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ensemencé ces sporidies sur des feuilles de Fève il se
montra, au bout d’une dizaine de Jours, des taches blanchâtres
sur lesquelles apparurent de petites protubérances
portant à leur sommet une gouttelette mucilagineuse
et qui n’étaient autre chose que des æcidioles, puis
bientôt après apparut un Æcidium semblable à celui des
Légumineuses qui avait toujours été considéré jusqu’alors
comme appartenant à un genre n’ayant rien de
commun avec un Uromyces.
Un mois après, des points bruns ou noirâtres se montrèrent
sur les taches où s’étaient développées les Æcidium,
et de Bary y put reconnaître des téleutospores
à'Uromyces associées à un certain nombre de fructifications
à'Uredo. Il put ainsi avoir la preuve cjue toute,
ces formes de fructification : spermaties et spores d'Æ-
cidium, téleutospores à'Uromyces et urédospores, sont
produites par un seul et même mycélium et appartiennent
en réalité à une même espèce d’Uredinée (i).
Ce qui est vrai de V Uromyces l’est également des Puccinia
et des Phragmidium. A maintes reprises, on a
constaté pour plusieurs • espèces de ces genres que le
même mycélium produit successivement, au printemps
I Æcidium, en été VUredo. en automme la téleutospore
qui ne germe qu’au printemps suivant, en donnant un
promycélium et des sporidies qui, ensemencées sur les
leuilles d’une plante saine, y reproduisent des spermogonies
et des Æcidium.
Mais il ja.desÆcidiumcomme celuide l’Épine-Vinette
qui naissent isolées de toute autre forme de Rouille sur
des plantes qui ne portent jamais ni Uredo, ni Puccinie
ni téleutospores d’autres genres.
La Rouille de l’Épine-Vinette présentait un intérêt
(i) De Bary, Veber d ie Ge treiderost, — Annalen d er Landtvirthschiifl
lit den Ko n. Preuss. Staaten, Berlin, t. 45,1865,
C H AM P IG N O N S P A R A S I T E S . 2 2 1
tout particulier; c’était, en effet, une opinion depuis
longtemps répandue en maint pays, que l’Épine-Vinette
produit la Rouille des blés. On cite en France un arrêt du
parlement de Rouen du siècle dernier, prescrivant pour
cette raison d’arracher les buissons d’Épine-Vinette. Cette
opinion bien qu’appuyée par de curieuses expériences
faites de 1 8 1 3 à 18 17 , en Danemark, par un instituteur
nommé Schoeler (i) paraissait trop contraire aux
données scientifiques pour pouvoir être acceptée ; mais
quand M. de Bary eut démontré l’identité spécifique de
plusieurs Æcidium avec des Uredo et des Uromyces
ou des Puccinies, l’impossibilité de comprendre comment
l’ Épine-Vinette peut causer la Rouille des blés
n’existait plus, on pouvait supposer que la Rouille
de l’Épine-Vinette qui est un Æcidium, se développait
sur les céréales sous une autre forme; de Bary en fit
l’expérience iff). Semant au printemps sur les feuilles de
l’Épine-Vinette, les sporidies nées sur le promycélium
du Puccinia graminis, il les vit y pénétrer en perçant
l’épiderme de leur tube de germination et s’y transformer
en un mycéliumdont la présence dans letissu se traduisit
bientôt par la production de taches saillantes qui se couvrirent
d’abord de spermogonies; bientôt après apparurent
les conceptacles de VÆcidium Berberidis. Il fournit
peu après la contre-épreuve de cette première expérience
en semant des spores mûres de VÆcidium de
l’Épine-Vinette sur des jeunes plants de Seigle au printemps.
Au bout de dix jours, sur les places ensemencées,
apparaissaient des touffes orangées de VUredo qui correspond
au Puccinia graminis.
Il était donc absolument démontré que l’ancienne
( 0 Rapportées par PXosnùgXA,Monograph o f the B ritish Ured in ea e .p . 53.
(2) De Bary, Nouvelles observations sur les Urédinées .Ann. des Sc. Nat.
série V,X. 5, p. 162.
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