
A cent vingt-huit mètres (i) de ià'se trouve ia porte du nord, pareille à celles de
l’est et du sud : on y arrive par une avenue de sphinx. Ce sont des corps de lion en
repos, avec des têtes de femme. Ils devoient être au nombre de soixante, disposés
sur deux rangées : il n’en reste plus que vingt, parmi lesquels huit seulement sont
assez bien conservés. Ils ont deux mètres (2) de longueur, et sont distans les uns des
autres d’un peu plus d’un mètre (3). On voit encore en quelques endroits les
dalles de pierre dont l’avenue étoit autrefois entièrement pavée. De part et d’autre
existent deux petits édifices en grès (4), qui paroissent avoir été des habitations
particulières. Celui qui est à l’ouest, est divisé en deux appartemens de sept mètres
soixante-dix-neuf centièmes (5 ) de long, et de quatre mètres quatre-vingt-sept centièmes
(6) de large. Celui de l’est, quoiqu’offrant la même étendue, présente un
plus grand nombre de divisions : on peut y remarquer trois petites cellules carrées,
dont les dimensions n’excèdent pas deux mètres (7). La porte du nord n’est pas
aussi élevée que celle de l’est : elle est cependant construite sur de grandes dimensions;
car elle a dix-sept mètres quatre - vingt - quatre centièmes (8) de hauteur,
quatre mètres soixante-quinze centièmes (9) d’ouverture, et huit mètres quarante
centièmes (10) de profondeur. Chacun de ses mon tans a trois mètres vingt
centièmes (1 i).de large. Dans l’endroit où existoit le tourillon de la porte, nous
avons encore fetrouvé un morceau de bois de sycomore ( 12) qui ne paroît pourtant
pas dater d’une haute antiquité. En avant de la face nord, sont deux colosses (13)
debout, en grès siliceux; ils peuvent avoir trois mètres vingt-cinq centièmes (i4)
de proportion. Us sont adossés à une construction qui forme une espèce de porche
au-devant de la porte. Cette dernièfe faisoit partie d’une enceinte particulière en
briques crues, dont on voit encore tout le côté de l’est, et qui va rejoindre celle
des principaux édifices de Karnak.
A trente mètres (15 ), vers le sud, sont les restes de deux obélisques en granit
rouge (16 ), dont la base est un carré de vingt-trois décimètres (17) de côté : ils
paroissent avoir été renfermés à dessein dans des constructions. On trouve en
outre les fondations de quatre rangées de colonnes (18) qui forment une sorte de
péristyle en avant d’un autre pylône. Ce dernier, autant que l’on petit en juger
par ce qui reste de ses fondations, auroit eu quarante mètres (19) de longueur, sur
une largeur de quatre mètres et demi (20). A la suite, on voit les fondations de
quatre rangées de colonnes (21) qui semblent avoir appartenu à une salle hypostyle.
(1) Soixante-cinq toises trois pieds. édifices Égyptiens, a rapporté un échantillon de ce bois.
(2) . Six pieds deux pouces. Le morceau qu’il possède est percé d ’u n e multitude de
(3) Plus de trois pieds. très-gros vers. On y a fiché des clous de fer semblables à
(4) le plan topographique de Karnak,p l. ¡6, A- ceux dont nous nous servons encore aujourd’hui.
vol. I I I . (13) Voyez la. planche 16 , en c, A . vol.. I I I .
(5) Vingt-quatre.pieds. (14) Dix pieds.
(6) Quinze pieds. ■ (15) Quinze toises deux pieds.
(7) Six pieds deux pouces. (16) Voye^ le plan topographique, pl. 16 , en d.
(8) A peu près cinquante-cinq pieds. (17) Sept pieds.
(9) Quatorze pieds sept pouces. (18) Voye^ le*plan topographique, pl. 16 1 en e, A.
(10) Vingt-cinq pieds dix pouces. vol. I I I .
( 1 1 ) Neuf pieds dix pouces. (19) Vingt toises trois pieds.
(12) M . Cou telle, l’un de nos collègues, à qui nous (20) Treize pieds dix pouces.
devons beaucoup d’observations sur la construction des (21) Voyez la planche 16 , en e , A . vol. I I I .
Ce
Ce n’est qù’à travers le désordre des ruines que l’on peut découvrir quelque fchose
dans les formes de cet édifice, qui étoit sans doute un palais d’une assez grande
étendue. A la suite de la salle hypostyle existent les fondations de beaucoup de
petites pièces et de couloirs. Des colonnes, les restes d’un pylône, les fondations
d’une porte un peu plus éloignée vers le sud, annoncent que le palais avoit de ce
côté une entrée qui ne le cédoit point à celle du nord. Tout cet emplacement
est rempli de débris de chapiteaux et de colonnes. On retrouve ici plus de fragmens
de statues de granit noir et rouge, que dans tout le reste des édifices de Karnak!
On y voit même encore un colosse tout entier en granit rouge : la tête séparée
du tronc est assez bien conservée ; le travail en est beau.
A cinq cent cinquante mètres ( i ) du palais de Karnak, au nor.d et à peu près dans
la direction du premier pylône de l’ouest, il existe des débris de colonnes, de murailles
et dé portés (2), qui sont trop enfouis pour qu’on puisse hasarder quelque
opinion sur ce qu’ils ont été autrefois.
§. I I I .
Des Ruines du Sud.
A r t i c l e p r e m i e r .
Des Propylées.
L e palais de Karnak a huit entrées ; savoir, trois au sud, autant vers le nord, une
à l’est, et une autre vers l’ouest. Cette dernière est celle par laquelle nous avons
commencé la description de cet édifice.
De toutes ces entrées, il n’en est pas de plus majestueuse que l’avenue principale
du sud : elle s’annonce avec tout le faste et toute ia pompe qui conviennent
au palais que nous avons décrit. Elle est formée d’une suite de grands et magnifiques
pylônes (3 ), qui tous ont éprouvé des dégradations plus ou moins considérables ;
mais il est facile de les rétablir, par la pensée, dans leur état primitif, et de se figurer
tout ce que peuvent avoir d’imposant de semblables propylées.
La régularité que nous avons remarquée dans la disposition des pylônes qui
forment les distributions intérieures du palais, ne se retrouve pas dans ceux de
l’entrée du sud : ces derniers, au nombre de quatre, sont d’inégales longueurs ; leurs
ouvertures ne se correspondent pas, et ils ne sont point établis sur le même axe.
Il est difficile de pénétrer le motif de tant d’irrégularité ; car, en. admettant même
que ces pylônes aient été bâtis successivement, il étoit si facile, un de ces édifices
étant élevé, d’établir les autres sur le même axe, que l’on ne conçoit pas que les
hommes qui ont donné ailleurs tant de preuves de leur respect pour la symétrie,,
aient pu y manquer dans cette circonstance d’une manière aussi choquante. II est
(1) Deux cent quatre-vingt-deux toises. où se trouvent exprimées et désignées toutes ces ruines.
(2) Voyeç le plan topographique, pl. ¡6 , A . vol. I I I , (3) Voyez la planche , A . vol. I I I .