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principal suppor t , sont d'aut ant plus grcies et déliées qu'elles acquièrent u n e pluj
grande longueur. Elles fourni s s ent , sous ce r a p p o r t , un nouve l exemple de ce
qu'on t r ouv e par-tout ailleurs chez les animaux, où un organe n'acquiert jamaii
d e dimens ion exagérée dans un sens, que ce ne soit à ses propr e s dépens dans
u n autre.
Q u ' o n se figure la ma in d'un singe, d o n t les parties solides auroi ent passé à une
filière et s ' c c ane roi ent du cai-pe, c omme les rayons d'un s egment de Cercle, et
l'on aura u n e idée ne t t e de la cons t ruc t ion d ' u ne ma in de chauve-souris.
L e p o u c e seul n' éprouve pas les même s modi f i c a t ions ; il reste c o u r t , dégagé
d e tout e ent r ave , et susceptible de mo u v eme n s t r è s -va r i é s : tel est encore le
p o u c e des singes. C omme il n'est pas employé en organe du vol , qu'il conserve sa
fonction ordina i r e , et qu'il est et reste doigt quant à l'usage, il est ma int en u dam
toute son int égr i t é , c'est-à-dire qu'il reste p o u r v u de sa de rni è r e pha l ange et de
son ongle.
Les quatre autres doigt s , au cont r a i r e , que leur longueur déme sur é e change
e n instrumens du vol , passant à un emploi é t r a n g e r , ne sont plus susceptibles de
leur service habi tue l , dès que c'est en se t o u rme n t a n t et se fatiguant beaucoup
que parfois les chauve-souris pa rvi ennent seulement à s'en servir p o u r se traîner !
sur un plan horizontal ou pour tenir leurs petits embrassés. •
Une autre anoma l i e r e n d , en o u t r e , ces quatre doigts dignes d' a t t ent ion ;
n'existent plus en leur ent i er : ce ne sont plus que des doigts sans ongle. Et
chose r ema rquabl e , c omme si la phalange qui les t e rmine et qui se mo n t r e par-tou!
ailleurs avec une f o rme calquée sur celle de l'ongle, en devoi t suivre toutes le.
conditions, elle ma n q u e là o ù l'ongle a disparu. Aus s i , si le n om de phalange ongucale
n'avoit pas été déjà d o n n é à cette partie de la ma i n , seroit-ce le cas deie«
créer, p o u r rappeler une subordination aussi constante. *
Les longues phalanges des chauve-souris ne sont à leur aile que ce que sont
les baguettes d'un pa r a chut e à l'ensemble de cet i n s t r ume n t , c'est-à-dire des sup
ports destinés à fixer u n e étoffe qui puisse résister à l'air. Celle-ci ne ma n q u e pa-î
dans les chauve - sour i s ; elle est produi t e par un p r o l o n g eme n t de la peau dciM
flancs : le dos et le vent r e fournissent cha cun leur feuillet; ce d o n t on s'est assurtp
en séparant en deux couche s semblables l'épaisseur de la memb r a n e des aile-,
T o u t e f o i s , malgré que cette memb r a n e soit f o rmé e de deux peaux accolées l'uw
à l'autre, elle ne se manifeste à nou s que sous l'apparence d'un réseau mince,
transparent et léger. Ai n s i , de même que les os de la ma in ne se sont alongii ••
qu'en d imi n u a n t d'épaisseur, de même aussi, le système tégumentaire ne s'est étendu
autant sur les flancs qu'en s'amincissant dans u n e égale p r o p o r t i o n . O r , il estàj
remarquer que ce qui est ici l'effet d'une loi générale de l'organisation, compicte
merveilleusement les nioyens de vol des chauve-souris, puisque des os plus com §
pacts et u n e memb r a n e plus épaisse et plus dens e , sur-tout à une aussi grande
distance de la for c e mo t r i c e , eussent ajouté au corps de ces animaux un poidi
que tous leurs efforts ne seroient sans d o u t e pas pa rvenus à vaincre.
Cette analyse de l'aile de la chauve-souris, en nous mo n t r a n t un bras et unt
QUI SE T R O U V E N T EN E G Y P T E . I O 3
main de mammi f è r e , d o n t le mé t a c a rpe et les phalanges s on t unis p a r des
membranes, suffit p o u r établir que non- s eul ement l'aile de la chauve-souris n'est
nullement comparable à l'aile d'un oiseau, mais de plus que p o u r bien c o n c e v o i r
ses étranges anomalies, il convi ent de s'attacher à la considération des extrémités
les plus f avor abl ement disposées pom- saisir, et les plus p r o f o n d éme n t divisées.
Or les mammi f è r e s aux digitations les plus p r o f o n d e s , sont les quadrumane s .
En r e t rouvant les chauve-souris plus voisines en cela de ce g r o u p e que d' aucun
autre de la classe des mammi f è r e s , nous s omme s d o n c r amené s p a r cette considération
à r e connoi t r e que Li nnéu s avoit bien jugé de leurs affinités.
Nous somme s encor e mieux condui t s à cette cons équenc e p a r l'examen des
autres traits qui les distinguent.
Ayant plus haut indiqué les caractères ana tomique s et p r o f o n d s qui leur s ont
communs avec tous les animaux à mame l l e s , nous ne p o u v o n s plus p o r t e r n o t r e
attention que sur leurs autres caractères qui les me t t e n t en c ommu n i c a t i o n avec
les choses de leur mo n d e extérieur. Ce s caractères du deuxi ème o r d r e , nous
allons les examiner :
Les mamelles.
Plus nous nous éloignons du g r o u p e des quadrumane s qui o n t leurs glandes
mammaires situées sur le thorax , plus nou s voyons ces glandes r ede s c endr e
de la poi t r ine à l'abdomen. Le u r d é p l a c eme n t , soit qu'elles se distribuent sur
tout le t r o n c , c omme dans les carnassiers, soit que l l e s se r e p o r t e n t tout-à-fait
en arrière, c omme dans ies r umi n a n s , fourni t un caractère d'une assez gr ande
valeur. O r , toutes les chauve-souris, à l'exception des r h i n o l o p h e s , o n t exactement
leurs mamelles semblables à celles des quadrumane s p o u r le n omb r e et
la position.
2.® Le s organes de la génération.
Les chauve-souris ne sont e n c o r e , sous ce r a p p o r t , comparable s qu'aux quadrumanes
; leur penis est de même gi-os, r ama s s é , visible a u - d e h o r s , p e n d a n t
sur les testicules et assez cour t p o u r se passer d'os s e l e t , d o n t il n'y a de pr ivé s
que l ' h omme , ies quadrumane s et les chauve-souris. S'il falloir suivre les r a p p o r t s
de ces êtres jusque dans la c o n f o rmi t é de leurs haljitudes, nou s ve r r ions e n c o r e
les chauve-souris ressembler aux quadrumane s pai- des inspirations d é s o r d o n n é e s
et l'entramement d'une brutalité r évol t ante : j'ai en effet r a p p o r t é , d'après M. Ro c h
(Annales du Mu s é um, torn. VU, pag. 22j), u n e observation qui p r o u v e que ies
chauve-souris s ' adonnent de même , en dome s t i c i t é , à user seules des organes de
la génération.
3." Le s dents.
C e caractère est décisif, et semble indique r qu'à l'exception des bras, c'est
le type des quadrumanes que la chauve - souris r e p r o d u i t ; c a r , sans c e l a , c omment
conc evoi r cette exacte r épé t i t ion des forme s dans des parties aussi compl i -
quées et aussi peu essentielles à la vie que le sont les dent s incisives! Ce p e n d a n t
les roussettes o n t ces dents c omme les singes, et les vespertilions c omme les
makis : les molaires sont dans les même s r a p p o r t s , c ' e s t - à - d i r e , f o rmé e s d a n .
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