
succédoient des représentations grossières de la Vierge, du Christ ou des Apôtres-,
Cette succession, dans les mêmes lieux, des prêtres d’Égypte, des anachorètes
Chrétiens, et des voleurs Arabes, remonteroit encore plus haut , si l’on s’en rap-
portoit à des auteurs un peu trop crédules. A les en croire, ces mêmes hypogées
auroient servi d’asile contre le déluge. Les philosophes Égyptiens avoient prévu,
dit-on, cette grande catastrophe; et pour ne pas laisser périr leurs découvertes et les,
connoîssances qu’ils avoient acquises, ils les avoient gravées sur des stèles dans l’intérieur
des rochers ; comme s’ils eussent pu croire que ces lieux seroient respectés par
un cataclysme universel ! • »
On a dit plus haut que les ouvertures des hypogées sont quelquefois l’une à
côté de l’autre et à un même niveau. La direction commune qu ont alors les galeries,
la plupart perpendiculaires à la face de la montagne, me semble expliquer fortbien le
nom de syringe qui a été employé par les auteurs, sans qu on ait su en faire jusqu ici
la véritable application. Cette dénomination est-elle purement fortuite, ou ne seroit-
elle pas due plutôt à une certaine analogie entre les tuyaux de la flûte de Pan
appelée syringe, et tous ces conduits souterrains aboutissant à une même ligne!
Une douzaine d’ouvertures de grottes égales et contiguës, étant vues de loin, pou-
voient ressembler un peu aux trous de la syringe; et quand le-vent souffloit dans
ces canaux parallèles, il en résultoit peut-être accidentellement une suite de sons
analogues à ceux de la flûte de Pan. Si l’on s’en rapporte aux étymologistes.ovety?
indique un canal quelconque (i). Le romancier Héliodore, dailleurs precieux pour,
la vérité des moeurs et des descriptions, désigne évidemment les hypogées dans
le passage où Calasiris raconte les questions qu on lui faisoit au temple de Delphes :
« Les uns m’interrogeoient sur la forme et la construction des pyramides, les
» autres sur les détours tortueux des syringes [<rveJIy»> oï-Xttvwv]. Enfin ils noublioient
» rien des merveilles Égyptiennes; car on plaît singulièrement a des Grecs, lorsqu on
» leur fait des récits touchant l’Égypte (2). » ^ -
Ammien-Marcellin représente les syringes comme de vastes souterrains pleins de
détours, pratiqués dans le roc avec un grand travail, et recouverts d hiéroglyphes et
de figures sculptées (3).
Les historiens et les poëtes, dit Élien, célèbrent les labyrinthes de Ciete et
les syringes d’Égypte. Ce rapprochement donne une juste idee des syringes ; et
ce qui achève de les peindre, c’est que l’auteur les compare avec les sentiers obliques
et tortueux que se creusent les fourmis (4).
(1) De là le mot seringue. Voyez Suidas,qui donnecette
definition de syrinx, «' <hàpv%, fossa longa. Selon
Hésychius, le mot me/yytç indique des trous ou excavations
qui se communiquent.
(2) /Ethiopie, lib. II. Héliodore fait encore ailleurs
la description d’une caverne creusée artificiellement dans
les montagnes de la basse Egypte. II en avoit puisé les
traits dans les excavations des hypogées. ( 1 bid. lib. i. )
(3) Sunt et syringes subterranei quidam et flexuosi seces-
sus, quos. . . . . penitùs operosis digestosfodinis, per loca diversa
struxerunt; et excisisparietibus, volucrum ferarumque
genera multa sculpserunt, et animalium species innúmeras,
quas hieroglyphicas litteras appellarunt. ( Amm. Marcelï.
Iib. x x i i , cap. 15 . )
(4) Ælian. de natur.anim. Iib. V I , cap. 43 >et Iib .x v i,
cap. 15 . Rossi pense qu’il faut lire, dans ces passages,
m&cyyae et non ov'eAyfcK, et se fonde sur ce que le mot est
d’origine Egyptienne; mais l’étymologie quil donne de
mçy.'ùa* est loin d’être satisfaisante (Etymol. Ægypt.
p. 194 ). Si l’on veut absolument que le mot syringe ait
sa source dans la langue Égyptienne, autant vaut supposer
que , fistula, canalis, vient primitivement
de cette langue ; car le sens en est parfaitement juste,
appliqué aux hypogées.
On trouve, dans plusieurs auteurs, le mot syringe avec une acception pareille,
mais non à propos de l’Égypte. Décrivant les fameux jardins de Babylone, Dio-
dore les représente comme supportés par plusieurs étages de syringes ; ce qu on
peut entendre comme des galeries, d’après le sens qu’on donne ici à ce mot. Diodore
et Strabon ont négligé de citer les syringes de Thèbes, quoique tous deux aient
parlé des tombeaux des rois.
Dans l’Histoire de Polybe, on trouve ce mot employé pour indiquer un passage
secret qui existoit à Alexandrie (i). Pausanias place les syringes dans la Thébaïde,
du côté où étoit la statue de Memnon (2); et Tacite les désigne sans les nommer,
quand il parle du voyage de Germanicus a Thebes. « On y trouve, dit-il, des endroits
» resserrés et d’une immense profondeur, où l’on na jamais pu pénétrer jusqu à
» l’extrémité ( 3 ). » Au reste, ce passage a été expliqué différemment et comme s il se
rapportoit aux profondeurs du Nil; je pense qu’il faut l’entendre des catacombes.
Mais, parmi tous les auteurs, c’est Callistrate qui décidera tout-a-fait de 1 origine
du mot syringe. « Il y avoit, dit-il, auprès de Thebes dÉgypte, un souterrain en
» forme de syringe, contourné naturellement et en spirale autour du pied de la
» montagne. Au lieu de se diriger comme un chemin droit et de se diviser en
» tuyaux alignés, il suivoit les circuits du rocher, et il étendoit sous terre ses
» rameaux tortueux par des détours inextricables (4). » Cette description ne peut
plus laisser aucun nuage sur l’étymologie et sur la nature des syringes de Thèbes;
il faut seulement en appliquer le nom à presque tous les souterrains de cette
ancienne ville, au lieu de l’attribuer à un seul en particulier.
On a pu se faire une idée, par ce qu’on vient de lire, de 1 étendue et de la multiplicité
des excavations pratiquées àThèbes; mais Pline raconte un fait plus extraordinaire
que tout le reste. 11 rapporte qu’il a existé une ville suspendue en 1 air ; c étoit
Thèbes d’Égypte. A l’insu des habitans, des armées traversoient la ville par-dessous,
et cependant le fleuve la partageoit en deux ( ÿ ). Sans releguer tout-a-fait ce récit
parmi les fables, il est permis de le regarder comme tenant du merveilleux ; mais
du moins il fait connoître l’opinion qu’avoient les anciens eux-mêmes sur les travaux
innombrables des souterrains de Thèbes. De pareils travaux ont eu lieu dans
le reste de la Thébaïde et dans les montagnes de l’Égypte moyenne ; et c’est ce qui
a fait dire à plusieurs, mais sans nulle preuve, que cette foule de grottes servoit
d’habitation aux anciens Égyptiens. Les pretres, dit-on, y passoient leur vie et s y
livroient à des études secrètes : de là le goût des mystères qui dominoit généralement
en Égypte ; de là l’usage d’une écriture cachée, le voile impénétrable
répandu sur la religion et sur l’histoire du pays, et même, ajoute-t-on, le caractère
mélancolique de la nation. Ce seroit du temps mal employé que de réfuter ces
( 1 ) l i e n 'y " ¡v - y y * r i , / « « ? » ' ™ t t m b f y i g 7 * m - t e u r , s e v o y o i t d ans le so u te r ra in . ( ’'ïe ç e sw s / fK a M i s a t n ,
W r e sw ( P o ly b . H i s t . Iib. X V .) in S a y r u m , P h ilo s tr . O p e r .)
(a) Pansan. Attic. Iib. I, cap. 13. (S) « pensilis hortus, imo vere totum oppiimn
■ (3) Atout alibi angustiæ, et prefunda altitude , nullis sEgyptiat Thiboe, extremis armatos subttr educere solitis
inquirentium spatiis penetrabilis. ( Tacit. Annal, iib. II,) regibus, nulle eppidanerumsentitnte. Etiamnum bec minus
(4) L e reste du passage renferme ia description curieuse mirum, quàm quod flumine medium oppidum interfiuente.
d’un prétendu automate joueur de flûte, qui, suivant l’au- (Piin. JVat. Hist. Iib. x x x v i , cap. 14.) _