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4 7 ^ DE LA C O N S T I T U T I O N P H Y S I Q U E
coudées ne compr enoi ent pas ia totaliic de la crue : mais le fait alors seroit tomà
fait insignifiant ; le témoignage des prêtres Égyptiens doit être exact, et, en
traitant des inondations et de iexliaussemem du soi par rapport aux monumens
et à l'ancienne histoire de l'Egypte, j'en donnerai l'explication : mais (luciques
circonstances ignorées jusqu'ici induiroient en erreur, si l'on se hàtoit trop d'en
tirer des conséquences. Ab a n d o n n o ns d o n c , quant à présent, ce fait, qui ne peut
rien prouve r avant d'être bien expliqué ; il n'est pas nécessaire ici.
2 . " Vûyage d'HérvdoU.
NEUF siècles après Moer i s , ce n'etoit p l u s , suivant Hé r o d o t e , qu'après avoir
atteint seize coudées, ou tout au moins quinz e, que les eaux du Nil inondoieiit
les environs de Memphi s et d'Hcliopolis. Nous rapporterons ce passage, parcc
que les conséquences singulières qu'Hé rodot e en déduispit pour l'état futur de
l'Égypte, ont du r appor t à l'une des principales questions de not r e sujet, l'exhauMement
continuel du lit du Nil dans la même propor t ion que celui de h
plaine ;
« Ce que les prêtres me racontèrent est encor e une preuve de ce que j en li
.. dit (de l'exhaussement des terres de l'Ég)pte). Sous le roi Moer i s , toutes les fois
» que le fleuve croissoit seulement de huit coudé e s , il arrosoit l'Égypte au-dessous
» de Memphi s ; et dans le temps qu'ils me parloient ainsi, il n'y avoit pas encore
neuf cents ans que Moeris étoit mo r t ; mais ma int enant , si ce fleuve ne monte
» pas de seize coudé e s ,o u au moins de quinze, il ne se répand point sur les terres
» Si ce pays cont inue à s'élever dans la même propor t ion et à recevoir Je
.. nouveaux accroissemens, c omme il a fait par le passé, le Nil ne le couvrant
» plus de ses eaux, il me semble que les Égyptiens qui habitent ce qu'on appelle
» le De l t a et les environs du lac Moer i s , ne manque ront pas d'éprouver dans la
suite le même sort dont ils pr é t endent que les Grecs sont un jour menacés. S'il
» arrivoit, dis-je, que le pays situé au-dessous de Memp h i s , qui est celui qui prend
» des a c c roi s s emens , vînt à s'élever propor t ionne l l ement à ce qu'il a fah par
le passé, ne faudroit-il pas que les Égyptiens qui l'habitent fussent tourmentés
» de la famine, puisqu'il ne pleut pas dans leur pays, et que le fleuve ne poiirroii
» plus se répandre sur leurs terres ( i ) ' »
Depuis l'époque où Hé r o d o t e parloit ainsi, les terres de l'Egypte n'ont pas
moins cont inué des'exhausser que par le passé, et cependant elles n'ont pas encore
éprouvé le sort fielleux d o n t les mena çoit l'historien Gr e c , et ne l'appréliendent
pas davantage pour l'avenir. On en a vu la raison dans l'exhaussement progressif
du lit du fleuve. On va voir aussi, par les témoignages de tous les auteurs des
temps suivans jusqu'à la conquêt e de l'Égypte par les Arabes, que les terres ont
continué d'être inondées sans qu'il y ait eu aucune augmentation dans la quanute
des crues du Nil. Nous ferons remarquer aussi que le terme de quinze coudces
dont fait ment ion Hé r o d o t e , doit être regardé c omme l'indication du Nilomctre
(i) Hérodote, liv. 11 , traduction de Larclier.
D E L EGYP T E , i / . ' P / ! R r i £ . g
du temps où il voyageoit, non c omme la mesure des crues cffbctives. 11 est
protable que la construction de ce Nilomètre r emontoit à une époque voisine
du règne de Moeris : les deux coudées et demi e dont les crues qu'il cite surpassent
les crues effectives nécessaires à l'entier arrosement de l'Égypte, indiquent l'exhaussement
qu'avoit éprouvé le sol depuis la construction de ce Nilomètre.
S E C O N D E P l i R I O D E .
3 . " Un peu avant l'ère Chrétienne.
Sous Auguste, lorsque Pé t rone prit l'administration de l'Égypte, quatorze coudées
étoicnt le terme des inondations suflisantes, et il fut même réduit à douze
après le curement des canaux. Do u z e coudées étaient d o n c le terme des bonnes
crues effectives.
4.° Au premier siècle de l'ère Chrétienne.
UN siècle plus tard, Pline le naturaliste fixe la juste mesure du débordement du
Nil à seize coudées: au-dessous de ce t e rme , toutes les terres n'étoient point arrosées
; au-dessus, les eaux, tardant trop à s'écouler, ne pe rme t toient plus d'ensemencer
les terres aux époques convenables. L' inonda t ion de douze coudées étoit
suivie de la f amine ; celle de treize, de la disette. Qua tor z e coudées r épandoi ent
Il joie; quinze, une pleine sécurité : seize étoient le terme de l'abondance et du
bonheur. La plus grande crue de l'ige où Pline é c r ivoi t . s'étoit élevée à dix-huit
coudées (i).
Ainsi le degré des inondations suffisantes, au temps de Pline, étoit quatorze
coudées, terme déjà supérieur de deux coudées à celui des crues effectives, mais
iiiferieur encore d'une coudée à celui qu'indiquoit Hé r o d o t e (2). 11 est probable qu'à
cette époque le pied du Ni lomè t r e , par suite de l'exhaussement du sol, se trouvoit
déjà de deux coudées au-dessous du niveau des basses eaux. On remarquera,
comme une circonstance impor t ant e , cette crue de dix-huit coudées, arrivée du
temps de Pline, et supérieure de deux coudées au terme de l'extrême abondance.
J . " Denx, ? Siècle.
SUIVANT Plutarque, le degré convenable de l'inondation étoit de quatorze cou
dées à Memphis (3). Plutari|ue écrivoit un demi-siècle après Pl ine , qui cite le
même terme.
[i] /Jiirfijj ijus (IViUJ pir puteas iiiinsurj. nolis
írrW^nriír. JnsMn memiirn,„m est cui/ron™ a i
i'mnsu.ju.e iiejt omnia rigaiitj arnpíwres i/rlinenr, a
mcdendo, / / j ? serendi témpora nhiiinuiit solo i,
''w, ¡lio. tion ditnt sùieiitr. Ulnmique rcput.il prom
t" Jttl tniiitis ftmem sentit, in Xlll etiiimnt
'to'it: x f l tubitn hil.ititnlem nffernnt ;
drUtias. J\ln>iimnm incrtinenttim tnl hoc o
U. N. T O M E I I .
cubitonim Xyill. ( Plin. Hist. natur. Iib. v, pag. 69.)
(2) Ces renseigrieineni de Pline, comme la plupart
de ceux qui suivent, ejpriment plutôt les indications du
Nilomètre de l'époque, que des crues effectives, tandis
que les douze coudées de Strabon se rapportent évidemment
à nue crue eirectivc.
(3) Traité d'Isis et d'Usiris.
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