
minces sur un plancher, en l’y remuant très fréquemment,
ce qui exige de vastes espaces et des manutentions
embarrassantes.
Avant ces expériences de Mathieu de Dombasle, Béiiédict
Prévost qui avait découvert la nature véritable
de la Carie et observé avec une merveilleuse perspicacité
tous les principaux phénomènes de la germination du
petit parasite, avait reconnu que les sels de cuivre ont
même à un état extrême de dilution, la propriété d’empêcher
les grains de Carie de germer ( i) ; que par
exemple, une dissolution de sulfate de cuivre dans Beau
qui n’en contient qu’un dix millième de son poids suffit
pour ôter à la Carie qu’on y trempe pendant une heure
ou deux, quoique lavée immédiatement après, la faculté
de végéter et il avait démontré par des essais faits sur
des grains de Blécouverts de poussière de Carie et semés
en plein champ la preuve de l ’efficacité du sulfate de
cuivre pourpréserver les Froments de la Carie.
Il décrit de la façon suivante le procédé qu’il recommande
pour désinfecter les semences; on met, dit-il,
dans un cuvier autant de fois 14 litres d’eau que l ’on
a d’hectolitres de Blé à préparer et l’on y fait dissoudre
autant de fois 9 décagrammes de sulfate de cuivre. On
met dans un vase 12 à i 5 décalitres de Blé et l ’on y
verse la dissolution jusqu’à ce qu’elle s’élève à quelques
décimètres au-dessus du Blé. On le remue bien et l’on
enlève soigneusement tout ce qui surnage. Lorsque le
Blé aura demeuré une demi-heure sous l’eau on le puisera
avec une casse (sorte de seau de cuivre à long
manche) et on le versera à mesure dans une corbeille
placée sur des traverses au-dessus du vase et qui laisse
ibrement passer l’eau sans laisser passer le grain. Lors-
(i) Op. cit., p. 58 et ss.
que la corbeille est pleine et que le Blé est suffisamment
écoulé, on le met en tas. Ainsi préparé il est bientôt
assez sec pour être semé.
Mathieu de Dombasle a expérimenté ce procédé et il
en a constaté les excellents effets ; le Blé qui sans traitement
produisait 486 épis cariés sur 1000, après avoir
été plongé pendant une heure dans une solution de
6 hectogrammes de sulfate de cuivre pour 5o litres
d’eau n’en donnait plus que 8 pour mille. Malgré l’ efficacité
qu’il reconnaît, du sulfate de cuivre pour combattre
la Carie, il en repousse cependant l’emploi à cause
surtout, dit-il, du danger qu’offre l’usage d’une substance
aussi vénéneuse, par des hommes aussi peu soigneux
que le sont communément les habitants de la
campagne.
Cette crainte empêcha longtemps d’employer en
Francele remèdeproposé par B. Prévost. De Gasparin(i)
rejette comme dangereux l’emploi du sulfate de cuivre
dont il admet que l’on retrouve des traces dans la génération
suivante des grains. Il le croit très vénéneux,
même à de très faibles doses, bien que Bénédict Prévost
eût établi que l’on peut faire impunément manger des
grains imprégnés de sulfate de cuivre à des poulets; il
en nourrit ainsi un pendant six jours, exclusivement de
grain traité au sulfate de cuivre, sans qu’il en ait été
incommodé.
M. de Dombasle repoussant l’immersion des semences,
soit dans un bain de sulfate de cuivre, soit dans un
lait de chaux, recommanda tout particulièrement 1 emploi
d’un procédé qu’il désigna sous le nom de sulfatage
et qui consistait à humecter d’abord le grain mis en tas
avec une solution de sulfate de soude contenant 8 kilos
( I ) Cours d 'a g r icu ltu re , t . II I , p. 481 , 1848.
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