
«description exacte du temple d’ËIéphantine (i) : ce qui est sur-tout curieux et
important à remarquer, c’est ce qu’il dit de la couleur bleue du personnage à
tete de beher, couleur qu’on retrouve encore dans une figure pareille dessinée à
, ! 'æ Cette dern,ère %ure a aussi exactement la même coiffure que celle
dElephantme, et il en est de même de la figure d’Isis, qui est à côté, et qui a
•deux longues cornes autour de son bonnet.
• Il résulte de ce passage, et sur-tout des figures de belier très-souvent répétées
dans le temple (3), que la divinité principale d’Éléphantine étoit honorée sous la
forme dun personnage à tête de belier. Ce personnage rappelle, comme je l’ai
dit, Jupiter Ammon, qu’on adofoit à Thèbes : par-là on explique pourquoi le dieu
Cneph ou Cnuphis étoit également honoré par les habitans d’ËIéphantine et par
es T îebains ; c’est que ce nom de Cneph, qui, selon les étymologistes , signifie
m W m et qu, désignoit, chez les Égyptiens, l’esprit éternel et infini qui remplit
et anime 1 univers, étoit un surnom d’Osiris à tête de belier, ou autrement <1 Ammon.
Il en est de même du bon serpent cojisacré en même temps à Thèbes et à Élé-
phantine. La figure du serpent étoit le symbole de Cneph, sui'vant Eusèbe et
une image sensible du bon génie (4).
Dans im autre passage , le même écrivain rapporte que les Égyptiens représentoient
le principe universel ou Cneph sous une. figure humaine, revêtue d’une
couleur bleue, &c. Si l’on rapproche, ces paroles de celles que'j’ai citées plus
haut, on en peut conclure encore que la figure bleue à tête de belier étoit une
image de Cneph.
Ainsi les noms de Cneph ou Cnuphk, de serpent et de bon génie, convenoient
également bien, soit à Thèbes, soit à Éléphantine, à la divinité que l’on y adoroit
sous la figure d’un homme à tête de belier. Cette observation concilie donc les
passages de Strabon, d’Hérodote et d’Eusèbe. Maintenant recherchons si cette
figure, à Eléphantine, avoit un rapport avec le belier céleste. La fin du passade •
d Eusebe n en laisse pas douter ; voici comme il s’exprime : « La tête de belier et les
» cornes de bouc indiquent la conjonction du soleil et de la lune, sous le signe
» du beher; et la couleur bleue, l’influence delà lune, qui se manifeste dans cette
» conjonction pour produire l’effusion des eaux (y). »
Il n’est pas fkcile de reconnoître à quelle époque de l’année agricole ou astronomique
,1 iâut rapporter ce passage. On ne doit pas croire qu’il y soit question
de la crue du Nil : car le solstice d’été, où se fait cet accroissement, ne répondra
au signe du beher que dans quarante siècles. Au premier abord, on penserait qu’Eu-
sebe ne parle peut-être pas des eaux du Nil, mais en général de l’humidité qui
caractérisé 1 epoque du printemps, pour un climat différent de l’Égypte A l’époque
ou .1 éenvoit, l’équinoxe du printemps avoit déjà quitté, depuis six siècles et
(1) L ’auteur ajoute que devant cette figure il y a un M Vovez ,
vase d’argile où un homme est représenté. J ’ignore à quel 3 6 et 3 7 ’ planches 3 5 ,
tableau cela se rapporte; il est possible qu’ Eusèbe ait rap- M) Euseb. Proepar. cvûng, lib. I , cap. .0
(2) Vo” S™ “ e Ï t p g . T Pm " S SePare“ ' (;) Voyez paS, ,p, mU (S) .
demi, la constellation du belier : mais cet écrivain ne se piquoit pas de connois-
sances astronomiques, et les Grecs ont commis bien des fois de pareilles méprises.
Cette explication est celle qui se présente la première, parce que la période
de temps pendant laquelle le belier est resté équinoxial, est celle qui a été le plus
connue des Grecs; mais il faut avouer qu’elle ne satisfait pas à l’ancienneté bien
constatée du culte de Jupiter Ammon, soit àThèbes, soit dans l’Oasis de ce nom.
Le monument d’Hermonthis, où le taureau est équinoxial, bien qu’assez ancien,
n’est certainement pas antérieur à cette dernière époque ; et l’on sait d’ailleurs
que la sphère d’Eudoxe, où le colure du printemps coupe le belier par le milieu,
est la plus récente de toutes celles qui appartiennent à l’Égypte. Rien n’est mieux
établi que la grande antiquité de l’oracle d’Ammon, qui avoit été fondé depuis
un temps immémorial par une colonie Égyptienne, et que l’on venoit consulter
de toutes les parties de l’ancien continent; Hérodote et tous les auteurs s’expliquent
si formellement sur ce point, qu’il seroit superflu d’y insister davantage.
Je ne partage donc pas l’avis des savans qui, pour expliquer le culte de Jupiter
Ammon, ont regardé cette figure comme le symbole de l’équinoxe du printemps
ayant lieu sous le signe du belier (i). Il seroit plus raisonnable (à examiner
la couleur dont on a peint sa figure en Égypte ) de rapporter ce culte au phénomène
de l’équinoxe d’automne : en effet, à cette époque, la crue du Nil est à son
maximum, et les terres d’Égypte sont couvertes par les eaux de l’inondation. Je ne
veux pas assurer qu’on ait peint ce phénomène comme actuel par la couleur bleue
qu’on voit sur la figure d’Ammon à Éléphantine, à Philæ ou ailleurs : mais il est du
moins plus vraisemblable qu’on a rappelé par cette peinture l’époque ancienne dont
il s’agit, qu’il n’est à croire qu’on ait représenté par-là l’époque du printemps ;
car en Égypte le printemps est, de toute l’année, la saison.la plus aride. On conviendra
toutefois que le passage d’Eusèbe s’explique bien de cette façon; et, à
moins de le rejeter tout-a-fàit, cette considération n’est pas à mépriser : car on
reconnoit generalement qu Eusebe, a part les idées et les opinions qui lui sont
propres, a puisé dans de bonnes sources tout ce qu’il dit de l’Égypte.
Ce seroit ici le lieu d’examiner le reste du tableau d’Éléphantine dont je viens
de considérer le personnage principal, ainsi que chacun des autres bas-reliefs où
le belier figure ; mais cette etude m entraînerait trop loin, et je laisse aux savans et
aux lecteurs curieux de cette espece de recherche, à étudier ces différentes sculptures,
sur-tout la grande barque, ornée en poupe et en proue d’une tête de belier.
§. V I .
Recherches historiques et géographiques.
P r ï s q .u e tous ceux qui ont écrit sur le gouvernement de l’Égypte, ont admis
qu il avoit existé dans cette région un royaume particulier sous le nom de royaume
d Éléphantine, et ces divers auteurs l’ont regardé comme circonscrit dans l’enceinte
(') Voyez Jabjonski, Panth. Ægypt, lib. I I , cap. n , s . 5 et 7.
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