
D E S C R I P T I O N
à Suez par cette route. M. Dcvilliers, ingénieur des ponts et chaussées, qui
nous accompagnoit, se cliargca J'en relever à la boussole les diverses sinuosités,
et ic gisement des montagnes dont eile est bordée, travail dans l'cxécutiou
duquel il a mis autant de zèle que de précision.
Je me propose de donner ici une description topographique de la vallée de
l'Égarement, et de joindre à cette description quelques conjectures géologiques
sur les causes qui ont amené cette vallée à son état actuel.
On trouve à son entrée le village de Bafûlyii, habité par des Arabes connus
sous le nom de Temilyn. Immédiatement au delà de ce village, la partie la plus
basse du chemin que l'on suit, est couverte de petits monticules formes de gypse
et de fragmens de coquilles, autour desquels on reconnoît la trace de quelques
eau.x pluviales qui s'écoulent de la montagne dans le bassin du Nil. C'est aux environs
de cet endroit, que l'on exploite le grès blanc dont on fabrique les mcides à
aiguiser qui sont en usage au Kaire.
A sept kilomètres de son embouchure, la vallée commence à se rétrécir. Elle est
bordée à gauche par une colline calcaire. La surface du sol est composée de cailloux
roulés, de fragmens de cristaux de gypse, et de bois agatisé. En continuant de
monter, la vallée se rétrécit de plus en plus; on côtoie adroite une montagne
coupée à pic, au pied de laquelle s'étendent, jusqu'au milieu de la route, des débris
qui semblent provenir d'un éboulement partiel de cette montagne, et qui,
resserrant le vallon, le réduisent à n'avoir plus que deux cents mètres dans sa
plus petite largeur.
On arrive, en sortant de ce vallon, sur un plateau presque horizontal, dont la
surface est encore sillonnée de traces de ruisseaux, que recouvrent un sable fin et de
l'argile jaunâtre. Ce plateau est compris entre deux montagnes qui forment l'une et
l'autre deux courbes concaves. On parcourt environ un myriamètre dans cette
plaine ; après quoi l'on entre dans un défilé de quarante mètres de large, bordé de
petites collines coupées à pic et dont le massif est composé de pierres coquillières.
Laroute commence à se diriger vers le sud-est,à l'entrée de cette gorge. Celleci
se prolonge pendant une heure de marche, et conduit sur un second plateau
qui reçoit les eaux des hauteurs environnantes : elles se versent dans une vallée
dirigée vers le sud, à peu près perpendiculairement à la route.
Cette espèce de palier, dont la pente vers le Nil est très-douce, peut avoir
sept à huit kilomètres de large. Il est couvert de cailloux roulés, de gravier, et,
en quelques endroits, de sel ellleuri. Le chemin que l'on suit, est bordé de petites
collines formées de débris provenant des montagnes voisines, et <|ui ont été
chariés par les eaux. Ces collines sont disposées par gradins les unes sur les autres,
et présentent beaucoup de coquilles dans leurs coupes abruptes.
C'est après avoir marché l'espace de seize kilomètres, au milieu de cette petite
plaine, que l'on arrive aux puits de Gandely. Ils sont situés au nordest de la
route, au fond d'une gorge où paroissent se rendre toutes les eaux pluviales qui
tombent sur le terrain des environs. Ces puits sont creusés dans un sol d'alluviojis
composé de marne et de terre calcaire. Ils sont au nombre de sejit ou huit, n'ont
DE LA \ ALLEE DE EECARE.MENT.
V
au plus que di;ux mètres de pi-ofondcur, et sont environnés de plantes et d'arbustes
dont la végétation nous parut très-active.
En quittant les puits de Gamiely, on monte sm- un plateau assez étendu,
couvert au sud par une montagne qui forme un arc concave, à deux ou trois
lieues de distance. C'est la partie la plus élevée de la vallée. On y voit disséminés
sur le sol, des fragmens de cristaux de gypse, et de grandes coquilles bivalves
non pétrifiées, parmi lesquelles on en remarque de fort bien conservées et dont
les deux valves sont encore adhérentes (i).
Il paroït, d'après les renseignemens que nous obtînmes de l'Arabe qui nous
sei'voit de guide, que les caravanes, allant de l'Egypte supcrietu-e en Syrie par
le désert, viennent s'abreuver aux puits de Gundcly, et remontent ensuite sur le
plateau où l'on nous fit remarquer le chemin qu'elles pratiquent.
On commence à descendre de cette plaine vers la mer Rouge, en suivant
une vallée assez large, dans laquelle on observe de fort loin, sur la direction même
de la route, un monticule conique de grès rouge, isolé, appelé par les Arabes
Grayboim; il peut avoir quatre cents mètres de circuit à sa base, et quinze à dixhuit
mètres de hauteur.
Après avoir dépassé ce mamelon, distant de l'origine de la vallée à Bdçâlyti de
cinq jityriamètres environ, on suit pendant quelque temps le lit d'un ancien torrent
qui s'incline d'abord vers l'orient, et se dirige ensuite vers le sud-est, au pied d'une
croupe calcaire, présentant le rocher à n u , sans aucun fragment de coquilles ni
de gypse cristallisé.
On passe de cette croupe sur un palier presque de niveau, où l'on retrouve,
à la surface du sol, les grandes coquilles bivalves dont nous venons de parler. On
entre ensuite dans un vallon large de deux cents mètres. La colline qui le borde
au sud, est ravinée profondément par les eaux. Le dessus de cette colline est
couvert d'une terre fortement salée, et de cailloux calcaires qui ne paroissent point
avoir été roulés, mais qui sont les débris mêmes du sol.
En sortant de ce vallon, nous aperçinnes encore le rocher calcaire rais à nu
tlans le lit d'un torrent que nous suivîmes pendant quelque temps ; sa rive droite,
peu élevée, est une pierre blanche de même nature.
On laisse à droite le lit de ce torrent pour se rapprocher de la montagne septentrionale
; les collines qui bordent la route, sont disposées par échelons. Il n'y a
point là de cailloux roulés ; mais on y remarque une suite de mamelons g)pscux,
dont les bases sont couvertes de coquilles fossiles non pétrifiées.
l.à commence un défilé de quatre-vingts ou cent mètres de large, coinpris
entre une suite de monticules dont l'extérieur est formé de cailloux siliceux et de
quartz arrondis, et l'intérieur de gravier mêlé de ces mêmes matériaux, parmi lesquels
on reconnoît aussi des fragmens de bois agatisé.
Le cours des eaux se retrouve indiqué d'une manière plus apparente jusqu'à
l'entrée d'une gorge (|ue forme le rapprochement des deux chaînes qui, jusqu'alofs
, n'ont ete aperçues que dans l'éloigncincnt. Ces deux chaînes sont de
¡1) C« coqiiill« sont rcpi-weinttì, phnche i, //. N. AJinir^^a'te.
n. S. TO.Mi: II. D .
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