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d'Alexandrie. Il est r e connu que le vrai système du mo n d e , tel que nous le connoissons,
ayant pour base les deux mouv emens de la terre sur elle-même et
autour du soleil, n'a etc professe d'une manière formell e par aucun des astronomes
d'Al exandr i e, depuis Aristarque : il a même été forme l l ement combattu
par Hipparque et Pt o l émé e , les deux h omme s qui ont le plus illustré cette
école, et qui assurément ont mérité le mi eux le titre d'astronomes, dans l'acception
que nous donnon s à ce mot. Ce p e n d a n t , à des époque s très-antérieures,
les anciens philosophes de la Gr è c e , bien moins capables que ceux d'Alexandrie
de s'élever à une pareille dé couve r t e , mais qui avoient été s'instruire en
Egypte et dans l ' Inde , professèrent, à leur retour dans leur patrie, ce même
système que l'école d'Alexandrie mé c onnu t ou laissa oublier. Qu e de réflexions
ne doit pas faire naître ce seul fai t, touchant l'origine et le dé v e l oppement des
connoissances exactes !
On ne sera pas t enté sans dout e aujourd'hui de faire honneur de ce système
à ces anciens phi losophe s à qui la Grèce ignorante et crédule attribuoit, sur
iein- parol e , tant de belles découvertes : car on sait trop qu'aux saines notions
puisées dans l'Orient ils mê l o i ent , de leur c h e f , les erreurs les plus
grossières. On ne l'attribuera pas à Tha ï e s , qui le premier pourtant le répandit
dans la Grèce , ni aux autres philosophes de l'école I oni enne , dont le plus
habile, Anaximandre , tout en professant ce s y s t ème , enseignoi t que le
soleil étoit à peu près aussi gros que la terre; Anaxagoras le réduisoit aux
dimensions du Pé l oponnè s e ( i } ; et un troisième assuroit que la terre étoit
trois fois plus é t endue dans un sens que dans l'autre, o u , c omme le rendent,
d'une manière encor e plus singulière, certains c omment a t eur s , avoit la forme
d'un cylindre dont l'axe égaloit trois fois le diamètre : idé e qui pr o v eno i t , à la
vérité, d'une no t i on très-curieuse et très-juste de l 'Or i ent , mais tout-à-fait mal
comprise.
On ne sera pas plus t ent é , je pens e , de l'attribuer à Pythagore ou à son école ;
à Pythagore , qui se glorifioit aussi d'avoir dé couve r t la proposition si fameuse,
quoique si élémentaire, du rapport du carré de l'Iiypoténuse : c omme si cette découverte
et celle des vrais mo u v eme n s des astres avoient pu sortir de la même
tête et appartenir au même i n d i v i d u , ou seulement au mcme siècle 1 Je prie
d'examiner ceci ; ce rapprochement d o n n e la mesure du degré d'attention qu'on
a porté dans l'examen de l'origine des connoissances. Il en est de même sur la
plupart des autres points de cette grande question.
On sentira bien qu'à cette époque les premiers élémens de la géométrie
devoient être presque inconnus de la Gr è c e , dont le géni e , livré tout entier aux
lettres et aux arts de l'imagination, ne s'étoit pas encor e tourné vers les sciences
(:) Anayagoras ajoutoit de plus que les cieiix étoient
de pierre, et ne se soutenoient que par la rapidité de
leur mouvement : iirm Si 2iJMyi( àt t? 'Oparr^ 'iif jçseià'.
»iW» à( Mi i iyiièf <« ùSat m-fùt'f tÏ ¡rfiSfi /i
«•»ÈîW-a-,
Eniinvero sub principe Diinylo cecidisse di calo Uipidim,
Anaxagoramque tum dixisse ccelum omiie ex lapid'tw
esse compcsiium , ac vehementi circuirli consltirt , ati ^s
continuò summà vi ìmpetùs Ijpsurum, S'ileiius in primo historìarum
auctot est. ( Diog. Latrt. lib. I l , K/f. A'"!'"'
D E L E G Y P T E . HI.' P A R T I E . j O l
exactes: c'est pourquoi l'on y faisoit grand bruit des dé couve r t e s les plus simples.
Cependant, tout é l émentai r e , toute facile qu'étoit, pour des h omme s oc cupé s à
mesurer les terres, cette dé c ouv e r t e , o u , pour mieux dire, cette remarque du
rapport du carré de l'hypoténuse, elle n'appartient ni à Pythagore ni à la Gr è c e ;
mais le moindr e arpenteur de l'Égypte la c onno i s s o i t , en faisoit usage plus de
mille ans avant que Pythagore fît ses voyages pour s'instruire dans la g é omé -
trie et dans l'astronomie.
On mont r e r o i t , par de semblables rappro chemens , combi en est peu f ondé e
l'opinion qui attribue aux Grecs les autres dé couve r t e s dans les sciences ; mais
c'est assez de rappeler qu'antérieurement à Pythagore et à Tha ï e s , les Égyptiens,
qui initièrent ces voyageurs dans quelques parties de leurs connoi s sanc e s , possccioient
déjà une astronomie assez pe r f e c t ionné e pour s'être é l evé s , malgré tant
de préjugés si naturels et si impo s ans , jusqu'à la connoi s sanc e des véritables
mouvemens des astres et des mo u v eme n s de la terre. Il falloit, sans d o u t e , de
grandes lumières acquises, et non- s eul ement le rare talent de bien observer, mais
l'habitude, plus rare e n c o r e , de tirer de ses observations des cons équenc e s bien
justes ; en même temps un esprit exercé à la dé couve r te des vérités et aguerri
contre les préjugés et la t out e -pui s s anc e de l'opinion c ommu n e , pour oser
adopter une vérité si contraire à toutes les apparences, à tous les t émoignage s
des sens; la même qui, bien qu'exposée très-clairement dans les écrits des anciens,
a couvert d'une gloire immor t e l le Co p e r n i c , pour avoir c o n çu l'idée de la soumettre
à un examen attentif, et s'être é l evé au-dessus des préventions de son
siècle, qui la repoussoit c omme une absurdité. Ce préjugé ditra long- t emps
encore après Cope rni c . Il fut v i v ement dé f endu par Tycho-Brahé . Malgré toute
l'évidence du véritable système, ce grand astronome le rejeta opiniâtrément : tant
est grand sur les meilleurs esprits l'ascendant de la pr évent ion !
Que penser des astronomes d'Al exandr i e , qui, connoissant les vrais mo u v e -
mens planétaires, au mo ins par les écrits des anciens philosophes de la Gr è c e ,
si ce n'est par la c ommuni c a t i on directe des Égypt i ens , e t , de plus, faisant
leurs observations dans la contrée où ces connoi s sanc e s s'étoient d é v e l op p é e s ,
où tout les rappeloit cont inue l l ement à l'esprit, ne purent s'élever jusqu'à la hauteur
où les astronomes de rÉg)'pte é toi ent parvenus sans secours étranger, mais
d'après leurs propres observations et la seule puissance du rai sonnement!
Il faut enfin le r e connoî t r e , ce système appartenoit à une as t ronomi e trèsancienne,
mais qui , int e r rompue depuis les dévastations de Cambyse jusqu'au
règne réparateur des premiers Pt o l emé e s , manquoit alors des dé v e l oppemens
nécessaires à des gens incapables de les suppl é e r , tels qu'Eratosthène (i) et ses
devanciers; car je ne saurois croire qu'il ait été tout-à-fait ignoré d'Ératosthène,
(1) Ératosthène avoit sans doute des connoissances monumens qu'il a publiés : nous en verrons quelques
irès-étendues, même en astronomie ; mais c'étoit plutôt cxempk-s. Hipparque, bien plus instruit dans les sciences
ceiles d'un erudir tjuc d'un profond géomOirc et d'un exactes, le criiiquoit beaucoup, et lui reprochoit d'avériiâble
astronome. Il est évident qu'il n'a pas compris voir détruit quelquefois les sources où il avoit puisé
»u ne s'est pas donné la peine d'examiner une bonne ses connoissances.
pfriie des observations qu'il s'est atiribuces et des