
Les ruines Je la célèbre ville Je Thèbes, que l’on trouve ensuite, renferment
encore, après tant Je siècles Je ravages et Je JégraJations, un granJ nombre Je
monumens Egyptiens en syénit. Le principal est un petit temple situé Jans le
prolongement Ju granJ édifice Je Karnak, et construit entièrement en syénit
rouge foncé. Les blocs Je l’extérieur, ceux qui forment le plafonJ, sont Je la
même pierre, ainsi que Jeux espèces Je pilastres placés en avant à l’ouest Ju
temple. Je me borne à une simple énumération, et je renvoie, pour prendre une
connoissance détaillée Je ces objets , à la Description Je Thèbes. .
Le seconJ édifice Je •Karnak, en syénit,.est une porté de l’enceinte, située
devant l’allée de sphinx qui conduisoit à Louqsor.
; Deux obélisques en syénit sont placés devant le grand édifice de Karnak, et
■l’on voit à leur pied les débris de deux autres qui ont été renversés et brisés (i);
une longue avenue étoit formée jadis de statues colossales de la même matière,
et l’on en voit encore les débris étendus sur le sol.
On trouve aussi à Kamak plusieurs autres colosses en syénit. Les fragmens d’un
des plus considérables sont auprès de la porte que nous venons d’indiquer. Nous
devons avertir qu’un autre colosse, placé à l’opposite, et que quelques voyageurs
indiquent comme étant de granit jaune, est en poudingue siliceux.
Derrière un pylône en partie écroulé, on voit les fràgmens d’un colosse
d’une très-grande dimension en syénit rouge.
Plusieurs autres monolithes sont en syénit gris et en syénit noir et blanc.
Louqsor, sur l’emplacement de Thèbes, au sud de Karnak, n'offre de monu-
jnens remarquables en syénit, que deux obélisques et deux colosses. Les deux
obélisques sont de la belle variété rose à très-gros cristaux. L ’un des colosses est
d’un rouge plus foncé et mêlé de plus de mica. Le second offre une particularité
remarquable : la partie supérieure se trouve taillée dans un noeud de trapp
grenu micacé, dont la couleur sombre tranche vivement avec'une veine de couleur
incarnate de feldspath pur et presque compacte, qui termine le colosse et
en forme la coiffure.
S.ur la riye ocçidcntale, les édifices de Medynet-abou laissent voir quelques
débris de constructions ou de revêtemens en syénit gris : une partie des fragmens
que j ai observés, est tout-à-fait désagrégée, et paroît avoir anciennement subi l’action
du feu ; d autres blocs, dans les cours intérieures., et sur-tout un grand nombre
de colonnes, ont été employés à des constructions religieuses par les Chrétiens des.
premiers siècles. Ce sont des débris de monumens plus anciens et dont les matériaux
avoient été taillés soit par les Égyptiens, soit par les Grecs. Sur la même
rive, en parcourant la plaine qui conduit de Medynet-abou au Memnonium, on
rencontre un assez grand nombre de colosses renversés et mutilés, la plupart
en syénit d’un rose pâle.
. . L’emplacement même du Memnonium est jonché de fragmens de statues
- (0 Ces monumens appartiennent principalement a la d’un fond composé de cristaux beaucoup plus petits,
variété rouge et noire tirant un peu sur le violet : les et d’une grande quantité de mica. La contexture de la
grands cristaux de feldspath s’y détachent au milieu roche se rapproche ainsi de la porphyritique.
colossales, et je puis citer encore, comme un exemple remarquable des passages
subits du syénit, une tête bien conservée et dans les plus belles proportions.
C ’est près du Memnonium, que l’on regarde comme le tombeau d’Osyman-
dyas, que se trouve la plus grande des statues colossales de l’Egypte; elle avoit
près de quatre-vingts pieds de proportion, et étoit formée, ainsi que le fauteuil où
elle étoit assise, d’un seul bloc de syénit rose avec quelques taches noires de trapp
grenu micacé. Il faut bien remarquer que ce colosse, auquel on donne quelquefois
le nom de colosse de Memnon, n’est pas celui qui rendoit des sons dans l’antiquité;
ce dernier n’est point en syénit, ni même en basalte, comme l’assurent
quelques écrivains anciens, mais d’une espèce de poudingue siliceux particulière
à l’Egypte, et dont nous aurons occasion de parler ailleurs.
Les vastes et magnifiques excavations qui portoient le nom de tombeau des
rois, et que l’on rencontre dans une petite vallée qui coupe la chaîne Libyque,
un peu au nord du Memnonium, renferment pour la plupart un sarcophage monolithe
d’environ dix pieds de longueur, en syénit de différentes variétés : ces sarcophages
en roche dure, qui sont assez rares aujourd’hui en Egypte, y avoient
été jadis prodigieusement multipliés; on peut en juger par un passage de Pline,
qui, parlant des cuves employées aux usages du bain chez les Romains, porte à
quatre mille celles en roche dure qui avoient été tirées autrefois de l’Egypte, et
qui, selon toute vraisemblance, n’étoient que d’anciens sarcophages (i).
Parmi les ruines de Cnubis, sur la rive du Nil, on remarque un petit sanctuaire
ou espèce de cage monolithe, à peu près semblable à celles que nous avons
indiquées à Philæ.
Antinoé, quoique bâtie généralement en pierre calcaire, étoit ornée d’une multitude
de colonnes en syénit : les unes sont encore debout près de l’arc de
triomphe, les autres sont renversées.
L ’ancienne Memphis, plus qu’aucune autre ville d’Egypte, avoit été décorée jadis
avec le granit de Syène ; son emplacement offre encore au voyageur une immense
quantité de fragmens la plupart informes : on y a découvert quelques débris de
statues, et, entre autres, un poignet qui pèse plusieurs milliers; tout le reste de
la statue a disparu : on peut juger par-là combien de monumens antiques ont
été anéantis. Le grand bassin situé dans la partie de Memphis qui regarde les
pyramides de Saqqârah, et au milieu duquel étoit le fameux temple de Vulcain,
renferme encore aujourd’hui d’énormes blocs de syénit couverts de bas-reliefs et
d’hiéroglyphes.
Sur l’emplacement des pyramides de Gyzeh, on voit éparse une quantité
considérable de blocs de syénit. La troisième pyramide, connue sous le nom
de Mycérinus, en étoit revêtue en grande partie. Strabon a désigné ici cette
matière sous le nom de basalte : c’est une erreur, dont on trouve plusieurs autres
(i) Qous, l’ancienne Apollinopolis parva, les ruines
de Coptos, celles de Denderah, l’ancienne Tentyris, ne
nous offrent, pour notre énumération, aucun monument,
aucun monolithe remarquable : on observe seulement,
dans la façade du grand temple de Denderah, que les
deux pierres qui recevoient les gonds des portes, au lieu
d’être en grès, comme le reste du monument, étoient en
syénit.