
de s’accroître que lorsque Memphis devint la résidence des rois d’Egypte, et il est
à croire que ce fut bien postérieurement à la guerre de Troie. Les partisans de
Cette opinion s’autorisent du silence d’Homère au sujet de Memphis. Il est assez
vraisemblable, en effet, que, si cette ville eût OcCupé le premier rang à l’époque
où le poëte voyageoit en Egypte, il n’auroit point négligé d’en parler. Quoique
Thèbes ait cessé d’être la résidence des rois, elle n’a point cependant perdu tout-
à-coup son ancien éclat, II est même constant que, pendant tous les règnes qui
se sont succédés jusqu’à la catastrophe qui a fait passer l’Egypte sous la domination
des Perses, elle s’est soutenue l’égale de Memphis. Avant cette époque, 1 histoire
fait mention d’une invasion del’Égyptepar Nabuchodonosor (1). Ce conquérant
ravagea et pilla le pays, Des richesses immenses, qu’on enleva sans doute à
Thèbes, devinrent la proie du monarque Babylonien, qui se retira en emmenant
un grand nombre de captifs.
Amasis fut un des derniers rois sous lesquels l’Egypte fut libre et indépendante.
C’est sous son règne que se préparèrent les grands événemens qui la conduisirent
à sa ruine. Cambyse en méditoit alors la conquête. Excité par la haine et la
vengeance, il fond sur ce pays avec la férocité d’un lion. Une bataille gagnée
lui en assure la possession entière. Memphis, étroitement assiégée, 'est obligée
de se rendre au vainqueur ; elle éprouve toutes les horreurs de la guerre : ses
temples sont brûlés et saccagés, tous les objets de son culte livrés au mépris, ses
prêtres ignominieusement traités; la famille royale est avilie, et le roi Psammenit
lui-même est mis à mort par le vainqueur. Cambyse, poursuivant dans la haute
Egypte une facile conquête, pénètre jusqu’à Thèbes, où il ne respecte rien.
L ’or, l’argent, l’ivoire et les pierres précieuses qui ornent les édifices publics,
deviennent la proie de ce conquérant (2). Tous les temples et les palais sont ravagés
par le fer et la flamme; les statues colossales, les obélisques, sont brisés et renversés
de dessus leurs bases. La fureur de détruire est portée à un tel point, que l’on
retrouve encore actuellement, c’est-à-dire, plus de vingt-trois siècles après cette
horrible catastrophe, des traces de la frénésie du vainqueur.
Cambyse a eu principalement pour objet de détruire la religion des Égyptiens,
ou plutôt le gouvernement sacerdotal, qui, par la sagesse de ses institutions, avoir
placé l’Egypte à un rang si élevé, et qui, habile à profiter de la position avantageuse
du pays, l’avoit rendu le centre d’un commerce immense. En effet, ce prince paroît
avoir eu le goût des arts. Le transport qu’il fit faire en Perse de sculptures que la
matière et le travail contribuoient à rendre précieuses, et le soin qu’il eut d emmener
avec lui un grand nombre d’artistes Égyptiens pour élever les palais encore
subsistans de Persépolis, où l’on reconnoît avec évidence l’empreinte d’une origine
Égyptienne, sont de très-fortes preuves en faveur de notre assertion.
Malgré l’horrible catastrophe à laquelle la ville de Thèbes a été en proie lors
de l’expédition de Cambyse, cette capitale ne fut cependant pas ruinée de fond en
comble, et les indestructibles monumens élevés par les Égyptiens ont lassé le génie
destructeur de ce conquérant. Thèbes conserva encore assez de richesses pour que,
(1) Jerem. Prophet. cap. x l y i . (2) Diod. Sic. ÆiV/./«Vf.lib. i , p. 55, tom. I , edit. 1746.
suivant Pausanias (i), Ptolémée Philometor s’occupât de l’en dépouiller, dans lé
but de la punir d’avoir suivi un parti contraire au sien dans les démêlés qu’il avoit
eus avec sa mère. C’est à tort qu’Ammien - Marcellin (2) fait détruire la ville de
Thèbes par les Carthaginois, dans une irruption subite. Cet historien paroît avoir
parlé d’après Diodore de Sicile (3), qui fait effectivement ruiner par les Carthaginois
une ville du nom SHécatompyle, située dans la Libye : mais cette ville
ne doit point être confondue avec Thèbes d’Egypte, quoiqu’il soit assez difficile
d’en fixer la position.
Sous le règne d’Auguste, Gallus sévit contre Thèbes pour cause de rébellion;
et depuis cette époque, les anciens historiens ne font plus guère mention de cette
capitale, qui se trouva réduite à quelques misérables villages répandus çà et là autour
de ses antiques monumens. Cependant la portion de cette cité qui se trouve sur
la rive droite du fleuve, formoit encore une ville qui a plus particulièrement conservé
le nom de Diospo/is que les Grecs ont donné à Thèbes. Sous les empereurs
Romains, c’étoit le chef-lieu du nome Diospolke. Elle conservoit encore quelque
importance, puisqu’elle avoit le droit de frapper monnoie; ce qui est attesté par
des médailles aux effigies d’Adrien et d’Antonin, que l’on trouve dans Jes cabinets
des numismates.
Tel est le résumé des révolutions que Thèbes a éprouvées. Elle est encore grande
et magnifique au milieu de ses débris ; et l’on peut prédire avec certitude qu’elle
attestera la puissance du peuple Égyptien, long temps encore après que nos villes
Européennes les plus somptueuses auront cessé d’exister. Ses édifices étoient restés
jusqu’alors ignorés, et Thèbes n’étoit connue que par la renommée que lui ont
faite les poëtes, les historiens de l’antiquité, et le petit nombre de voyageurs modernes
qui l’ont visitée : mais l’expédition à jamais célèbre d’un Héros, un gouvernement
éminemment protecteur de ce qui est utile et grand, les moyens donnés
par un siècle éclairé pour éterniser les monumens des arts, assureront à jamais la
réputation de Thèbes, et perpétueront au-delà du calcul et de toutes les espérances
des Égyptiens les magnifiques et imposantes constructions de leur antique capitale.
(1) Pansan. Attic. Iib. I , pag. Ij .e d it . 1 6 1 3 . (3) Diod. Sic. Bibi. hist. lib. IV , pag. 26 3 , tom. I ,
(2) Ammian. Marcellin. lib. x v n , cap. 4. edit. 1746.