
MÉMOIRE SUR LES P L A N T E S
et ie nouveau continent n'ont ])oint clctruit ia prééminence de chacun d'eux ,
ïelativement à leurs productions propres. Le maïs est la seule graminéc indigène
cultivée en Amérique dans le vaste espace compris depuis le quarante-cinquième
parallèle nord jusqu'au quarante - deuxième parallèle sud ( i ) . Quoique cette
graminée ait été singulièrement multipliée en Europe , en Asie et en Afrique ,
l'Amérique a continué de la posséder plus abondamment encore que toute autre
contrée. Le grain de maïs récolté en Égyi>te est a r rondi , c o r n é , peu farineux,
jaune ou blanc au-dehor s , et plus rarement brun ou un peu violet. Les pays
les plus fertiles en maïs , comme la Virginie, par exemple , en produisent une
espèce ou une variété dont le grain est aplati et très-grand , dont la tige et les
épis acquièrent une longueur double de celui d'Egypte. Cette' culture, facile à
perfectionner, est très-négligée par les Égyptiens , en comparaison de celle du
sorgho, o\\ âourah du p a \ s , qu'un long usage a établie.
§. I I .
Du Trèjïe d'Égypte et du Fenugrec, cidtivés comme fourrages.
Les Égyptiens ne laissent point de terres en prés naturels, parce qu'elles
])roduiroient beaucoup plus de roseaux et de plantes coriaces et épineuses, que
d'herbes tendres , propres à nourrir les bestiaux ; ils trouvent de j'avantage à
mettre en prairies artificielles une partie des plaines que le Nil a inondées. Ils
récoltent , sur le trèfle qu'ils cultivent, une certaine quantité de graine propre
à être semée. Ils n'exportent point cette graine, qui ordinairement dégénère ; ils
en reçoivent fréquemment de la Syrie, où le même trèfle est cultivé, et où il
existe probablement aussi à l'état sauvage. Ce trèlle, appelé par les Égyptiens
bersym, est une espèce particulière [Trifolhim alcxandrinim'L\w^.'). Il est plus
tendre que celui des prés de France [Trifolhim fyaunse'Lv^'^.y, sa feuille est plus
étroite : il fleurit blanc, et s'élève à environ sept décimètres [plus de deux pieds]; on
le sème sans l abour , dès que le Nil baisse, communément vers les premiers jours
d'octobre : il change un peu par la manière dont on le cultive ; on en récolte
la graine, soit dans les prairies, soit après l'avoir semée avec de l'orge ou du blé,
et l'avoir laissé mûrir en même temps que ces grains. On appelle khalyt la culture
du trèfle avec l'orge ou le blé. Ce trèfle est coupé en une fois à sa maturité ;
et on lui donne le n om de hersyvi fâl, tandis que le trèfle provenant des graines
récoltées dans les prairies, à la suite d'une ou de deux coupes des tiges vertes
de la pl ant e , est appelé bersyvi baqly. On sème, pour être consommé ve r t , un
quart de bersym fâl im trois quarts de bersym baqly. Le bersym fâl pousse très-bien ,
malgré la grande humidi t é , aussitôt après l'inondation. Il déiend de l'ardeur du
soleil le bersym baqly, qui se dessécheroit |)ar le déiaut d'ombr e , et dont les tiges
serrées empêchent celles du bersym fâl, j>kis élevées, de verser.
Il se fait ordinairement trois coupes de trèfle pendant un intervalle de cinq
, tcm. ].", p. 62.
C U L T I V E E S EN EGYPTE. 21
à six moi s , entre octobre et ma r s , ou entre novembre et avril. On prolonge
quelquefois beaucoup plus la culture du bersym en l'arrosant, et on double ainsi
Je nombre des coupes ; mais pendant ces coupes multipliées, la plante dégénère,
et son produit ne fait guère que compenser les frais d'irrigation. Les propriétaires
adoptent ie mode de culture qu'ils jugent leur être le plus profitable par rapport
à l'exposition du sol et au nombre d'animaux qu'ils y entretiennent.
La première coupe de bersym s'appelle râs [ tête ] ; elle se fait avant que la
plante ait fleuri, au bout de quarante jours : on appelle aussi la première coupe
fâl, parce qu'elle se compose en grande ])artie du bersym f â l , qui est t r è s - f o r t ,
mais dont la racine périt après que la tige a été couj)éc. Le ba-sym baqly, au
contraire, qui éioit très-délicat, repousse abondamment. Les seconde et troisième
coupes du bcrsyvi sont désignées jiar les noms de khclfeh ou ribbeh , mots s) nonymes
de regain. On laisse écouler deux mois depuis ia première coupe jusqu'à ia secobde,
et deux autres mois depuis cette seconde jusqu'à la troisième. Le trèfle de la
seconde coupe est le meilleur pour être séché et gardé : celui de la troisième,
étant un peu attendu , donne des graines ; ce sont ces graines, récoltées sur du
bersym baqly ou bersym de plusieurs coupes, qui servent ensuite à la culture par
mélange , appelée khalyt.
Le bersym de la plaine de Gyzeli est toujours cultivé sans a r ros ement ; on y
sème un ardeb (i) de graines sur un espace de quatre/c^^./« (2).
Le fenugrec [Trigonella foemimgroecum LiNN.) est une plante annuelle connue
en Égypte sous le n om de helbeh : elle est fort ressemblante au trèfle ; elle produit
des fleurs plus grandes et moins nombreuses, non pédonculées, d'où naissent de
longues gousses étroites, recourbées en manière de cornes. La graine du fenugrec
ne se gâte p o i n t , étant plusieurs jours noyée dans l'eau •. elle germe trèsfacilement
, et garnit bientôt de verdure la lisière des champs qui sont encore
couverts d'eau, tandis que le Nil se retire. Le temps froid rend cette ¡liante molle
et aqueuse : les gens du pays la trouvent assez délicate pour en manger les jeunes
tiges crues, avant qu'elles aient fleuri.
On coupe ou l'on arrache le fenugrec vert en une fois; il n'y a point d'herbage
plus b;itif: on le donne en moindre quantité que le trèfle aux animaux ; il ne
dure qu'environ deux moi s , et il est dé j i fené lorsque le trèfle est abondant.
On vend, dans les villes d'Égypte, de la graine de fenugrec germée , par
paquets, et que l'on a mis tremper dans de l'eau; le peuple mange cette graine
crue, avec le germe blanchâtre qu'elle a poussé, et qui est long de cinq centimètres
[environ deux pouces], La plante de fenugrec a une forte odeur de mélilot, qu'elle
perd un peu en se desséchant d'elle-même sur pied. Les tiges, écrasées sous le
noreg pour retirer les graines, ne laissent qu'une paille très-médiocre, semblable à
celle du trèfle ou de quelques autres plantes qui , après axoir donné leurs graines,
seroient jirises jiour de petits rameaux de bois sec. La Syrie fournit à l'Egypte
beaucoup de graines de fenugrec.
( 0 C'ct-à-dirc, un hectolitre huit tent qtiarante-neuf (s) Riponilant .i deux liectares trente-.ept are, , ou à
m.llieme,, ou ,uato,ie boisseaux et un siaeitic. six arpens ,.,a,re-ïiost-irei£e perches e. demie.