
d e s c r i p t i o n d e s y è n e
position des lieux de la terre. C ’étoit, dans l'antiquité, la seule ville placée sous
cette ligne qui sépare la zone torride de celle que nous habitons, et qui ne traver-
soit sur le globe aucun autre site remarquable que les embouchures de l’Indus et du
Gange. De nos jours même, on ne peut citer que Chandernagor et Canton en
Asie, et la Havane aux Antilles, qui soient aussi près de cette ligne que Syène
l’est aujourd’hui: je ne parle pas d’Yanbo’ Ai des îles Sandwich, ou autres lieux
sans importance.
Depuis deux à trois siècles, les critiques ont fait un grand nombre de recherches
pour déterminer l’étendue de l’Ëgypte par la mesure d’Ératosthène, et réciproquement
pour apprécier cette mesure de la terre parla longueur de l’Égypte; mais,
comme ils n’ont pas connu la vraie situation géographique de Syène, iis.erroient
dans un cercle vicieux, et il manquoit à leurs recherches la base principale. Le voeu
des savans est enfin rempli; cette position, telle qu’elle vient d’être déterminée
par les observations astronomiques de M. Nouet, est de 24° 5' 23" pour la latitude,
et de 30° 34' 49” Pour la longitude au méridien de Paris. Les uns (et le
célèbre d’Anville est de ce nombre), suivant le sentiment de Ptolémée, suppo-
soient Syène à environ 15', ou près de sept lieues, plus au sud qu’elle n’est réellement;
ce qui alongeoit d’autant l’étendue de l’Égypte : les autres regardoient cette
ville comme directement placée sous le tropique, et diminuoient encore plus sa
latitude, trompés par la tradition immémoriale du puits de Syène, et ignorant'ou
contestant la variation de 1 écliptique : d’autres enfin ne faisoient pas attention que
le phenomene de l’absorption de l’ombre n’est point borné à une ligne mathématique,
mais qu’il a lieu pour toute une zone terrestre correspondante au diamètre
du soleil, c’est-à-dire, de plus d’un demi-degré de largeur.
Cette dernière circonstance, qui pourtant n’étoit pas ignorée des anciens (1),
est sans doute la cause qui a maintenu l’opinion que Syène étoit sous le tropique,
plus de trois mille ans après que cette ville avoit cessé d’y répondre, et même
de nos jours. Au deuxième siècle de l’ère vulgaire, le bord septentrional du
soleil atteignoit encore au zénith de Syène le jour du solstice d’été ; ce qui
suffisoit pour que I ombre y fût nulle, ainsi que le rapporte Arrien, qui écrivoit
vers l’an 120 de J . C. En effet, l’obliquité de l’écliptique devoir être alors
de 2 30 4p' 25", en partant de l’observation d’Hipparque (2) et de la variation I
calculée approximativement pour cette époque : si l’on y ajoute le demi-diamètre I
moyen du soleil ou 1 j ' y7 ", on trouve 24° 5' 22"; ce qui est, à 1" près, la latitude I
de Syène. A plus forte raison les écrivains antérieurs, tels que Plutarque, Pline, I
Lucain, Hipparque et Ératosthène, étoient-ils fondés à dire que le style ne donnoit I
point d’ombre à Syène, le jour du solstice (3). Quant à Ptolémée, Pausanias, et
(1) Selon Clèomède, l’espace où les ombres sont
nulles quand le soleil est au zénith, a trois cents stades
d étendue; ce qui fait 30 minutes, en prenant le stade
de 600 au degré ( Mneor. lib. I ).
(a) Cette observation est de 230 c i ' 20".
(3) M. de la Nauze est, je crois, le premier et le seul
qui ait donné une explication analogue; mais il se trompoit
sur la diminution séculaire de l'obliquité, qu’ il esti-
moit à plus de 66", tandis qu’aujourd’hui elle n’est que
de JO " , bien que supérieure à celle d’autrefois. II s’est
également trompé sur la latitude de Syène, qu’il ne fait
que de 23 " ;p'20",erreurqui compense à-peu-près l’autre.
( f les Mémoires de l’Académie des inscriptions et
belles-lettres, t. X L JU , m-12.)
E T DE S C A T A R A C T E S . CH A P . I I . ?
enfin Ammicn Marcellin, qui écrivoit au iv.e siècle , il est facile de concevoir
comment ils ont rapporté le même fait, soit qu’ils s’en fussent tenus à une tradition
accréditée, soit même que de leur temps on observât encore le gnomon à Syène;
car un rayon vertical, ne déviant que de 2 à 3 minutes, ne devoit produire qu’une
ombre absolument insensible à l’oeil.
Aujourd’hui le tropique est bien plus rapproché de l’équateur, et sa distance à
Syène est de 37' 2 3 “ au sud, ou de plus de quinze lieues et demie; le limbe du
soleil n’arrive qu’à 2 1 3" du zénith de cette ville : d’où il résulte qu’au solstice d’été
l’ombré y est encore très-peu sensible; car elle n’équivaut qua une quatre-centième
partie environ. Un style de vingt mètres de haut ne produiroit qu’une ombre de
cinq centimètres, ou moindre encore à raison de la pénombre; mais, si l’on pouvoir
observer à l’ancien puits de Syène, on n’en verroit plus qu’une moitié d’éclairée.
L ’observation récente excède donc toutes les hauteurs qu’on avoit jusqu’ici
attribuées à cette ville. Parmi les anciens, c’est Ptolémée qui en avoit Je plus
réduit la latitude, en la fixant à 2 30 5 1'. Hipparque, qui comptoit seize mille
huit cents stades de l’équateur à Syène (1), et dans un degré sept cents stades,
se rapprochoit davantage de la vérité ; car ce compte suppose 24° de latitude : à
mesure que l’obliquité de l’-écliptique diminuoit, cette latitude étoit toujours supposée
de plus en plus petite, par le préjugé qui attachoit, en quelque sorte, Syène
au tropique (2). La conséquence de ce fait, et de la plus grande latitude de Syène
aujourdhui bien reconnue, c’est que l’origine de cette tradition astronomique,
remonte à une époque d’autant plus reculée, c’est-à-dire, à plus de trente siècles
avant 1 ere vulgaire ; c est la plus ancienne observation du solstice dont le souvenir
soit parvenu jusqu’à nous.
Ce n’est pas ici le lieu de rechercher comment, de la position de Syène, Ératosthène
a conclu la longueur de l’arc du méridien en Égypte, ni d’apprécier la mesure
que ce résultat lui a fournie pour la circonférence du globe : cette recherche
demande un travail particulier. Je ne ferai qu’une observation: c’est que l’on a
supposé trop légèrement que cet habile homme avoit exécuté en effet une mesure
de la terre, sans quil y ait à cet égard aucune preuve historique (3). D’une
observation de hauteur qu’il aura pu faire à Alexandrie, et d’un calcul tiré de l’arpentage
de l’Égypte, arpentage que l’on avoit fait bien avant l’époque des Grecs,
il y a loin à une mesure actuelle effectuée sur le terrain, et telle qu’une recherche
pareille la suppose (4). On a été jusqu’à lui attribuer le puits de Syène; mais, s’il
fût allé jusquà cette ville pour le faire creuser, il auroit sans doute renoncé à
son dessein, en s’apercevant que le centre du soleil solsticial s’y écartoit d’environ
un quart de degré, et il seroit allé creuser ce puits à six ou sept lieues plus au
sud. Mais-, indépendamment de ce motif, il faut observer qu’aucun auteur ne
rapporte qu il ait présidé en effet à une mesure de l’arc terrèstre, ni qu’il soit
allé à Syène, encore moins qu'il ait fait exécuter le puits qui a eu tant de célébrité.
L l n. . ld2° ’ 1 1 ' Pa8’ n 4 ‘ (3) Pline se sert de l’expression deprodidit [g publié"!
1 .• ° US CS. ni° ernes> c est Bruce qui a le moins en parlant de cette mesure d’Ératosthène (t. n , c. 10S )
6X6 Ce" e P° !m0n> Çn Iui d° " " ™ * 4“ 45". (4) Voy r i la Description d’Ombos, c W I V , J U I .
A. D . A V