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6 j O DE LA C O N S T I T U T I O N P H Y S I Q U E
entiers, qui , cependant , une fois remarqués, ont été depuis lors fréquemment
constatés !
A u surplus, à défaut d'observations directes, nous avons , pour conf i rmer notre
explication, d'autres observations presque aussi conc luantes , et qui en sont une
conséquence si naturelle, que le si lence, à cet égard, fourniroi t cont re elle l'objection
la plus grave. Ne seroit-on pas en droit de nous dire : « Puisque la rupture
« instantanée des gros grains de quartz épars dans la brèche, au milieu d'autres
» matières moins résistantes, est ce qui produi t la vibrat ion, ou ces sons spon-
» tanés que rend la pierre lorsqu'aprcs l'humidité de la nuit elle vient à être
« frappée des rayons du soleil l e v ant , les granits de S y ène , matières rigides et
» capables de vibrat ion, abondantes aussi en grains de quartz isolés, plus durs que
» le reste de la pierre, et bien adhérens c omme dans la brèche, ne devroient-ils
pas, offrant les mêmes circonstances, produire le même e f f e t , et rendre quelque-
T fois au lever du soleil des sons spontanés, aussi bien que la statue de Memn o n î »
O r voi là précisément ce qui a été constaté par divers témoins.
Je visitois à Syène, au lever du soleil, les traces d'exploitations anciennes qu'on
voit sur des rochers de grani t , un peu au-dessus de la vi l le, et j'en avois détache
un fragment : aussitôt un craquement brusque et sonore se fit ent endr e , comme
si la pierre se fdt éclatée d'elle-même. Ce bruit, que j'attribuai à l'ébranlement
causé par la percussion, excita peu mon attention : mais long-temps après j'appris
de M. Redout é , que, dans la Théb a ïde , au l e v e rdu soleil, il ctoi t lui -même oc cupé,
avec un autre dessinateur, à copier un bas-reliei antique sous le portique d'un
temple, lorsqu'au milieu du silence qui régnoi t autour d'eux, ils entendirent loutà
coup un bruit assez for t , une espèce de craquement prolongé et très-sonore, qui
sembloit partir du plafond, et qui se répéta deux ou trois fois de suite; effrayés
de ce bruit inopiné , les deux artistes se retirèrent avec précipi tat ion, croyant que
c'étoit le signe précurseur de l 'écroulement de quelques parties de l'édifice. D'autres
personnes encore ont été témoins de pareils faits, et des observations scmblal>les
se t rouvent rapportées dans la Descr ipt ion générale de Thèbe s ; i '. C'est dans un
appartement en granit, qui fait partie du grand édifice de Ka rnak, que les sons
furent entendus; le soleil étoit levé depuis peu de temps , et le bruit est comparé
au son d'une corde vibrante. Plusieurs membres de Ja Commi s s ion des sciences,
MM. Cos t a z , Cout e l l e , Le Père, archi tecte, Del i le, Jomard et Jol lois, sont cités
comme témoins de ce fait.
C H A P I T R E HI .
Brèche du Knire, ¿fc.
LE GEBEL AHMAR, ou montagne Ro u g e , situé à près de trois ki lomètres à
l'orient de la citadelle du Ka i r c , a u sein de la chaîne Ar abique , est une colline
entièrement isolée qui s'élève au milieu d'une plaine saljlonneuse. Par sa nature
(l) A.D. chap. IX, sect. VIII.fa^ 1^4.
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DE L ' É G Y P T E . VI' PARTIE. 6j 1
elle se rapproche beaucoup de la brèche de Syène. Sa figure est celle d'un cône
émoussé et for t dégradé dans sa partie supérieure, qui laisse discerner des traces
d'exploitations anciennes. Sa hauteur est peu considérable et n'excède guère
20 à 2j mèt res ; mais sa f o rme , son i s o l ement , sa nature quartzeuse, et sa
couleur d'un rouge obscur, la rendent remarquable au milieu des montagnes
blanches et toutes calcaires qui l'environnent. Elle ne laisse pas voi r une stratification
bien régulière; toutefois les indices de lit qu'on peut distinguer, sont à peu
près horizontaux : elle est entourée de fragmens et de grands éclats tranchans,
débris manifestes d'anciennes exploitations. On r e connoî t , en e f f e t , sur plusieurs
de ses faces, qu'il en a été enlevé des portions considérables. Quelques fragmens
de palmier pétrifiés, de 9 à 10 pouces de diamèt re, gisent à son pi ed, ou sont
à demi enterrés dans ie gravier quart/eux dont est formé le sol environnant.
Malgré la grande analogie de la brèche de la montagne Rouge avec celle de
Syène, on peut encor e , à quelques différences d'aspect et de compos i t ion, distinguer
les grandes masses qui proviennent de l'un et de l'autre endroit. La brèche
du Kai r e , gisant au milieu d'un terrain calcaire, d'une format ion antérieure, renferme
quelques fragmens de coquilles mar ines , et même des coquilles entières
( f o r t rares, il est vrai , mais qu'on n'aperçoit jamais dans la brèche de Syène,
entourée uniquement de montagnes primitives et d'un vaste terrain de psammite
à grain fin ). Les coquilles qu'on remarque dans la brèche du Kai re, du genre des
cames, des peignes, des manteaux, ne sont pas ent ièrement pétrifiées : elles conservent
encore la blancheur et même l'éclat un peu nacré des coquilles naturelles.
On peut voi r un échantillon qui en r e n f e r m e , i / f minéralogie,j.
Outre les couleurs jaune, brune et rouge fonc é , qui sont les plus commune s dans
la brèche du Kaire, on y voi t aussi de grandes parties tout-à-fait blanches, qui ont
fait prendre certains fragmens pour du marbre, notamment un gros bloc enclavé
dans le massif qui supporte la grande colonne de syéni t , dite vulgairement colonne
de Pompée. Ol ivi e r , dans son Voyageai Orient, tom. I I I , pag. 39, l'indique c omme
un bloc d'un beau marbre blanc, chargé d'hiéroglyphes. D'autres masses of f rent un
léger ton ros e , ou diverses nuances de rouge clair; le brun y tire quelquefois sur le
violet, ou prend une couleur chocolat très-marquée. Souvent ces diverses couleurs
s'unissent par nuances insensibles : d'autres fois elles sont tranchées nettement. La
brèche de Sy ène , plus uni forme dans sa couleur , n'offre guère, c omme on a v u ,
que le jaune, le brun et le rouge brun. Une cassure un peu plus gr enue , ci des
agates plus rares et d'un tissu plus grossier, sont encore un caractère pour distinguer
les blocs qui ¡)rovicnnent du Gebel Ahmar . C'est à ces différences qu'on
reconnoît que les colosses de Thèbe s ont été tirés de S)ène. J'ai rapproché de
ces monumens les fragmens recueillis dans ces montagnes : l'identité est parfaite;
même compos i t ion, mêmes tons de couleurs, texture absolument semblable , analogie
complète dans les agates : je n'ai pu voi r aucune différence. Aj o u t e z qu'il
étoit plus naturel de faire descendre <le Syène par le Nil ces immenses blocs
dans un espace de quarante lieues. que de leur en faire remonter cent cinquante
pour les amener du Kaire.
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