
site qui attaque tout d’abord les pétioles des grandes
feuilles complètement développées.
Dans un champ de Betteraves de très belle venue on
voyait, à la fin d’août, les grandes feuilles ^s’abaisser
vers la terre en courbant leur pétiole à peu près comme
si elles étaient fanées, ainsi qu’on le voit si souvent à la
fin d’une journée chaude, où un brillant soleil a causé un
excès de transpiration. Mais elles ne se relevaient pas
pendant la nuit, elles devenaient jaunes, souvent seulement
sur une moitié de leur étendue, et finissaient par se
dessécher plus ou moins complètement. J ’ai pu constater
sur des milliers de plantes que cet abaissement des
feuilles suivi d’un dessèchement partiel ou complet du
limbe est la conséquence d’une altération du long et robuste
pétiole de la feuille qui présente à sa face supérieure
sur une grande partie de sa longueur, souvent
même sur toute son étendue une sorte de grande tache
desséchée, blanchâtre, qui est entourée d’une auréole
brune. Cette vaste tache qui se prolonge parfois au delà
même du pétiole, jusque dans le bas de la nervure médiane
atteint souvent 20 à 25 centimètres de long; elle
correspond à une désorganisation profonde de^ tout le
tissu sous-jacent qui est devenu d’un brun foncé et s est
desséché. La couleur blanc-fauve de la surface est produite
par l’air qui pénètre tout le parenchyme desséché
que recouvre l’épiderme. L ’abaissement de la feuille
vers le sol est dû à l’inégalité de tension des tissus de
la face inférieure du pétiole qui sont demeurés sains et
de ceux de la face supérieure qui sont désorganisés.
Bien souvent l’épiderme qui couvre le tissu mort sur
la tache est crevassé en diverses places et laisse voii, à
travers ses déchirures, le parenchyme tué et bruni.
D’ordinaire, la décomposition pénètre profondément et
atteint les faisceaux fibro-vasculaires dont la couleur
brune signale l’altération qui s’étend au delà de la tache.
La désorganisation se propage en suivant les faisceaux
jusqu’au coeur même de la Betterave; elle envahit les
tissus jeunes du collet voisins du bourgeon terminal et
entraîne ainsi la mort de toutes les feuilles naissantes.
C’est alors qu’on voit se produire le noircissement et le
dessèchement de ces petites feuilles du coeur et qu’elles
se couvrent d’un velouté d’un brun verdâtre, où les
spores en massues retournées de la forme A lte rn a r ia ,
semblables à celles qui ont été figurées sous le nom
de Sporidesmium ou Clasterosporium pu tre fa c ien s se
trouvent mélangées à des conidies de Cladosporium et
de Macrosp orium.
Dans les tissus morts du pétiole s’étend un mycélium
rempli d’un plasma creusé de nombreuses vacuoles; on
le retrouve aussi dans le parenchyme mortifié du collet.
11 fructifie en abondance sur l’épiderme de la tache desséchée
en produisant des pycnides brunâtres qui se distinguent
à l’oeil nu comme de petits points de couleur
foncée semés sur la surface blanche du tissu mort.
Ces pycnides superficielles, à peu près globuleuses et
percées au sommet d’un pore, sont remplies de spores
ovoïdes, incolores, qui, à l ’humidité, sortent par le pore
terminal, agglutinées les unes aux autres en un long fil
muqueux. Ges pycnospores ont environ de 5 à 7 fx de
long sur 3 à 4 [x de-large. Sous cette forme à pycnides, le
champignon a été nommé P h y llo s tic ta ou Phoma tabific
a . C’est le Phoma B e ta e de M. Frank (i).
Parfois le même parasite attaque le limbe de la feuille
et y forme des taches arrondies qui peuvent atteindre
i 5 à 20 millimètres de diamètre et plus. Elles sont d’un
brun pâle avec des lignes concentriques plus foncées où
(1) Frank, Z e ils ch r ift f i i r Rubenzucker-Iiidustrie X L I I , 1892 p. go3 et
Ze ils ch r ift f it ) ' PJlan\cnkrankheitcn, II I, p. go, iSgS.