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clans quelques parties ; mais, si nous ne pouvons juger des moyens, nous ne sommes
pas moins forcés d'admirer les résultais. Rien n'est plus propre à donner une liaute
idée de l'avancement des ans mécaniques dans l'antiquitc, que la belle exécution
des figures et la pureté des hiéroglyphes gravés sur cette matière, dont la dureté
et la difliculcé à être travaillée rempor tent sur celles du granit, T o u t cela ne rebutoit
pas les Eg\ptiens, que les obstacles ne scmbloient jamais embarrasser; la
liberté du travail n'en est pas même altérée. S'est-il rencontré sous l'outil du
graveur, au milieu d'un caractère hiéroglyphique, un silex ou quehju'une des
agates dont cette brèche est semée ; le trait ne s'en trouve pas moins continué
avec toute sa pureté , et jamais ni l'agate, ni la partie de la pierre qui l'enveloppe,
ne sont le plus légèrement éclatées. Cela porte à croire que les Égyptiens se
servoient.pour la sculpture sur les pierres d'une grande dureté, telles que celle-ci,
d'une espèce de touret , non de la pointe et du ciseau, et qu'ils iormoient leurs
traits en usant la pierre par frottement , au lieu de la réduire en petits éclats
par la percussion. Sans cela, comment cette liberté, cette netteté dans les contours,
sur une matière aussi rebelle au ciseau et aussi peu homog ène ! Cette
conjecture acquiert de la for ce, quand on songe qu'il est douteux que les Egyptiens,
bien qu'ils aient connu de bonne heure le fer et l'acier, en aient eu déjà
l'usage à l'époque très-reculée où ils ont commencé à sculpter avec une grande
perfection les roches les plus dures.
§. IV.
Genre de dégradation dont cette pierre est svsceptible.
MALGRÉ la dureté et la force d'agrégation de la brèche agatifère, qui devoieni
la rendre, pour ainsi dire, indestructible, elle est sujette à un genre d'altération
qu'il convient de faire connoî t re, puisque ce travail a principalement pour objet
l'application des sciences mineralogiques à la connoissance des travaux des Egyptiens
et des matières qu'ils y ont employées. Je réclamerai quelque attention dans
ces développemens un peu minutieux, mais utiles pour plusieurs questions relatives
à la conservation des édifices anciens. Cet te altération, propre à la brèche siliceuse,
consiste en ce que, par le laps de temps et par l'action alternative de l'humidité des
nuits et de la chaleur du jour, elle est exposée à se fendre; que ces fentes, à la longue,
se propagent dans les blocs à de grandes profondeurs, les rompent , ou en détachent,
en forme de tal)les ou d'écaillés, des portions plus ou moins considérables. Les colosses
de la plaine de Thebe s , et spécialement celui du nord, qui rendoit autrefois
des sons, le trône sur lequel il est assis, le piédestal même , ont été par-là prodigieusement
dégradés. Ils sont sillonnés de fentes et de crevasses multipliées, qui ne sont
pas des fissures naturelles de la pierre, et dont quelques-unes ont une assez grande
largeur. Quant aux écailles qui se lèvent près de la surface, comme leur écartement
n'est limité par aucime autre résistance que l'adhérence de la pierre dans la profondeur
de la fente, il devient quelquefois assez considérable. A mesure que ces
D E L ' É G Y I ^ T E . V!.' F A R l l l . G
fentes se propagent , les plaques se voilent en s'écartant du bl o c ; si l'on frappe
légèrement dessus avec un marteau , on sent un frémissement, une vibration dans
la pierre, qui est l'indice d'un certain degré d'élasticité : c'est ce que j'ai constaté
en cassant, dans l'une de ces plaques ([ui se détachoient de la plinthe du piédestal
du colosse, plusieurs fragmens ( 1 ), dont l'un est représenté dans les gravures de
minéralogie, planche 4> fiS' Ce t t e élasticité de la pier re, cette faculté de se
voiler qui suppose celle de se contracter dans une de ses surfaces et de se distendre
dans l'autre, sont importantes à remarquer. L'élasticité très-sensible d'une
certaine variété de grès est bien connue des minéralogistes (2). Cet te propriété
n'appartient pas tout-à-fait exclusivement à cette variété : l'on en trouve aussi
quelques indices dans plusieurs autres et dans diverses espèces de roches; ])lusieurs
marbres la possèdent à un certain degr é , et les grès durs, comme la pâte de la
brèche d'Egypte, l'ont à un degré suflisant du moins pour être capables de vibration
quand on les irappe.
C'est encore une propriété de certains grès et de plusieurs autres roches, de
s'imbiber lentement par l'effet de l'humidité qui mouille leurs surfaces, d'éprouver
par-là une légère dilatation, et d'être ramenés ensuite à leur premier état par
la chaleur et la dessiccation. C'est à cela qu'il faut principalement attribuer l'action
exercée sur ces roches par les alternatives d'humidité et de sécheresse qui finissent,
à la longue, par les dégrader; cette action est plus forte, plus prompte sur celles
qui n'ont pas été polies, ou qui ont perdu leur poli. Les monumens en granit
en offrent des exemples que nous avons déjà fait remarquer.
On a vu aussi que les clémens de la brèche agatifère sont unis très-intimement :
cette adhérence est si for te, que, quand on casse la pierre, les grains de quartz,
ainsi que les agates, se rompent dans le sens de la cassure, au lieu de se désagréger
et de sortir de leurs alvéoles ; de sorte que les fragmens offrent des surfaces
presque unies.
C H A P I T R E I I .
Explication d'un ancien Phénomene relatif h la Br'ccbe ngatifere.
LES observations précédentes vont avoir leur application dans l'examen d'un
phénomène qui, de tout temps , n'a pas moins excité la curiosité des hommes
instruits que celle des amis du merveilleux : je veux parler de cette surprenante
faculté qu'avoit la statue de Mcmnon de rendre des sons spontanés, au lever du
soleil. Dans toute l'histoire anc i enne , rien de plus étrange et pourtant rien de
mieux attesté que ce fart. La physique de ce temps, ou la m\ thologie, l'expliquoit
àsa manière, «c Memn o n , disoit-clle, fils de l 'Aurore, ravi de revoir sa mère, la
(1) 11 ne sera pas inutile de fnire observer que c'est
dans la face qui regarde le levant, et de laquelle ces
échantillons ont été détachés, que ce monument .est le
plus dégradé.
(2) Dans plusieurs coilcciions, on voit même un petit
appareil destiné à montrer qu'un prisme de ce grès élastique,
de sept à huit pouces de longoetir, dont une extfémité
eft fixée sur une tableite , peut être ioulevé par
l'autre extrémité, e: parcourir, en se courbant, un arc
tie plusieurs degrés,sans se rompre; flexion qu'on peut
réitérer autant de fois qu'on veut, sans que la pierre
perde son élasticité.
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