
• j ' v D E S C R I P T I O N M I N E R A L O C I Q U F .
§. HI .
Des fontaines d'el-Haoueh à Lambâgeh.
CES fontaines, dont l'eau est assez pure, consistent en une douzaine tie trous DE
peu de profondeur, pratiqués dans les angles de la vallée, et en quelques crevasse
que présente naturellement le rocher. Unelieueplus loin, on en trouve encore de
semblables, mais moins nombreuses.
Les diverses sortes de schistes déjà décrites se continuent fort loin dans l'espace
qui nous reste à parcourir ; il s'en présente aussi de nouvelles. Pour éviter clo
détails fastidieux, j'en indiquerai une seule qui s'éloigne plus que les autres du
caractère des précédentes. Elle peut être rangée dans la classe des schistes tegii
laires, c'est-à-dire susceptibles d'être divisés en lames assez étendues et de peu
d'épaisseur. Elle dilEre des ardoises, dont elle offre l'aspect et la couleur, en ce
qu'elle a moins de solidité, paroît plus argileuse, a le grain plus grossier, le ton
cher moins onctueux, et ne seroit pas susceptible de fournir des feuillets à-la-foii
aussi minces et aussi étendus.
Les chaînes schisteuses sont souvent interrompues par des substances de nature
différente, dont nous allons faire connoître les principales.
La première est une roche particulière qui se rapproche beaucoup, pour l'aspect,
de la variété de pétrosilex, appelée par Saussure pctnsiltx judkn ; mais elle pareil
moins magnésienne. Quoique fort compacte, elle ne donne, par le choc du
briquet, que des étincelles rares : son toucher est doux et lisse sans être onctuem;
sa couleur est d'un assez beau vert dans les surfaces anciennes; les cassures fraicliei
sont d'un vert tournant au bleuâtre. Elle donne au chalumeau, comme le pétrosilei,
un émail blanc, quelquefois cependant d'un blanc sale ou un peu verdàtre. Ces
masses se délitent en fragmens prismatiques irréguliers, très-alongés, et sans apparence
de couches.
La seconde se rapproche du trapp par sa couleur sombre et par l'émail noi;
qu'elle donne au chalumeau : comme lui, elle étincelle très-viveinent au briqua;
mais sa contexture est plus écailleuse, son toucher beaucoup plus âpre et pi®,
rude.
La troisième est une roche stéatiteuse, assez tendre, feuilletée irrégulièremcn:
à la manière de certains schistes ou de certains gneiss : sa poussière est blanche el
onctueuse; la couleur de la masse est d'un vert pâle. On y remarque en beaucoii[
d'endroits des points brillans, qu'on reconnoît à la loupe pour de petits cristani
de fer oxidulé; leur forme, difficile à saisir, paroît être l'octaèdre régulier, if
mêmes cristaux se retrouvent aussi dans quelques-uns des schistes qui contienne«
des fragmens roulés ; ce qui me paroît contrarier les remarques faites jusqu'ici su
leur gisement. a
Ainsi se continue long-temps la vallée, présentant toujours les substances <|« f
viennent d'être décrites, mais offrant dans leurs nuances une diversité très-pitioresque
: elle ne laisse voir de changement bien prononce qu'à trois lieues de Qoçc}i
D E LA V A L L E E DE Q O Ç E Y R . 9 î
Là, elle s'élargit tout-à-coup considérablement, et les montagnes qu'on aperçoit
au loin ont une autre nature et une autre disposition. Une grande partie sont
gypseuses ou calcaires; leurs couclies, toutes bien apj)arentes et très-régulières,
sont quelquefois horizontales, mais très-souvent inclinées du nord au sud, et rarement
dans d'autres sens : fait qui n'a d'importance qu'en ce qu'il peut concourir
à faire juger quelques opinions énoncées sur la formation de la vallée et dont
nous parlerons ailleurs.
Les premières couches calcaires qu'on atteint au nord de la route ont éprouve
un renversement qui les a fait avancer hors de la cliaîne dont elles faisoient autrefois
partie. Elles sont formées par l'accumulation de gi-andes coquilles bivalves fossiles,
de huit à onze centimètres [trois à quatre pouces] de longueur, très-bien conservées.
Ces coquilles, désignées en minéralogie par le terme assez vague ostradtcs,
sont connues des zoologistes sous le nom plus précis à'ostrea diluv'uina. Elles sont si
abondantes dans ces couches, qu'il n'y existe d'autre matière qu'une terre argileuse
qui paroît s'être introduite postérieurement à leur accumulation dans les interstices
qu'elles laissoient entre elles.
Vers le sud, de hautes montagnes de pierre calcaire compacte, à couches
horizontales, reposent immédiatement sur le granit : elles sont coupées à pic, et
remplies de silex disposés avec une certaine régularité.
On retrouve plus loin, parmi les montagnes calcaires, de nouveaux schistes, et
diverses roches dont quelques-unes peuvent être regardées comme des porphyres
peu prononcés. Leur base est le plus souvent d'une couleur grisâtre, ou tirant sur
le brun. Les grains de feldspath cristallisé y sont si rares, que souvent des blocs
d'un volume considérable en sont tout-à-fait exempts : aussi, par le nom donné à
ces roches, n'avons-nous voulu qu'indiquer leur tendance à l'état porphyritique.
Ce mélange singulier de montagnes de nature et d'époques nécessairement si
différentes, qui se succèdent brusquement et sans être liées par des passages gradués,
est un fait ( i ) géologique digne de remarque. Il peut servir à prouver qu'entre
chacune des époques où se sont formés les terrains de différentes sortes, il s'est
écoulé de longs intervalles, pendant lesquels agissoient des causes analogues à
celles qui font effort journellement pour modifier la surface actuelle du globe.
Le sol de la vallée, ici comme dans les endroits précédemment décrits, est couvert
(i) Il se trouveroit expliqué (que l'on me permette une
supposition), en concevant ce terrain, composé actuellement
de substances si peu analogues, originairement uni
sans coupures, et formé des seules substances qui paroissent
les plus anciennes. De nombreuses vallées auront
été ouvertes par Its causes qui les produisent encore aujourd'hui;
et si l'on suppose que dans cet état leur sol
ait été recouvert par les eaux, o u , pour n'entrer dans
aucune supposition systématique particulière, qu'il ait été
soumis à l'action des causes qui ont produit successivement
les pouddings à fragmens antiques, les schistes, les
terrains calcaires, gypseux, &c. alors les excavations ou
vallées qu'il renfêrmoit auront dû toutes être remplies par
ces matières de formation de plus en plus récente.
On concevra aisément qu'ouvert ainsi à phisii'urs
reprises par des vallées nouvelles, et rempli à chacune par
une seule de ces matières, ce terrain sera redevenii autant
de fois un plateau continu, mais chaque fois composé
de substances de plus en plus nombreuses, lout-à-fait
étrangères les unes aux autres, et sans liaison entre elles.
Traversé enfin par les vallées actuelles, dont les directions
se croiseront avec celles des anciennes, il devra
nécessairement otliir à l'oeil de qui les parcourra, ces
alternatives brusques et fréquentes de montagnes de nature
et d'époques si diverses, remarquées en ctfs Keu*.
Peut-être ce que nous donnons comme une supposition,
eût pu se déduire comme conséquence nécessaire des
observations déjà rapporiét;s; mais notre but étoit moins
d'expliquer fe fait que de fournir un moyen facile de se le
représenter avec les circonstances qui l'accompagnent.
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