
quelles ont servi de sépulture aux habitaos de Thèbes. Il paroît certain que la religion
des Égyptiens enseignoit que les hommes ressusciteroient un jour, et qu’il
importoit de conserver à leurs corps les formes qu’ils avoient eues pendant leur
première vie ; c’est sans doute cette idée qui a fait inventer l’art des embaume-
mens, et creuser dans la'profondeur des rochers ces dernières demeures où les
momies étoient déposées sous la sauvegarde de la religion et a 1 abn de la
plupart des causes naturelles de destruction. Parmi tant de sujets d’étonnement,
ce n’est pas un des moins firappans que la conservation des restes inanimés de la
nation Égyptienne, auprès des magnifiques édifices qu’elle a bâtis : les cadavres
sont encore entiers; ils ont conserve leurs formes, comme s ils etoient vivans,
ils ont duré autant que ces grands monumens qui semblent avoir été construits
pour une durée éternelle. On diroit que les Égyptiens se sont fait un jeu de
braver le temps en tout, et qu’ils s’étoient orgueilleusement proposé de soustraire
à son action destructive et leurs ouvrages et leurs personnes.
D E L A G R A N D E G R O T T E OU S T R IN G E .
I l paroît cependant que toutes les grottes n’ont pas été uniquement creusées pour
servir de sépulture : nous en avons vu qui semblent avoir eu une autre destination.
La plus remarquable se trouve à la distance d’environ sept cents mènes du tombeau
d’Osymandyas, en suivant une direction peu différente de celle du nord-nord-
est (i) : l’entrée de cette grotte fait face au Nil; elle est précédée d’un grand
espace découvert, qui a été taillé dans le roc, et qui forme le parvis de la grotte :
de là on pénètre dans un vestibule qui est aussi à ciel Ouvert (2). Toutes les autres
pièces sont souterraines; elles sont au nombre de vingt-huit. Quelques-unes ont
seize à dix-sept mètres (3) de longueur : il y a même ime galerie de vingt-cinq à
vingt-six mètres (4). Les unes sont de plain-pied; d’autres appartiennent à un
étage inférieur/auquel on arrive par un escalier doux et commode, composé de
cinquante-six marches et de deux paliers.
Il existe au pied de l’escalier ( 5) un puits profond de plus de neuf mètres (6) :
on y descendit ; lorsqu’on fut au milieu de la hauteur, on reconnut avec surprise
une ouverture percée dans l’un des murs ; cetoit une porte qui conduisoit dans
une petite salle taillée régulièrement comme tout le reste de la grotte (7).
L ’entrée d’un autre puits plus intéressant se trouve à l’étage supérieur, dans une
galerie que l’on a sur sa droite avant d’arriver à l’escalier (8). La bouche du puits
occupe toute la largeur de la galerie, à l’exception d’une benne étroite qui a été
(1) V oyezle plan général de la vallée de Thèbes,pl. i , viennent ensuite; mais que la matière qui composoit le
A . vol. I l , et le plan topographique des monumens plafond s’écroula , parce qu’il y avoit trop d’intervalle
situés au nord du tombeau d’Osymandyas. Pococke, entre les appuis sur lesquels cette matière portdit.
ce voyageur infatigable et sincère, a eu connoissance
de cette grotte; mais le plan qu’il en a donné, est incomplet
dans ses parties et inexact dans ses dimensions.
Voyez Description o f t/ie £ a s t , London, 1 743 * Pa8* IO°*
(2) II paroît que l’intention primitive étoit que ce vestibule
fut une pièce couverte comme toutes celles qui
(3) Environ cinquante pieds.
(4) Environ quatre-vingts pieds.
(5) Planche j ÿ , fig, / , au point d.
(6) Environ vingt-huit pieds.
(7) Voyez, p l. j p , fig. y , le profil de cette salle.
(8) Planche y 9, fig. 1 , au point f.
réservée sur la gauche. Il faut que les voyageurs aient toujours présente à l’esprit
1 existence de ces puits, et quils se tiennent sur leurs gardes, lorsqu’ils en approcheront
: ils pourroient y trouver la mort, soit par leur imprudence, soit par la
trahison de leurs guides. En général, il est peu de grottes qui ne présentent quelque
fosse dangereuse : on ne sauroit marcher avec trop de précaution, lorsqu’on fait
la première reconnoissance.
Au fond du puits dont nous venons de parler, est une galerie faisant retour en
équerre ; elle conduit à une salle où il y a un second puits : en descendant jusqu’au
fond, on trouve la porte d’une chambre qui conduit à deux salles dune assez grande
largeur ; de sorte que voilà trois étages de souterrains. Les deux pièces de l’étage
inférieur ne sont pas dé plain-pied; le sol de la salle la plus reculée s’élève au-
dessus de l’autre d’environ deux mètres (i), sans qu’il y ait cependant un escalier
pour y monter (2).
Le lecteur qui voudra avoir une connoissance détaillée de l’étendue de la grotte,
de la disposition de ses différentes parties, est invité à consulter les dessins, où
tous les détails sont exactement rendus. Je dois me borner à quelques considérations
qui ne peuvent se présenter à l’esprit de ceux qui n’ont pas vu les
lieux.
Le travail de ce singulier monument est extrêmement soigné; tous les pare-
rnens des murs sont exactement dressés et parfaitement verticaux; les galeries
s’emmanchent les unes dans les autres exactement en équerre : les ciels sont quelquefois
à plafond droit ; quelquefois ils sont taillés en berceaux d’une courbure
agréable. Dans certaines pièces, les ouvriers ont épargné sur la matière du rocher
des masses façonnées en forme de pilier avec beaucoup de correction. Les portes
qui séparent les pièces, sont d’une proportion agréable; leurs chambranles ont été
maintenus dans un aplomb parfait, et les linteaux sont coupés avec pureté. Toute
la surface, à l’exception des puits et des caveaux, est entièrement couverte d’hiéroglyphes
exécutés avec une finesse qui surpasse tout ce que j’ai vu en Égypte : ceux
de l’entrée sont en relief et peints; ils l’emportent sür ceux de l’intérieur, qüi
sont en général creux; mais par-tout le trait est de la plus grande correction. Il
est vrai que la matière du rocher s’y prête admirablement : c’est une pâte calcaire,
blanche et douce, qui se coupe et se polit avec facilité ; les traits les plus déliés
et les plus délicats peuvent y être tracés avec sûreté et sans effort. Cette pâte
contient çà et là des masses isolées de matière siliceuse. Lorsque, dans le cours
du travail, cette matière étrangère se rencontroit sur le parement, on prenoit le
parti d’extraire les silex ou de les briser jusqu’à une certaine profondeur; cette
extraction produisoit un creux; pour le masquer, on y plaquoit un morceau de
la pierre calcaire, sur laquelle on pouvoit continuer la sculpture-avec toutes ses
délicatesses. Ces pièces de rapport sont encastrées avec beaucoup d’adresse; les
joints sont si parfaitement faits, qu’on les aperçoit à peine.
Pendant notre séjour dans la haute Égypte, nous avions, pour en étudier les
monumens, des facilités qui ont manqué aux voyageurs qui nous ont précédés :
(1) Six pieds. (2) Voyez, p l - j ÿ , f g ‘ 4 , le profil de ces étages.
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