
L ’altération se manifeste d’abord à la partie supérieure
du bulbe, elle se dessèche et se déprime. En
coupant l ’oignon, on voit que ses tuniques charnues
sont altérées dans leur portion supérieure ; elles sont
molles, leur tissu est réduit en bouillie comme s’il avait
été cu it; il est coloré en brun. Entre les tuniques, et
surtout entre les tuniques extérieures, on voit une moisissure
blanche, grise ou noirâtre, et de plus, dans les
parties supérieures, et les plus altérées de ce bulbe,
de petits sclérotes noirs, arrondis ou allongés, qui peuvent
atteindre la grosseur d’un grain d’orge.
Dans les parties atteintes, on trouve en abondance le
mycélium du parasite dans les espaces intercellulaires,
et aussi entre les tuniques, dans l ’intervalle desquelles
il prend un grand développement et s’étend rapidement.
Dans le cours de l ’hiver, il peut causer la destruction
complète du bulbe qui se dessèche ou se putréfie en
devenant gluant, selon que le milieu où il se trouve est
sec ou humide.
Les fructifications de B o t r y t is se montrent entre les
tuniques, dans les points où en se contractant elles ont
laissé un certain espace. On les voit se développer en
glande quantité, quand on met un oignon malade coupé
par la moitié sous une cloche de verre.
Les hyphes sortant du parenchyme qu’elles ont désorganisé
traversent l ’épiderme, soit dans l’intervalle
des cellules, soit en en perçant les parois; parvenus au
dehors, ils poussent perpendiculairement à l ’épiderme
en augmentant de grosseur, et prennent le caractère
d’un conidiophore de B o t ry t is . M. Sorauer les a rapportés
au B o t ry t is cana. On n’a pas vu les sclérotes de
ce B o t ry t is produire d’apothécies. Ce n’est que par
analogie, qu’on le rapporterait à un S c le ro tin ia .
La maladie des Oignons est bien certainement due
au parasitisme du B o t ry t is . En ensemençant de ses
conidies sur les tuniques charnues de bulbes parfaitement
sains, M. Sorauer les a infectés. Quinze jours
après l’ensemencement des conidies, on voyait apparaître
à la place où les conidies avaient été déposées des
conidiophores de B o t r y t is et déjà des sclérotes commençaient
à s’y former.
Ce B o t r y t is attaque aussi d’après M. Fran k (i) les
feuilles et les parties vertes des Oignons.
Sur les feuilles des T u lip e s un B o t r y t is à conidies
beaucoup plus grosses que celles du B o t ry t is cinerea
produit par de grandes taches molles brunâtres, qui
ressemblent fort à celles qui se forment sur les feuilles
de Vigne, envahies par le B o t ry t is cinerea. Ce B o t r y t is
a reçu de M. Cavara le nom de B o t ry t is p a ra s it ic a ; ses
spores ont de 16 à 20 sur 10 à i 3, tandis que celles du
B o try tis cinerea n’ont guère que 8 à 9 y«, de long sur 6 p.
de large. Il produit de petits sclérotes qui ont été signalés
par Libe rt sous le nom de Sc le ro tium T u lip a e .
Ce B o t ry t is , qui attaque les feuilles vertes des T ulipes,
transporté sur des Oignons de cuisine, ne les, a pas
envahis. L a place que l’on avait tenté d’infecter par le
mycélium du B o t r y t is p a ra s it ic a se sont cicatrisées.
Il n’a pas produit la maladie de l’Oignon, que cause
l’espèce de B o t ry t is que M. Sorauer a rapportée au
Botrytis cana.
Les oignons de Jacinthe sont attaqués d’une maladie
semblable, que l’on a appelée la « Morve noire » ; bien
qu’attaquant aussi d’autres bulbes, tels que ceux des
Scilles et des Crocus, elle est considérée comme différente
de la maladie à sclérotes des Oignons de cuisine,
(i) F ran k , Die Kran khe iten d e r PJlanzen, 2 '"' éd., p. 5o5.
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