
s’élèvent de vingt on trente pieds , et souvent beaucoup davantage, au-dessus des
basses eaux. L ’île d’Éléphantine, l’île de Pliilæ, et une multitude d’autres situées
entre ceS. deux-'ci,' sont assises'sur des rochers deisyçnit; la’ cataracte elle-même
n’est formée que par un groupe très-nombreux,;très-rapproché,.de ces mêmes
rochers, dont plusieurs ont une masse et une élévation considérables. Là couleur
sombre de ces roches qui s’élèvent çà et là au.milieu du fleuve ,,1 aspect plus sombre
encore des hautes montagnes granitiques qui bordent ses riyësr,- leurs, formes aiguës
et. variées, la multitude des découpures ’et des.accidejis du terrainL au.mUieu:de
cela, quelques habitations, quelques coins de .verdure que l’on rencontre de loin
en loin en suivant les sinuosités du fleuve , forment) de; ces heuix une suite de
tableaux tout-à-fait inattendus ,• aussi, pittoreiqù« que^j’on puisse (en rencontrer
en aucun lieu, et qui, par leur singularité,-.réy,eilldptu.plus Vivement qu’aucune
autre partie de l’Egypte les grands souvenirs attaches arcetse contrce. Je 11 essaierai
pas dé les décrire ; on a du le fàjre ailleurs (i) v et je.doisme Jîornen ici. ^ des détails
purement lithologiques. . ...
Au travers de toutes les irrégularités du terrain dont nous venons de parler, on
reconnoît aisément que l’inclinaison générale du banc, dé: syénit est d’orient en occident,
indépendamment de celle qui a lieu selon le cours:dujfîeuye (je ne considere
ici que la superficie du terrain,, et. non 1 inclinaisori ijt’s, couches ou -.des lits de
la roche, qui ne sont pas sensibles, <ou du moinsj n’offrent, rien de,régulier).
Aussi, quoique dominant sur touteJa.rive,droite du.Njl.Je syénit ne se montre
à Éléphantine que par quelques sommités, et bientôt il disparaît entièrement'sous
les kneis et sous les roches décomposées de la chaîne’Lihyque:: mais, en remontant
plus: au sud, vers la cataracte, vers, l’île dePhi|m et 'au-delà, on l’aperçoit
également sur les deux rives, du Nil ; il à été observé encore jusqu’à quatre lieues
plus au sud. Il est probable qu’il se prolonge encore beaucoup plus loin ; mais
oji n’a pas de données sur sa limite méridionale, aucun Français, dans le cours
de l’expédition, n’ayant pénétré plus loin.
La plus grande largeur qu’opçupe le banc de syénit, dans sa partie septentrionale
, est tout au plus d’une lieue; encore faut-il remarquer quil perd peu à peu de
son caractère à mesure qu’il s’enfonce dans les déserts qui sont à 1 orient du Nil,
et n’est nulle part aussi parfait qu’il l’est à Syène ou près des rives du Nfl- Cependant,
dans ces endroits même, il est mêlé avec des montagnes d espece différente,
et les passages ne se font pas graduellement, mais le, plus souvent d’une manière
brusque et tranchée.
Des Roches mélangées accidentellement au Syénit.
C es roches mélangées au syénit rouge ont été également exploitées et travaillées
pair les Égyptiens. On en voit encore une foule de monumens, soit
en Égypte, soit en Europe, dans les musées et dans les, cabinets des antiquaires
: elles ont à peu près la même contcxture qué la-précédente ; mais leurs
(1) Voyr^ la Description de l’île de Phiiæ, par M. Lancret, et celle de Syèuc, .par M. Jornard.
grains sont toujours beaucoup plus petits; leur couleur varie du gris au noir. On
pourrait distinguer un éj^ez grand nombre de variétés; mais, pour éviter la
confusion, nous les réduirons à trois principales.
Les Italiens ont donné à la première le nom de granito bigio, a cause de sa
couleur grise, et celui de granitello, a cause (le la petitesse de ses cristaux . ces
dénominations indiquent assez son aspect ; on pourrait les traduire par les noms
de syénitelle et de syénit gris.
La seconde a reçu le nom de granito nero ou nero e bianco, parce quen effet
elle est marquée de grandes taches blanches feldspathiques, de forme alongée, sur
un fond noir écailleux, où domine le mica souvent uni avec un peu d’amphibole;
nous l’indiquerons sous le nom de syénit blanc et noir (1).
Le syénitelic noir, qui formera la troisième variété, différé du précèdent par
l ’a b s e n c e des grandes taches blanches de feldspath : cette matière, au lieu detre
rassemblée en grands cristaux, est disséminée dans toute la masse en lames assez
petites pour ne pas altérer très-sensiblement sa couleur noire.
Enfin on trouve aussi une roche tout-a-fkit noire, ecailleuse, d apparence
presque homogène et d’une extrême dureté, queStrabon, Pline et d’autres écrivains
anciens ont désignée par le nom de basalte Égyptien, et quelques écrivains
modernes, par le nom de basalte antique. Cette roche se trouve en plusieurs
endroits, et sur-tout aux environs de la cataracte. La chaîne orientale qui borde
le chemin de Syène à l’île de Philæ, en renferme de grandes masses, que leur
couleur d’un noir intense fait distinguer de fort loin ; mais les échantillons que
j’ai recueillis et fait graver, ont été détachés des rochers qui bordent la rive
occidentale de l’île d’Éléphantine, en face de la chaîne Libyque. Cette matière
n’est assurément pas de nature volcanique; cest bien certainement une roche
primitive, comme on peut en juger par ses rapports de position avec les roches
précédentes : elle forme souvent des noeuds et même de très-grosses masses enveloppées
de toutes parts dans le syénit rose ; les statues colossales et les colonnes
offrent mille exemples de ces sortes de réunions. Si I on examine avec une forte
loupe ce basalte des anciens, on voit qu’il est composé absolument comme le
syénitelle noir; on y distingue une multitude de petites écailles feldspathiques
avec un peu de quartz, noyées dans un fond noir de mica et d amphibole en lames
et en aiguilles : en conséquence, nous l’avons appelé syénitelle basait forme; dénomination
un peu longue, mais qui du moins peint à-la-fois sa nature, son aspect, ses
rapports avec les roches précédentes, et qui, de plus, a 1 avantage de conserver
des traces reconnoissablcs du nom employé par les anciens, sans lui en laissci
l’ambiguité; car ii faut remarquer que les anciens ont encore appliqué le nom de
basalte à plusieurs autres roches travaillées par les Égyptiens, roches noires.et dures
comme celle-ci, mais qui paraissent véritablement volcaniques. Comme elles sont
étrangères aux environs de Syène, nous remettons a en parler ailleurs, il suffit
ici de la distinction que nous avons établie.
Quelquefois le syénit passe à l’état compacte, en conservant sa couleur rouge,
(|) Nous avons fait représenter plusieurs variétés de ces diverses roches, planches i , 2 e t ;.