit. jouer
dans les emblèmes Égyptiens. En face d’elle est un chacal debout ; au-dessous, est
une figure de Typhon, qui a un lion en face de lui. Ces quatre figures enferment
un autel tout environné et couronné de tiges de lotus,.et où pose un épervier
qui a les ailes déployées, comme dans le dessus de porte.de la première salle.
Ce tableau, place au-dessus de la porte du sanctuaire, fait partie d’une grande
scene qui en occupe toute la longueur; on y voit Isis allaitant Harpocrate, soit
sous une figure humaine, soit avec la tête.d’une génisse, ainsi que plusieurs figurés
de femmes tenant un enfant dans les bras ou prêtes à donner leurs soins à Isis.
Déjà jai fait remarquer la forme du lit qu’on voit dans ce tableau ; sa double
décoration à tête et à pieds de lion suppose un lit épais et garni de coussins. Il
faut remarquer au-dessous du lit, à droite et à gauche du support du milieu, une
génisse dont un jeune enfant suce les mamelles. L ’attitude de ces génisses'et la
maniéré dont chacune d elles tourne sa tete .vers cette petite figure, sont pleines
de'naïveté.
En.face de cette scene en est une autre plus simple, mais non moins intéressante
: c’est Isis elle-même qui accouche d’Harpocrate, environnée de plusieurs
femmes qui lui offrent leurs secours : parmi elles on distingue une nourrice. Un
scarabée, les ailes déployées, avec un globe devant lui, paraît s’élever au-dessus
de l’enfant. Le haut du tableau est occupé par quatorze éperviers à tête de femme,
dont sept d’un côté et sept de l’autre, précédés d’un vautour qui a les pattes armées. ‘
Combien il est à regretter qu’un sujet aussi curieux, et. qui n’a pas son analogue
dans toutes les représentations Égyptiennes dont nous ayons connoissance , n’ait
pas été copié avec toutes ses inscriptions hiéroglyphiques !
Mais le tableau le plus précieux de tout le temple, est celui qui occupe le plafond
du sanctuaire (p l. p g ,fig. 2 ) . A gauche, on voit une figure de taureau; à
droite, un scorpion : ces deux figures dominent sur toutes, les autres. Entre elles
deux et au centre du tableau, est un homme dans une barque, le visage tourné
vers le taureau, ayant un bras élevé et l’autre abaissé; devant et derrière lui sont
deux beliers allant en sens inverse l’un de l’autre, un épervier à tête de belier, un
double scarabee ayant des ailes d’épervier ouvertes, enfin une petite figure assise
dans une barque. Tout ce tableau est environné sur trois côtés par une figure de
femmereployee sur elle-meme, et les bras pendans; son corps est une simple bande
sur laquelle sont distribués des globes et des figures à genou. Je ne décrirai pas ce
tableau plus en détail, parce quailleurs on en trouvera une description complète.
Pour peu que 1 on connoisse le zodiaque céleste, on en distingue plusieurs
constellations dès le premier coup-d’oeil qu’on jette sur ce tableau; on remarque
ensuite que les deux placées en évidence, savoir, le taureau et le scorpion, sont
précisément des constellations diamétralement opposées dans i’écliptique, c’est-à-
dire que si le taureau répond à un des équinoxes, le scorpion répond nécessairement
à 1 autre. Ce nest pas ici le lieu de faire voir que ce plafond est, en effet,
consacré à la peinture de deux équinoxes ; M. Fourier le démontre dans son Mémoire
sur les monumens astronomiques. Je m’abstiendrai aussi de faire remarquer
combien toutes les circonstances de cette peinture concourent au même résultat,
parce que cette recherche me conduirait trop loin (i) : je me bornerai à quelques
observations sur les deux autres tableaux du sanctuaire, dont l’un représente la
naissance, et l’autre l’allaitement d’Horus.
On sait qu’Isis étoit, chez les Égyptiens, l’emblème de la terre féconde , et
Horus ou Harpocrate, celui des productions terrestres, fruit de l’union d’Isis. avec
Osiris : il n’est donc pas douteux que l’accouchement d’Isis, figuré sur le fond du
sanctuaire (pl. p f , fig . 1 ) , ne soit le symbole de l’apparition des plantes sortant
du sein de la terre que le Nil a fertilisée, phénomène qui a lieu vers le solstice
d’hiver. Le scarabée roulant sa boule, qui, comme on le sait, désigne la génération,
confirme très-bien cette idée. Quant aux ailes d’épervier déployées dont cet insecte
est pourvu, elles se rapportent à un autre sens dont Harpocrate étoit le symbole.
En Égypte, à l’époque même de la germination, c’est-à-dire, au solstice d’hiver,
les jours sont les plus courts de l’année, et le soleil est au plus bas de sa course : les
Égyptiens représentoient alors cet astre par un jeune enfant (2). Comme, depuis
cette époque, le soleil s’élève de plus en plus vers l’hémisphère supérieur, on avoit
pu choisir les ailes de l’épervier, emblème du soleil, pour indiquer sa marche qui
commence à devenir plus rapide.
Il ne sera pas hors de propos de mettre ici sous les yeux du lecteur un passage
du précieux Traité d’Isis et Osiris, qu’on peut regarder comme la traduction de cette
peinture ; on ne verra pas sans intérêt l’accord qui règne entre les monumens eux-
mêmes et l’auteur qui a le mieux connu la religion philosophique des Égyptiens.
« On ensepvelit Osiris, quand on couvre la semence dedans la terre, e t.. . . de-
» rechef il-ressuscite et retourne en vie, quand il commence à germer C ’est
i> pour ce que l’on dit que quand Isis se sentit enceinte, elle s’attacha au col un
» préservatif le sixième jour du mois qu’ils appellent P/iaophi, et qu’elle enfanta
Harpocrates environ le solstice d’hiver, n’estant pas encore à terme, avec les
33 premières fleurs et premiers germes (3). >3 L ’accouchement d’Isis est donc en
effet le symbole du solstice d’hiver et de la germination des plantes.
L ’allaitement d’Horus (pl. pp , f ig . 3 ) , représenté en face de l’accouchement
d’Isis, est à-la-fois la peinture de l’accroissement des plantes nourries dans le sein
de la terre, et de l’accroissement des jours après le solstice d’hiver. Ce tableau présente
Horus d’abord extrêmement petit et allaité par des génisses, ensuite plus
grand et sur les genoux d’Isis qui lui donne le sein , puis allaité par deux femmes
(1) Voyez les Observations sur le plafond astronomique (2) Plut, de Iside et Osiride,
de l'un des tombeaux des rois, (3) Traduction d’Amyoc.
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