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être réalisée dès 1888 à Aiguillon au confluent du Lot
et de la Garonne dans un petit vignoble fort dévasté par
le B la c k -R o t en 1887, l’année même où la présence
du B la c k -R o t dans la vallée de la Garonne était constatée.
Dès 1887, tandis que les grappes desséchées et noircies
pendaient encore aux ceps, on nota exactement sur
un plan tous les pieds fortement atteints par la maladie.
Le foyer du mal se trouvait ainsi bien déterminé. Des
rangées de Vignes passant par ce point, les unes furent
traitées à plusieurs reprises par de la bouillie bordelaise,
d’autres laissées sans traitement.
A la fin du mois de mai apparurent quelques taches
pouvant être attribuées au Black-Rot, le 8 juin les premières
pycnides se montraient sur les taches.
Au dehors du lieu d’expérience, le B la c k -R o t se développa
avec intensité et de nouveaux foyers se montraient
autour d’Aiguillon dans des Vignes entièrement indemnes
l ’année précédente. L ’essai de traitement se faisait donc
dans des conditions démonstratives. A la fin de juin,
à la suite d’une série d’orages, par une température
chaude et humide, la maladie faisant de grands progrès,
on renouvela le traitement; puis, au commencement de
juillet, on donna encore un troisième traitement. Le
16 juillet, les progrès du mal étaient effrayants; sur les
pieds non traités la récolte était anéantie. Du 12 au
20 juillet, le B la c k -R o t avait achevé son oeuvre de destruction.
Le 2 5 juillet, on relevait exactement le nombre des
raisins demeurés sains ou atteints plus ou moins fortement
sur chaque pied de chacune des rangées traitées
ou non traitées. Sur les rangées non traitées, le nombre
total des grappes attaquées était de g 5, 97, 99 pour 1 00,
c’était la destruction complète; sur les rangées traitées
par la bouillie, le nombre des grappes atteintes était seulement
de 14, 22 et 24 pour 100. Encore convient-il
d’ajouter que presque toutes n’étaient que faiblement
attaquées.
Il était donc établi dès 1888, la seconde année après la
découverte du B la c k -R o t à Ganges, à un moment où la
maladie apportée d’Amérique n’occupait encore qu’un
certain nombre de foyers isolés et commençait seulement
à envahir le vignoble français, que les traitements
au cuivre et particulièrement à la bouillie bordelaise
pouvaient permettre de combattre le B la c k -R o t .
Une grande publicité fut donnée aux résultats établis
par cette expérience d’Aiguillon. Dans les départements
viticoles les plus importants, les cultivateurs fort effayés
des dangers de l’extension de la nouvelle maladie et habitués
déjà à se préserver du Mildiou par 1 emploi des
sels de cuivre, mirent un grand zèle à traiter les foyers
d’infection signalés çà et là en bien des points ; dans
l’Aveyron, dans le Lot, dans la Gharente, dans la Gironde,
dans les Landes, etc. et le fléau y fut en grande
partie conjuré. Il n’a pas fait en général en France les
progrès qu’on pouvait redouter, mais malheureusement,
dans des départements appauvris par le Phylloxéra
comme dans le département du Gers et où l’on
a négligé de faire ces traitements nécessaires, la maladie
a pris une terrible extension et elle a fait en 1895 des
ravages effrayants.
Partout où on a laissé le redoutable parasite se multiplier
sans obstacle pendant plusieurs années, il s’est à
tel point répandu que les traitements doivent être répétés
un plus grand nombre de fois et n assurent pas une
protection aussi complète que celle que l’on a obtenue
dans les vignobles soigneusement traités dès la première
apparition du mal.