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à des mesures analogues ck l'autre, dans le rapport exact de 9 à 10. On conçoit
d'après cela, que tous les monumens Egyptiens doivent se trouver divisibles d'une
manière exacte et en nombres ronds par plusieurs des mesures Oi)nipi(|ues; cause
séduisante de méprise sur la valeur des mesures Égyptiennes.
Ces observations se trouveront déjà développées dans la partie suivante : il
siiffisoit d'indiquer ici comment nous avons été conduits à ces recherches, où plusieurs
autres questions relatives à la constitution physique de l'Egypte mènent ausà
L a longueur de l'ancienne coudée Ni lome t r ique , r e connue, fournit le moyen
d'expliquer tous les témoignages des anciens, et de résoudre les difficultés touchant
l'invariabilité des termes des crues effectives et la quantité de rexhaussement
du sol. Comme ces explications seroient purement archéologiques, je les renvoie
au travail spécial sur ce sujet. Ce s éclaircissemens suffisent pour les questions que
je vais continuer d'examiner.
§. I V .
Observations sur la Colonne graduée du Meqyâs.
L e s plus grandes crues effectives (à part certains cas extraordinaires) étant
d'environ seize coudées, on peut en conclure quelle étoit originairement la situation
de la colonne par rapport aux basses eaux. Af in qu'elle indiquât le premier
mouvement de la crue, son pied, ou le bas de la première graduation, ne dcvoit
pas se trouver au-dessus de ce niveau : mais il ne pouvoi t pas non plus être inférieur
d'une demi -coudée; car la colonne n'eût plus été assez longue alors pour
mesurer comj î lètement les grandes inondations. La supposer insuifisante pour
cela dès son origine, seroit une sorte d'absurdité, puisque tel ctoit son objet
essentiel. Ceux qui ont construit le Meqyâs , n'ont p u , par ignorance, faire une
faute aussi grossière : les Egyptiens, à cette époque, ou les Arabes qui gou\ernoient
l 'Egjpte, étoient le peuple le plus instruit de la terre dans les arts de coiutruction
comme dans les sciences exactes.
Mais on demandera s'il est aussi certain que la colonne n'ait jamais été remplacée
pendant les dix siècles écoulés depuis la fondation du Meqyâs. li suffit de
connoître le monument pour s'apercevoir qu'aucun changement essentiel n'a pu
avoir lieu (i). Cet te question , au surplus, doit être très-approfondie dans les
(i) D'abord l'histoire du monument se trouve tracée
dans les inscriptions Koufiques (iijq\ii décorent ses murailles
, et il n'y est parlé d'aucun changement dans la
colon ne, opération trop importante cependant pour qu'on
eût omis dt; l'indiquer, et queie calife qui l'eût ordonnée
ne s'en fòt point fait honneur. Certains caractères de
vétusté, et les précautions prises pour la conservation
dt cette colonne, telles qu'un large anneau de cuivre
qui l'enveloppe vers son milieu et la fortifie contre une
fvlure , indiquent assez le soin , pour ainsi dire religieux,
que l'on a misa ne pas la renouveler.
Ce reno\ivelIement d'ailleurs seroit indifTérent pour
(m} /'>;>•'•; l'inierprtiiiicin de ccj inicripli«-is par M. Minci.
notre sujet, à moins que le sol sur lequel la coloniic repose
n'eût été refait et placé à un niveau dill'ércnt; mais
il est évident que ce sol est de même amiquité que les
murs qui portent les inscriptions, et que le reste (les
constructions. Supposons, pour un moment, que l'oneili
substitué à l'ancienne colonne une autre colonne de mcme
dimension : posant sur le même sol, ce changement, fort
inutile en soi, n'auroit aucune iiiHuence sur k'S conséquences
que l'on peut tirer du monument relativement à
l'exhaussement du sol; plus courte, le remplacement
eiit été fort ridicule, puisque le motif de rcnonveler la
colonnp n'auroit pu être que l'impossibilité de mesuret
ccrili
DE L ' É C Y P T E . 11.' PARTJe.
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écrits que put l iciont plusieurs Je nos collègues ( i ). Je suis convaincu qu'il ne
peut y avoir aucun dissentiment sur ce point.
La colonne Niiometritiue n'a point varie de position depuis sa fondation.
CoiivenaUe alors à son objet, elle le seroit encore aujourd'iiui, si le sol de l'Egypte
Elit conservé le même niveau ; son exhaussement continuel a seul apporté du
clmiigement dans cet état de choses.
l.orsriue la plaine voisine, par l'effet répété des dépôts annuels, s'est exhaussée
(l'une coudée, le lit du Heuve, le niveau des basses eaux, se sont donc élevés
d'une coudée, et la colonne Nilometrique s'est trouvée inférieure d'autant aux
ksses eaux, qui ne descendirent plus, depuis cette époque, au-dessous de la seconde
graduation, tandis que les grandes inondations ont dès-lors surinonte d une cotidée
la graduation siqîérieure. Ce changement n'a pas cesse de s'accroître jusqu'au
moment actuel, où le niveau des eaux ne descend jamais au-dessous de la troisième
coudée {il se tient même toujours quelques doigts au-dessus), tandis que
les grandes crues dépassent de deux à trois coudées le sominet de la colonne ,
ou la seizième graduation. Qu'on ne s'étonne pas que les Égyptiens se soient
contentes d'un instrument devenu si imparfait : ce changement s'étant opéré
d'tine manière insensible, ils n'en ont pas la plus légère idée, et sont dans la ferme
persuasion <|ue les choses ont été de même (2) depuis l'origine du monument .
Il n'y a qu'un demi-siècle que l ' inconvénient , toujours plus grave, les a forcés
(l'ajouter un prolongeJTient à la colonne Nilométrique (3).
§. V.
Suite des Témoignages des Auteurs, depuis la fondation du Meqyâs jusqu'à
nos Jours.
TROISJllME PÉRIODE.
Dix'ihnc Siede.
Au milieu du x . ' siècle, lorsque la crue dcpassoit de quelques doigts quinze
coudées, la récolte suffisoit aux besoins de l'Égypte. On ne payoit cependant
les grandes crues ; plus longue, ce se:
l'inconvénient déjà indiqué, et supposer que l'a
colonne n'a jamais eu la hauteur nécessaire f
coraplctemtnt la crue du Nil ; ce qui s
non-seulemeni à toutes les vraisemblances,
sui données historiques qu'on a sur les Nilonictres
fn général,
(') Notamment M. Le Père et M. Marcel.
(2) C'est même ce qu'a déclaré positivement le gardien
du JVleqjâs (voyi:^ le Mémoire de M. Le Pére sur
leMeqjâs.Arut/c Lg)¡'tienne); mais,quoique cet emploi
»¡^depuis long-temps, héréditaire dans la famille de ce
Swdien.son témoignage nesaiiroit être d'un grand poids
//. N. TOME II.
de trouver un vieillardquisoit en état
d'indiquer son âge, à dix ans pris, Tout ce que l'on peut
conclure delà, c'est que leclieykh actuel du Meqyâs, nison
père, ni peut-être son aieui, n'ont vu les eaux au-dessous
de la troisième coudée ; et cela est très-crojable, puisque
maintenant elles se tiennent constamment à quelques
doigts au-dessus.
(3) Sur ce long pilier octogonal, d'une égale épaisseur
dans toute sa hauteur, ils ont placé un chapiteau d'ordre
Corinthien ; et comme, par l'efF. t de l'exhaussement, te
chapiteau n'atteignoit plus la hauteur convenable, ils
ont pris le part! d'y rajouter une espèce de dé qu'ils ont
j li'