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DE LA C O N S T I T U T I O N PUVS IQt ' E
jusqu'à la mcr Rouge, quelles bordent souvent d'assez près. La panie tic ces
déserts montueux voisine de la me r , et opposée k la Thébaùl e , est désignée,
chez les anciens écrivains, par le nom de Trogolo,ìytiqu!: c'étoit la pairie ife
peuples nomades ou ichtliyophages qui liabitoicnt, comme le nom l'indique, des
grottes creusées dans les rochers. Ce nom ancien, qui n'a été remplacé par aucun
nom mode rne , peut servir encore à distinguer ce désert de la partie plus voisine
de rÉg\pt e et de celle qui s'étend vers le nord.
La mer Rouge, anciennement la mer Érythrée, n'est qu'un golfe étroit qiii
sort de l'océan Indien, et se prolonge en ligne droite dans une étendue de
cinq cents lieues, dirigé comme l'Egypte, mais déclinant seulement un peu davantage
vers le nord-ouest. Le parallélisme de ces deux grandes cxcavaiioni
avoit fait conjecturer à M. Dolomieu que leur origine avoit ime mime cause,
l'aiTaissement subit de l'espace qu'occupe aujourd'hui la mer Rouge. Cette catastrophe
auroit, scion lui, détermine un mouvement de bascule dans le terrain
compris entre cette mer et l'Egypte, et donné naissance à celle-ci, en soulevant
les montagnes de la chaîne Arabique au-dessus de leur ancien niveau, et les séparant
de celles de la Libye, avec lesquelles elles étoient autrefois contigués. b
simplicité apparente de cette hypothèse, la sagesse de son auteur dans ses con|eetnres,
aussi-bien <|ue la célébrité de son n om, imposent le devoir dexamine,
attentivement celle-ci ; c'est pourquoi nous insisterons, à mesure que 1 occasion
s'en présentera, sur les faits qui peuvent y avoir rapport.
C'est ce grand golfe de la mer Rouge qui marque, pour les modernes, la separation
de l'Afrique et de l'Asie. Son extrémité, où est le port de Suez, s'aniie
au parallèle du Kaire, un peu plus au sud qu'Héliopolis ou que I origine <lu
Delta. Sa distance du Nil n'est ici que d'environ un degré ; mais, en remontant
vers le sud. elle devient toujours plus grande, et, sous le parallele deli
cataracte, elle se trouve presque double. ^
La distance de la mer Rouge à la Méditerranée est également d un degre. t le
étoit un peu moindre dans l'anti<iuité; car Hérodote ne la porte qua mille stadei
Égyptiens au lieu de mille quatre-vingts que renferme le degré : les attetissemens
qui se continuent encore sur les rivages des deux mers, ont produit celle
différence. Hé roopol i s, qui marquoit autrefois l'extrémité du gol f e , s en troiiu
éloignée aujourd'hui de près de quatre-vingts stades; son emplacement se .1..-
tingue encore, et l'ancien état de choses peut être constaté. Cet intervalle es.
encore tout rempli de lagunes et de flaques d'eau de mer (i). ^ j
Une dépression bien marquée traverse l'intérieur de l'isthme, d u n e metí
l'autre- et son milieu, où elle a une grande p r o f o n d e u r , forme , au sein de «
désert, de grands lacs salins, alongés du nord au sud, et connus depuis une haute
antiquité sous le n om de kcs amers.
L'élévation des eaux de la mer Rouge au-dessus du niveau de la Mediterranee
a été trouvée, par une opération exacte (z), de cinq toises et demie; elle neto.
(,) 1. Mimoir, .„r I, siogr.pl» .. l'.^icn Í... de, =8„. de U Ro.S' .A. M.,.!.
(I) .Mimoite sur le canal de Suez, p.u .VI. Le Pere.
pas inconnue des Egyptiens au temps d'Hérodote. Plusieurs écrivains anciens
l'ont ineliquée, et Pline offre un pa,ssage qui pourra servir à apprécier quelle
éloit cette différence dans l'opinion des Égyptiens. C'est le motif tpi a empêché
l'achèvement du c.anal de la mer Rouge, sous les Pharaons et sous
rois Persans. Én constatant par une opération précise la différence du niveau
des deux mers, les moelernes n'ont donc fait ici, comme dans plusieurs autres
circonstances, que justifier une opinion des anciens qui paroissoit d'abord peu
vraisemblable.
Le bassin du golfe Arabique, qui, dans sa direction, présente quelque analogie
avec le lit du Nil, se divise, comme lui, en deux bras à son extrémité septenirionale.
L'espace triangulaire renfermé entre ces deux bras, connu sous le
nom de dcsrrii de Situi, appartient à l'Arabie Pétree. Sa partie méridionale,
(|ui est la moins dénuée d'habitans et de végétation, renferme une espèce
d'Oasis : c'est une petite vallée, arrosée par les eaux des montagnes environnantes,
et peuplée de cincp à six mille dattiers. Éloignée des directions que
suivent ordinairement les voyageurs, son existence étoit restée ignorée jusqu'à
l'époque où quelques membres de la Commission des sciences furent chargés
de visiter ces déserts (i). La partie septentrionale de la preseju'île, et celle qui se
prolonge au nord-est, sont les plus arides ; c'est le désert absolu : il porte partieulièrement
j e nom de Tyrh ou Heu vide, parmi les Arabes qui habitent le centre
de la presqu'île. Ils regardent leur pays, par comparaison avec l'autre, comme une
lerre fertile et favorisée de la nature: ils redoutent de s'engager dans le Tyeh; et
pendant un assez long séjour parmi eux, je n'ai pu obtenir d'etre conduit dans
cette partie.
Ces déserts sont célèbres dans l'histoire sainte par le séjour tie Mo'ise et
lies Israélites. Les conformités qu'ils présentent encore avec les indications de
l'iiisioire la plus ancienne que nous possédions, à part même le caractère sacré
qui la rend si respectable, sont dignes de fixer l'attention. De longs voyages et
ua séjour prolongé nous ont mis à même de recueillir beaucoup de renseigneinens
sur cette jjartie de l'Arabie, qui mérite d'être plus connue.
Sous le rapport de la géologie, elle offre un intérêt particulier. La partie mé -
ridionale, au milieu de laquelle s'élèvent les monts Horeb et Sinai, présente un
espace de près de douze cents lieues carrées, couvert de inontagnes primitives,
principalement porphyritiques. Tout e s les roches qui appartiennent à cette formation,
s'y montrent avec une abondance et une diversité qu'on trouveroit di/Iieilement
ailleurs. De toutes les chaînes de montagnes de la France et des enlirons,
celle des Vosges présente avec elle le plus de rapports ; nature des roches,
disposition, accidens, passages, transitions des terrains, formes et élévation des
montagnes, tout jircsenie les analogies les plus frappantes. Les sommités du
mont Sinai', du mont Hor eb, du mont Sirbal, qui sont au nombre des plus
(I) Il ejisie une espace de pelile Oasis dans la panie connue que par quelques renseignemens obrenvis des
rimdiouale de ia Tnjgindyiique , vers le paraili-le de Ar.ilies Ziyc/nrijr/r, qui liabilenl ia panie de ces iléserls
i)ene; mais nous n'avons pas vu celle-ci; elle n'esl la plus voisine de la mer Rouge.
W. N. TOME II. LU ^