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du coq à des corps d’un noir violet qui se produisent à
la place des grains dans l’épi de diverses céréales et tout
spécialement du Seigle. Ces corps allongés et un peu
courbes atteignent une taille bien plus grande que celle
des grains normaux et dépassant de beaucoup les baies,
(fig. 260 A.)
On a depuis longtemps remarqué ces excroissances
sortant du milieu des fleurs du Seigle et, les regardant
comme des grains malades et dégénérés, on a souvent
nommé l’Ergot du Seigle,
Seigle cornu. On en a
connu les propriétés toxiques
et on l’a employé en
médecine bien avant de
soupçonner qu’il n’était
autre chose qu’une forme
d’un champignon parasite
des graminées sur lesquelles
on l’observait.
Les ergots mêlés aux
grains de Seigle ont causé
autrefois en France, à diverses
reprises, dans plusieurs
provinces et particulièrement
en Sologne
.V B
F ig . 2 6 0 . — E r g o t du S e i g l e .
A , E r g o t d a n s u n e f le u r d e S e ig le . — B, S om m e t de
l 'E r g o t d e l a fig . A p lu s g ro s s i ( d ’a p r è s T u la s n e ) .
et dans le Maine, où on ne se nourrissait que de pain de
Seigle, des épidémies terribles.
Dans un mémoire publié par les soins de la Société
royale d’agriculture du Mans en 1770, un médecin de
cette ville, Vétillard, décrit les caractères dumal terrible
produit par le Seigle ergoté, en vue d’engager les habitants
du Maine et particulièrement les meuniers et les
cultivateurs à se bien garder de laisser empoisonner
par de l’ergot la farine dont ils font usage.
Cette maladie essentiellement caractérisée par la gangrène
des extrémités attaque les hommes et les animaux
qui mangent de l’ergot. « L ’ergot, dit Vétillard, a fait
<c périr dans la Sologne sept à huit mille personnes dans
,c un petit espace de temps; » et il cite en particulier un
exemple observé dans le Maine pour montrer quelles
sont les suites épouvantables de la consommation de
l’ergot. C ’est un triste tableau de la vie des paysans de
l’arrondissement de La Flèche à la fin du siècle dernier.
(C Un pauvre homme de Noyen voyant un fermier
« cribler son Seigle lui demanda la permission d’enlever
« le rebut pour faire du pain : le fermier lui représenta
« que ce pain pourrait lui être préjudiciable; mais le be-
û soin l’emporta sur la crainte, le pauvre homme fit
« moudre ces criblures composées d’ergot pour la plus
ff grande partie; il forma du pain de cette farine; dans
« l’espace d’un mois cet infortuné, sa femme et deux de
« ses enfants périrent misérablement; un troisième, qui
cc était à la mamelle et qui avait mangé de la bouillie de
cc cette farine échappa à la mort. Il existe encore, ajoute
<c Vétillard, mais quelle triste existence, sourd, muet et
« privé des deux jambes.
« Un cochon ayant été nourri de ce Seigle ergoté a
(I péri au bout de deux mois après avoir perdu les quatre
« jambes et les deux oreilles. Deux canards nourris
« de Seigle ergoté ont également péri après avoir perdu
« l’usage de leurs jambes. »
Dans ces dernières années, on a signalé une épidémie
de gangrène sèche sur les troupeaux nourris dans les
prairies de l’Amérique du Nord, dont les herbes étaient
couvertes d’ergot.
Les accidents terribles causés par l’ergot si fréquents
jadis sont devenus heureusement fort rares en France,
grâce aux soins plus grands donnés à la culture, à La