
Complètement formé, l’Ergot de Seigle est un corps
d’environ 2 à 3 centimètres de longueur sur 2 à 3 millimètres
de largeur, oblong-linéaire ou légèrement fusiforme,
ordinairement trigone à angles obtus, émoussé aux extrémités
et plus ou moins arqué avec un sillon longitudinal
du côté concave. Sa surface, d’un violet foncé le
plus souvent, est quelquefois plus pàle et seulement grisâtre;
elle est raboteuse et souvent fendillée. Intérieurement
il est d’un blanc mat, d’une texture homogène et
compacte; il a à peu près la consistance de la corne,
mais assez fragile.
L ’Ergot du Blé et celui de l’Orge sont plus courts,
plus gros et plus obtus que celui du Seigle.
Ces Ergots sont des sclérotes, c’est-à-dire des tubercules
d’un champignon, qui après être resté un certain temps à
l ’état de vie latente, peut sortir de son engourdissement,
végéter de nouveau, se développer et fructifier sous une
forme différente.
C’est Tulasne (i) qui a le premier montré que l ’Ergot
des céréales est capable d’un développement ultérieur,
quand on le place dans des conditions convenables et
qu’il donne alors naissance à une Hypocréacée à fruit
composé, le Claviceps purpurea.
Les Ergots de la dernière récolte sont seuls capables
de produire des fructifications de Claviceps; ceux de
deux ans ont perdu la propriété de revenir à la vie.
Pour faire naître en culture le Claviceps de l’Ergot, on
peut opérer de la façon suivante : remplir des terrines
de terre de jardin bien criblée jusqu’à 4 centimètres du
bord, recouvrir cette terre d’une légère couche de sable
siliceux fin, y placer les ergots en grand nombre et re-
(I) L . R. Tula sne , Mémoire sur l ’E rg o t des Glumacées. Ann. des sc nat
Bot. 3“ série, t. 20 ( i853).
couvrir les terrines de lames de verre. De rares bassinages
suffisent pour maintenir dans les terrines une
humidité suffisante et on les laisse l’hiver exposees a la
température extérieure.
Des semis faits dans les premiers jours de novembre
commencent à donner des Claviceps dès le mois de Janvier
et continuent à en produire jusqu’au mois de mai,
c’est-à-dire jusqu’au moment de la floraison des Seigles.
Plantés en février en pleine terre, par M. Kühn, des Ergot
de Seigle ont produit leurs premiers Claviceps au
commencement de juin et ont continué à en donner
jusqu’à la fin de juillet. _ , „w . .
Les premiers indices de la végétation de 1 Ergot s
manifestent par la production, à leur surface, en certains
points, de petites fentes qui convergent en etoile C est
la couche corticale qui se rompt pour laisser saillir des
sortes de mamelons formés d’une substance homogene
et blanchâtre. Ces mamelons grossissent; pendant qu i s
se développent, ils excrètent des gouttelettes d un liquide
limpide et en même temps les cellules du tissu intérieur
de l’Ergot perdant leur cohérence, s’amincissent et se v ident
de leur contenu huileux.
Ces corps arrondis, qui grandissent ainsi aux dépens
du sclérote, s’élèvent peu à peu sur une tige cylindrique
d’un diamètre moindre que le leur. Ils se colorent d une
teinte d’abord jaunâtre qui devient ensuite plus ou
moins purpurine. Presque dès son apparition le stipe est
d’une couleur rouge-violette, plus intense a sa base qu a
sa partie supérieure (fig. 203 et 264 A).
La tête globuleuse est séparée du stipe par une sor
de repli circulaire formant sillon; elle atteint, quand elle
est parvenue à son complet développement un diametre
de 3 à 4 millimètres. Le stipe tantôt droit, tantôt plus
ou moins flexueux, a environ 2 millimètres de diametie