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rS aC.
Octobre.
n . XVII.
90 VOYAGE
vre, où les matelots m’avaient assuré avoir observé
une fumée. C’était un indice certain de la présence
des naturels, avec lesquels je désirais entrer en communication.
Effectivement, nous ne lardâmes pas à
distinguer un feu près de la grève, et peu après une
figure humaine, couverte d’une simple peau. Bientôt
ce sauvage ( car c’en était un) s’aYança vers nous d’un
air assez résolu ; mais à mesure qu’il s’approchait, sa
hardiesse semblait l’abandonner , e t , malgré mes signes
pour le persuader, il allait rester en suspens près
du canot, quand je m’avisai de lui présenter un morceau
de pain. Il y mordit aussitôt à belles dents, et cet
argument produisit sans doute un grand effet sur son
imagination; car ayant perdu en un instant toute sa
défiance, il se mit à rire, danser, chanter, et appeler
ses camarades.
Il monta sans crainte dans le canot, où il se comporta
très-décemment tout le long de la route. C’était
un bomme de quarante ans environ, assez bien fait,
à cela près des bras et des jambes toujours grêles,
comme dans les habitans de la Nouvelle-Calles. Il
avait absolument le même teint, les mêmes traits
et les mêmes manières que ces insulaires. Sa taille
était de cinq pieds deux pouces; son nez écrasé,
la cloison des narines percée, ses dents très-belles
et larges; il portait des moustaches et une longue
barbe au menton ; ses cheveux n’étaient nullement
crépus. 11 pouvait passer pour être propre dans
son genre. A bord, il ne perdit pas un instant sa
gaielé et sa confiance; tout le monde le combla d’aDE
L ’ASTROLABE. 91
mitiés, et il fut bientôt accablé de présens qui le transportèrent
d’abord de joie, et ne tardèrent guère à lui
causer bientôt presque autant d’embarras pour les
conserver. Il venta grand frais tout le soir, et il fut
impossible de le reconduire à terre. Mais il prit joyeusement
son parti, et dormit à merveille à bord, où on
lui fil avec des voiles et des prélats le meilleur lit qu’il
eût sans doute eu de sa vie. A la nuit on vit un feu à
la côte, et notre hôte nous indiqua qu’il avait été allumé
par ses compatriotes.
Le vent continuant à souffler avec force à TO. et auS.
O., et impatient que j ’étais de pouvoir commencer nos
travaux, je pris le parti d’affourcher l’Astrolabe au
poste même où nous nous trouvions à peu près N. et
S., avec quatre-vingt-cinq brasses à bâbord et cent
vingt-cinq à tribord, Tancre de ce bord empenellée.
Ce mouvement exécuté , je me rembarquai dans la
baleinière, pour aller reconnaître sur la côte voisine
le lieu le plus convenable pour établir notre observatoire
et la tente des ouvriers. En même temps je déposai
à terre notre sauvage, qui, déjà inquiet de son
séjour forcé à bord, se désolait, et pleurait comme
un enfant. Un de ses camarades, vêtu et tourné
comme lui, l’attendait au rivage, et sollicita la faveur
de prendre sa place à bord. Je ne voulus point de lui,
avec d’autant plus de raison que je trouvai la côte inabordable
tout autour de la pointe des Patelles, à cause
du violent ressac soulevé par les vents qui venaient de
régner.
Désolé de ce contre-temps, à une heure je retournai
1826.
Octobre.
in. X.