
DESCRIPTION GENERALE DE THEBES.
très-nombreuse sur la porte de granit située au sud du palais vers l’avenue de sphinx
à tête de belier et corps de lion. Par tout cette figure est adorée avec les démonstrations
de la crainte et du respect ; on se prosterne devant elle : attitude extrêmement
rare, et dont je n’ai vu d’autre exemple que dans un bas-relief d’Esné, où le
crocodile est représenté recevant cet hommage. Les anciens Egyptiens avoient donc
sur la pudeur des idées différentes des nôtres ï les Égyptiens modernes, et en général
tous les Orientaux, semblent avoir conservé à cet égard les habitudes antiques; ils
attachent peu d’importance à la nudité des organes de la génération; lorsqu ils sont
dans le cas de les nommer, ils le font sans détour et avec une naïveté de langage qui
rappelle la chaste simplicité de celui de la Bible.
Revenons aux peintures des tombeaux des rois qui nous ont donne occasion de
faire ces réflexions. Le tableau gravé dans la planche 84 nous montre un homme
dont la taille est colossale, relativement à toutes les figures qui l’environnent; il est
représenté avec le membre viril en érection, lançant un jet de liqueur séminale :
un petit homme ou embryon tombe avec une portion de la liqueur, et paroît lui
devoir sa naissance. Un autre individu, placé au-dessous d’une rangée de six petites
momies, paroît recevoir la vie d’un jet de liqueur séminale lancé plus loin que
le premier. Ces deux individus, nés de la même semence, sont deux frères. Celui
qui est debout a été produit par l'émission séminale la plus forte : sa taille est plus
grande; ce qui, dans les peintures Égyptiennes, marque toujours une supériorité:
il est sans doute l’aîné. Il est bien difficile d’établir des conjectures plausibles sur
les figures de momies disposées de chaque côté le long de plans inclinés. Si j osois
en hasarder une, je dirois que cette peinture est le tableau généalogique de la dynastie
qui avoit ses sépultures dans la catacombe ; la figure principale seroit le fondateur
de la dynastie. Sa'taille colossale annonce quelque chose de divin. Les familles puissantes
de l’antiquité se plaisoient à attribuer ce caractère aux auteurs de leur race.
Des lignes ponctuées partent de la figure principale, et se dirigent sur les figures
placées derrière elle. Ces lignes expriment la trace de petits globes qui sont le symbole
de la vie, de sorte que toutes les figures de la gauche paroissent avoir puisé
la vie dans une source commune; il en est quatre qui semblent recevoir directement
l’existence de la figure principale : dans les petites momies de la droite, au
contraire, rien ne marque une origine commune. D’après ces données, on peut
supposer que les figures placées à gauche représentent la ligne masculine dont tous
les individus ont dû appartenir à une même race, pendant que les autres représentent
les femmes qui ont pu être prises dans autant de familles différentes : la
différence de sexe que je suppose ici,n’est pas indiquée par le costume; mais il est
à remarquer que les figures de la gauche sont toutes d’une proportion plus forte
que celles de la droite.
Quant aux astérismes que l’on voit dans le champ du tableau, il est bien difficile,
pour ne pas dire impossible, d’en assigner la signification. Peut-être sont-ils
l’expression d’idées astrologiques et ont-ils pour objet de faire connoître les dieux
ou les astres qui présidoient aux destinées de cette famille.
Le tableau de la planche 92 (fig. 1 1 ) a une très-grande analogie avec celui
CHAP. IX. SECT. XI. TOMBEAUX DES ROIS. 4 * 3
que je viens d’examiner ; il y a cependant des différences à remarquer. Les étoiles
y sont plus nombreuses, et l’on n’y voit point de lignes ponctuées qui lient la
figure principale aux petites figures : mais il n’est pas certain que ces lignes ne se
trouvent pas dans l’original. La liqueur séminale ne donne naissance qu’à un seul
embryon. Les petites figures disposées le long des plans inclinés, sur la droite et
sur la gauche, sont alternativement des hommes et des femmes; il y a trois couples
de chaque côté : si c’étoit-là un tableau généalogique, il comprendroit six générations.
Le tableau de la planche 84 indique également six générations : je dois
avouer que cette concordance, loin de confirmer l’explication que j’ai hasardée,
me paroît former contre elle une véritable objection, à moins que les deux- tableaux
ne se rapportent à la même famille ou aux mêmes faits; ce que je n’ai aucun moyen
de décider. Je prie le lecteur de se souvenir que ce n’est qu’avec la plus extrême
défiance que je me suis risqué à proposer quelques conjectures sur le sens de ces
peintures mystérieuses.
Le tableau gravé dans la planche 86 (fig- /■ ") me semble présenter un sens
plus déterminé. Il est composé de trois scènes qui ne diffèrent entre elles que par
quelques signes hiéroglyphiques. La figure principale est un homme dont le corps
est ployé à la hauteur des hanches et renversé en arrière : l’organe génital lance un
jet de semence qui produit un petit homme. La ligne que décrit la liqueur séminale,
est figurée par une suite de globules rouges; des globules semblables partent
de la patte d’un scarabée, et vont se rendre dans la bouche de la grande figure
humaine. Comme la naissance du petit homme rouge est, sans nul doute, le dernier
résultat de toute cette opération, il est constant qu’elle a son commencement
dans le scarabée. Ce tableau exprime donc que le scarabée est la source
première de l’existence que reçoit l’embryon, et que la grande figure à laquelle
cet embryon paroît devoir la vie, n’est qu’un intermédiaire par le moyen duquel
elle lui a été transmise.
D’après plusieurs témoignages historiques, on étoit autorisé à regarder le scarabée
comme l’emblème de la vie et de la régénération (1). Voilà un monument qui
confirme cette opinion ; 011 y voit la peinture vivante des fonctions attribuées
à la figure du scarabée dans l’écriture hiéroglyphique ; on ne pouvoit pas les représenter
d’une manière plus expressive.
Nous devons regretter que le temps n’ait pas permis de copier une plus grande
portion des peintures qui ornent les tombeaux des rois, et d’en faire des recueils
méthodiques. C’est une riche moisson que nous avons laissée à nos successeurs :
si l’on réussit un jour à percer le voile qui couvre les sciences et les institutions
des anciens Égyptiens, ce sera sans doute en étudiant les peintures qui ornent les
catacombes, qu’on y parviendra. On trouve des grottes dans toutes les parties de
l’Égypte; il n’en est aucune qui ne présente de l’intérêt et qui ne puisse fournir
quelque notion importante : cependant les tombeaux des rois tiennent le premier
rang parmi ces monumens ; c’est là que le génie mystérieux des anciens Egyptiens
se montre dans toute sa force ; c’est là que sont le plus fortement empreintes les
(1) Voyez la description des hypogées, par M. Jomard, / . X I I , pag. 3 7 7 etsuiv.