
du temple de l’ouest. Elles représentent une barque symbolique, ornée de la
tête d’Isis-, et qui mérite de fixer l’attention. Cette barque est portée par
quatre hommes vêtus de longues robes; on voit à l’arrière une rame dirigée
par un personnage à tête d’éperviér, qui en meut l’extrémité au moyen de la
queue d’un serpent dont il tient le corps dans sa main. Au milieu de la barque
est un coffre ayant la forme d un petit temple ; deux figures y sont sculptées.
Ce temple semble être sous leur sauvegarde, et elles étendent leurs ailes sur lui
en signe de protection. En avant des prêtres qui portent la barque, marche un
jeune homme tenant une cassolette dans laquelle brûlent des parfums : on voit
la flamme sortir du vase qui est à l’extrémité, et ce jeune homme y jette adroitement
des grains d’encens. Cette barque symbolique est répétée un grand nombre
de fois dans les sculptures Égyptiennes, mais avec des attributs et des emblèmes
accessoires très- varies, qui diffèrent suivant les circonstances. Ce que l’on peut
remarquer, cest quelle n’est jamais portée que par des personnages vêtus de
longues robes.
Il seroit possible de trouver quelque analogie entre cette barque et l’arche
d alliance des Israélites ; et cela n’a rien qui doive surprendre, si l’on admet que
le législateur des Hébreux ait été élevé au milieu des Égyptiens, et que ses idées
se soient formées sur celles qu’il avoit acquises dans ce pays. On ne doit pas s’attendre
à trouver dans les objets que nous comparons, une similitude complète;
mais on remarquera entre eux cette sorte de ressemblance qui tient aux réminiscences
et à une imitation en quelque sorte involontaire. En comparant donc
1 arche dalliance avec la barque sacrée des Égyptiens, on pourra trouver que les
prêtres vêtus de longues robes, qui portent celle-ci, sont les Lévites vêtus de
robes de lin qui portoient celle - là ; que le petit temple est l’arche proprement
dite, et que les figures ailées qui sont tournées l’une vers l’autre , les ailes
etendues sur le petit temple, sont les deux chérubins. De plus, le bateau Égyptien
est porté sur des barres, comme l’arche 1 etoit sur des barres de bois de saint.
Quant à la partie cintrée qui a la forme d’une barque, il n’en est point parlé dans
1 Exode ; e t, en effet, une barque nauroit eu aucun rapport avec la religion des
Israélites, tandis qu’elle en avoit de très-naturels avec celle des Égyptiens, dans
laquelle le plus grand nombre des symboles doit être rapporté au Nil et à ses
inondations.
Après le premier pylône est la cour qui précède le grand temple, et qui peut en
être regardée comme le péristyle. Elle est formée, à gauche, par le temple de
l’ouest, et à droite, par une galerie dont nous allons parier.
Cette galerie est composée de dix colonnes, ayant à-peu-près les mêmes proportions
que celles des deux colonnades qui précèdent le premier pylône. Leurs
chapiteaux offrent aussi les memes variétés ; mais ils sont tous entièrement sculptes
, cette galerie ayant été terminée dans toutes ses parties. La corniche est surmontée
d un couronnement qu’on pourroit appeler une seconde corniche, et dont
la forme est tres-rcmarquable : il est composé d’une suite de ces serpens qui ont
la faculté d élargir leur cou en se redressant sur leur poitrine ; ils sont tous rangés,
dans cette attitude, les uns contre les autres, sculptés en ronde-bosse, et portant
un disque sur leur tête. Cet ornement est en lui-même d’une belle composition
; mais il donne ici une grande épaisseur à l’entablement que supportent
les colonnes.
Une porte est à l’extrémité de la galerie et contiguë au second pylône; elle
est maintenant obstruée, et son objet ne peut être déterminé. C ’est sur un jambage
de cette porte qu’a été recueilli le bas-relief (p l. 13 , jig . / ) qui représente
un lion dans une attitude toute semblable à celle des deux lions de granit ; parmi
les hiéroglyphes qui sont au-devant de lui, on remarque le même instrument qu’il
tient entre ses pattes, et qui paroît être une sorte de couteau.
Sous la galerie, cinq portes communiquent à de petites chambres qui forment
des espèces de cellules, dont il seroit bien curieux de pouvoir deviner l’usage.
Si la langue hiéroglyphique étoit connue, on apprendroit bientôt, sans doute,
quel étoit l’emploi de chaque partie de ces édifices ; car il est très-probable que les
sculptures étoient relatives aux lieux où elles étoient placées. Toutes les parties de
cette galerie, les colonnes et l’intérieur de ces cellules sont couverts de tableaux
sculptés,.dont deux seulement ont été,recueillis. L ’un est placé dans une des
chambres, et représente un Cynocéphale, emblème des Lettres (1), écrivant sur un
volumen avec un stylet; devant lui est une colonne d’hiéroglyphes. L ’autre, placé
sous la colonnade (pl. 1 3 , fig . p .), représente Isis, et Osiris à tête d’épervier.
Devant eux est un prêtre, e t, sur un traîneau, une barque symbolique tout-à-fàit
semblable, pour la forme, a celle que nous avons examinée précédemment. On
y retrouve le même petit temple ; mais les autres attributs sont fort differens.
Les six enseignes ou étendards placés derrière le prêtre sont une coiffure que,
l.on voit sur la tête des dieux et des prêtres, une enveloppe qui peut être celle
d une momie d oiseau, un épervier, un ibis et deux chacals; enfin on retrouve
encore ici le porteur de cassolette occupé à y jeter des grains d’encens.
Cette sculpture et la précédente sont fort curieuses, et l’on doit regretter de
n’avoir pu en recueillir un plus grand nombre dans ces mêmes cellules ou sous
cette galerie ; peut-être nous en fera-t-on le reproche : mais que l’on se représente
la situation d’un voyageur arrivant dans l’île de Philæ et n’ayant que peu de jours
à y demeurer; il emploie la plus grande partie de ce temps à satisfaire sa propre,
curiosité, à prendre connoissance, e t , pour ainsi dire, possession, de tout ce qui
1 environne. Entouré de tant d’objets, tous également nouveaux, ils lui paroissent
tous d’un égal intérêt : il ne peut cependant tout décrire, tout dessiner; il faut
enfin quil se détermine, et c’est presque un devoir pour lui de s’attacher aux
parties principales, aux choses grandes et bien conservées. Il se contente de pénétrer
dans les édifices accessoires, dans les réduits obscurs ou presque entièrement
détruits ; ¡I en assigne la place et les principales dimensions, les examine à la
hate, et ne les quitte qu’à regret.
(i) Suivant HorapoIIon.
À . D .