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1 ^ 4 D E S C R I P T I O N DE S MAMMI F ERES
8 . R O U S S E T T E D É G Y P T E . PTEROPUS AIGYPTJACUS.
LES sept genres cle chauve-souris dont je viens de traiter, c omp o s e n t , À
quelques égards, un seul et même grand genre : toutes ces chauve-souris ont l'estomac
, les intestins, tous Jes viscères abdominaux et les dents molaires conformc^
de même ; toutes aussi se nourrissent d'insectes.
Il est, en outre, d'autres raisons de les c omp r e n d r e , c omme je l'ai déjà fait,
sous le n om de chauve-souris hisccùvores. Aux organes de la digestion correspondent
ordina i r ement ceux de la l o c omo t i o n ; e t , en effet, ce qui est ailleurs
dans une corrélation si bien suivie, qu'il ne survient point de modifications d'un
côté qu'elles ne soient c omme par cont r e - coup éprouvées de l'autre, ne sauroit
manquer d'avoir son application dans le cas qui nous o c c u p e , puisque les chauvesouris
seroient envain dé t e rminé e s , par leur organisation, à vivre de p r o i e , si
elles n avoient les moyens de la poui-suivre et de la gagner de vitesse dans les
régions atmosphériques.
Or , c'est précisément ce que nous allons trouver.
Nous avons Lien constaté quelques différences dans les principaux organes du
mouvement, principalement dans l'aile, en traitant séparément des genres dont
se compos e le groupe des chauve-souris insectivores; mais si l'on y a fait attention
, on a vu que ces différences ne p o r t e n t que sur les paities extrêmes de
l'aile, et sont de peu d'importance.
A u cont r a i r e , l'aile considérée de plus haut et dans ce qui lui est tout-à-fait
essentiel, est c o n f o rmé e , chez toutes les chauve-souris qui vivent d'insectes,
d'une mani è re u n i f o rme , et tout e p r o p r e à leur procur e r une extrême vitesse dans
le vol.
Sa paitie humérale ne repose pas sur le t ronc c omme dans la plupart des mammifères
; mais, c omme dans ceux qui fouillent, ou plus généralement dans ceux qui
font un continuel et violent usage des extrémités antérieures, elle pr end naissance
vers la moitié du cou. Comme en même t emps la tête de l'humérus ne sauroif
abandonner son lieu ordinaire d'articulation, c'est-à-dire, la cavité que lui forment
l'omoplate et la clavicule à leur r encont r e , il arrive que ces pièces, chargées de
supporter l 'humé rus , sont agrandies hors de toute p r o p o r t i o n , et en quantité
suifisante p o u r q u e , sans quitter leur station ordinaire sur le t r o n c , elles fournissent
à leur autre extrémité, vers la ligne des vertèbres cervicales, les moyen»
d'articulation qu'en exige l'humérus.
Il résulte de cet accroissement des os de l'épaule, que les muscles qui en
forment le r evê t ement sont beaucoup plus amples et plus for t s , et ce sont précisément
ceux qui me u v e n t l'aile ; que l'insertion au-delà et en avant du tronc
change l'équilibre de toutes les parties du corps à l'égard de l'axe autour duquel
se font tous les efforts du vol ; et qu'enfin cette modification a son influence sur
le por t des chauve-souris, laquelle se manifeste, en ce qu'elles semblent privées
cle cou et paroissent avoir la tête soutenue pai- les épaules.
QUI SE T R O U V E N T EN EGYP T E .
Celles-ci, plus longues et plus reniTées, laissent entre elles un vide qui est
rempli par une masse d'apparence graisseuse, dont il reste à dé t e rmine r la nature,
et qu'on peut , en attendant, considérer c omme un barrage de consistance d o u c e
et molle qui prévient le t rop grand r approchement des épaules.
C'est, enfin, dans toutes ces chauve-souris qu'on trouve le de rme déve loppé
en excès aux abords des organes des sens, et disposé à se prolonger sur toutes les
parties qui ont de la saillie en dehors.
Telles ne sont p o i n t , au cont r a i r e , les chauve-souris qui se nourrissent de
fruits, les roussettes et les céphalotes.
Leur tête existe à l'extrémité d'un cou tout-à-fait visible ; c'est qu'alors les
épaules ne dépassent point le t ronc , que les clavicules s'étendent à-peu-près droites
d'un côté à l'autre, et que les omoplates sont plus cour t e s ; d'oià il résulte aussi
que les muscles pectoraux et les grands dorsaux sont moins grands et moins
épais.
Ces chauve-souris, à qui il ne faut que se ¡)orter sur tous les arbres où elles
trouvent à vivre, n'éprouvent pas le besoin d'un vol aussi rapide que celles qui
ont à poursuivre leur proie dans les airs : cette diminut ion de leurs moyens , à cet
égard, se manifeste en outre dans le reste de leur organisation.
Leurs ailes ont moins d'envergure et sur-tout moins de largeur : elles ne se prolongent
pas au-delà des cuisses pour s'y réunir en membr ane caudale ; quelques
traces de cette membr ane mont r en t les vestiges d'une organisation plus développée
ailleurs.
Le nez est toujours sans complication ; et les oreilles sont privées, non-seulement
d'une grande é t endue , mais encor e de l'oreille interne ou de l'oreillon.
A voir ces chauve-souris sans leurs ailes, on les croiroit des singes : leurs
dents, particulièrement les incisives, qui ressemblent à celles de l 'homme et des
orangs pour le nombr e , la position et la f o n n e , fournissent sur-tout cette indication.
Les roussettes ou manquent de queue ou n'en o n t qu'une ext r êmement courte.
Leur tête longue et régulièrement conique leur a fait trouver de la ressemblance
avec quelques carnassiers ; d'où le n om de chien-volant que leur a d o n n é Seba.
Tels sont les caractères qui font de ces chauve-souris une famille parfaitement
naturelle.
J en ai décrit, dans les Annales du Mu s é um, onze espèces, toutes des pays
chauds de l'ancien continent.
Celles qu'on trouve à Madagascar, à l'Ile de France et dans les Inde s , où elles
sont réputées c omme un mets délicat, et ont reçu un n om générique différent des
chauve-souris qui vivent d'insectes, n'avoient point échappé aux Européens qui
ont visité ces contrées , parce qu'outre ces raisons de les distinguer, elles se f o n t
remarquer par une taille presque gigantesque.
La roussette d'Ég) p t e , eu égard à sa taille, tient le milieu entre toutes les
roussettes connues : mesurée du bout du museau à l'anus, elle por te quatorze
centimètres, et son envergure cinquante-six. Elle a une petite queue entièrement